Métropole Aix-Marseille-Provence : la CRC propose un budget 2026 à l’équilibre sans hausse d’impôts
La Chambre régionale des comptes préconise 118 millions d'euros d'économies pour combler un déficit réévalué à 144 millions, sans toucher à la fiscalité locale.
La Chambre régionale des comptes PACA a remis le 11 juin 2026 son avis budgétaire au préfet des Bouches-du-Rhône. Elle propose un budget 2026 à l'équilibre pour la Métropole Aix-Marseille-Provence, sans hausse d'impôts, via 118 millions d'euros d'économies ciblant les dotations aux communes et les transports.
L’essentiel
- Déficit réévalué : La CRC chiffre le besoin de financement structurel à 144 M€, contre 123 M€ estimés par la métropole elle-même.
- Zéro hausse fiscale : Les 14 budgets (principal + annexes) présentés à l’équilibre sans augmentation d’impôts ni de fiscalité locale.
- DSC en ligne de mire : La dotation de solidarité communautaire aux 92 communes réduite de 53 M€, dont 36 M€ pour Marseille seule.
- Transports et fonctionnement : 25 M€ d’économies sur le forfait RTM/opérateurs, 65 M€ sur le fonctionnement général (recrutements, loyers, subventions).
- Rapport consultatif : 187 pages remises au préfet, qui doit arrêter le budget définitif dans les prochains jours.
Un budget bloqué depuis le 28 avril
Le 28 avril 2026, les 238 élus de la Métropole Aix-Marseille-Provence ont refusé de voter le budget 2026, faute d’accord sur un déficit annoncé à 123 millions d’euros. Le préfet des Bouches-du-Rhône a saisi la Chambre régionale des comptes PACA le 4 mai. Le rapport - 187 pages - a été remis le 11 juin, selon la Cour des comptes.
C’est une procédure rare pour cette métropole, créée en 2016, qui regroupe 92 communes et environ deux millions d’habitants. Son budget global s’élève à quelque 5 milliards d’euros pour 2026, transports, déchets et eau inclus.
144 M€ : le chiffre revu à la hausse par la CRC
La CRC ne retient pas le chiffre des élus. Elle réévalue le besoin de financement structurel à 144 millions d’euros, soit 21 millions de plus que l’estimation métropolitaine, selon Le Monde et Mes Infos. L’écart tient notamment à la prise en compte de dépenses sous-estimées dans le budget transports et à des recettes jugées trop optimistes.
Le budget transports représente à lui seul environ 1,3 milliard d’euros sur les 5 milliards du budget total, selon France 3 Provence-Alpes. La CRC y pointe un effet ciseau : les dépenses augmentent (nouvelles infrastructures, gratuités représentant environ 10 M€ de manque à gagner) tandis que les recettes stagnent.
Les trois leviers préconisés par la CRC
Pour trouver les 144 millions manquants sans toucher aux impôts, la Chambre articule ses préconisations autour de trois axes, selon Le Monde et La Provence :
1. Réduction de la dotation de solidarité communautaire (DSC). Les 92 communes toucheraient 53 millions d’euros de moins. Marseille supporte à elle seule 36 millions de cette coupe. La CRC estime que ces dotations sont disproportionnées au regard des compétences effectivement transférées à la métropole (transports, déchets, eau).
2. Économies de fonctionnement (~65 M€). Gel des recrutements, renégociation des loyers, réduction des subventions. Ces marges sont identifiées dans le fonctionnement courant de la structure métropolitaine.
3. Budget transports (~25 M€). La CRC cible le forfait versé aux opérateurs, dont la RTM (Régie des transports métropolitains), pour dégager une économie de 25 millions d’euros.
Des communes inquiètes, des réactions politiques immédiates
La perspective d’une coupe de 53 millions sur la DSC a suscité des réactions dès la publication du rapport. Les communes membres, Marseille en tête, sont les premières exposées.
La Marseillaise relève que les préconisations sont « diversement appréciées » selon les communes et les sensibilités politiques. Rien n’est acté tant que le préfet n’a pas tranché, comme le rappelle le média local La Marsweb.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
La Métropole Aix-Marseille-Provence est la plus grande métropole française par sa superficie et l’une des premières par sa population. Depuis sa création en 2016, la gouvernance de ses 92 communes a régulièrement posé des difficultés de coordination budgétaire, notamment sur la répartition des attributions de compensation entre communes membres et l’institution intercommunale.
Le recours à la CRC pour arrêter un budget - procédure prévue par le Code général des collectivités territoriales - constitue une étape inédite pour l’AMP. D’autres intercommunalités françaises ont connu cette situation, mais l’ampleur du budget concerné (5 Md€) est sans équivalent à cette échelle. Le poids du transport dans les finances métropolitaines reste un sujet structurel récurrent, aggravé par les extensions de réseau et les politiques tarifaires sociales.
À titre de comparaison, les débats sur le financement des transports en commun agitent d’autres agglomérations françaises. La question du financement des réseaux urbains face à la hausse des coûts d’exploitation est un défi partagé par de nombreuses métropoles.
Un avis consultatif, une décision préfectorale imminente
Le rapport de 187 pages rendu par la CRC PACA n’a pas force exécutoire. Il appartient au préfet des Bouches-du-Rhône d’arrêter le budget définitif de la Métropole dans les jours suivant le 11 juin 2026, en tenant compte - ou non - des préconisations de la Chambre.
La décision préfectorale déterminera si les coupes sur la DSC et les économies sur les transports sont effectivement inscrites au budget 2026, avec des conséquences directes sur les finances des 92 communes membres, dont Marseille.
Sources
- Cour des comptes : Métropole Aix-Marseille-Provence (Bouches-du-Rhône)
- Le Monde : Aix-Marseille-Provence : la CRC invite la Métropole à réduire sa dotation aux communes de 53 millions d'euros
- France 3 Provence-Alpes : Pas de hausse d'impôts, le budget des transports revisité : les préconisations de la CRC
- La Provence : Boucler le budget, trouver 144 millions d'euros... les pistes de la CRC pour la Métropole
