Missiles : Londres et onze allies de l’OTAN lancent un plan a 37 Md£
Keir Starmer reunit onze dirigeants a Ankara pour lancer un programme de missiles longue portee vise a reduire la dependance europeenne aux Etats-Unis
Au sommet de l'OTAN a Ankara, le Royaume-Uni et onze allies ont devoile un programme de missiles de precision baptise 'Deep Precision Strike', dote de 37 milliards de livres sur dix ans. Les premiers systemes ne sont pas attendus avant les annees 2030.
L’essentiel
- Fait 1 : Une coalition de 12 pays de l’OTAN, menee par le Royaume-Uni, lance un programme de missiles longue portee dote de plus de 37 milliards de livres sterling sur dix ans.
- Fait 2 : Le programme, nomme ‘Deep Precision Strike’, a ete officialise par Keir Starmer avec une douzaine de dirigeants allies lors du sommet de l’OTAN a Ankara.
- Fait 3 : Les missiles vises pourront frapper entre 300 et 2 000 kilometres, mais ne seront pas operationnels avant les annees 2030.
- Fait 4 : Londres investit en parallele 190 millions de livres dans le programme americain de missiles PrSM.
- Fait 5 : Le sommet se deroule sous la pression de Donald Trump, qui reclame que les allies consacrent jusqu’a 5 % de leur PIB a la defense d’ici 2035.
A Ankara, le sommet de l’OTAN a servi de cadre a l’une des annonces de defense les plus importantes des allies europeens depuis plusieurs annees. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a reuni une douzaine de dirigeants pour officialiser un programme conjoint de missiles de precision longue portee, dote d’une enveloppe superieure a 37 milliards de livres sterling, soit environ 50 milliards de dollars, etalee sur dix ans. L’information a ete confirmee par les services de Downing Street.
Ce qui a ete annonce a Ankara
Le programme porte un nom de code, ‘Deep Precision Strike’. Selon la BBC, il rassemble le Royaume-Uni et onze autres pays membres de l’Alliance atlantique autour d’un objectif commun : concevoir une nouvelle generation de missiles de precision capables de frapper des cibles a longue distance, sans dependre systematiquement des technologies americaines. C’est la premiere fois qu’une coalition aussi large d’allies europeens s’engage conjointement sur ce type de systeme d’armement offensif.
Le detail technique du programme reste partiellement voile a ce stade. Selon Gulf News, les missiles vises pourront atteindre des cibles situees entre 300 et 2 000 kilometres, avec des variantes evolutives prevues dans le temps. Cette fourchette place le futur systeme dans la categorie des armes de precision longue portee, un segment ou l’Europe accuse un retard capacitaire reconnu depuis plusieurs annees par les etats-majors de l’OTAN.
Un calendrier qui s’etale sur plus d’une decennie
Point important pour situer l’annonce dans le temps : selon le quotidien canadien The Star, les premiers missiles issus de cette cooperation europeenne ne devraient pas etre operationnels avant les annees 2030. Il ne s’agit donc pas d’un armement qui changera l’equilibre militaire immediat sur le continent, mais d’un investissement industriel et strategique de long terme, pense pour la decennie a venir.
En parallele de ce programme europeen, le Royaume-Uni a egalement engage 190 millions de livres pour integrer le programme americano-australien de missiles de precision PrSM, selon Reuters. Cette double strategie, un programme europeen a long terme et une participation a un programme existant avec les Etats-Unis et l’Australie, traduit la volonte britannique de ne pas se couper des chaines d’approvisionnement americaines tout en construisant une alternative europeenne.
Sur le plan diplomatique, le ministre britannique de la Defense Dan Jarvis a rencontre son homologue americain Pete Hegseth en marge du sommet pour valider ce partenariat, rapporte Alliance News. Cette rencontre illustre l’equilibre delicat que doit tenir Londres entre son alliance historique avec Washington et son role moteur dans la relance de l’industrie de defense europeenne.
La pression americaine derriere l’annonce
Le contexte politique du sommet d’Ankara pese lourd dans cette annonce. Selon The Independent, Donald Trump exerce une pression constante sur les allies de l’OTAN pour qu’ils consacrent jusqu’a 5 % de leur produit interieur brut a la defense d’ici 2035, un objectif largement superieur aux standards actuels de la plupart des membres europeens. Le secretaire general de l’OTAN, Mark Rutte, a de son cote appele les pays membres a presenter des budgets credibles pour assumer une part accrue de la defense collective, selon Alliance News.
Dans ce climat, le programme ‘Deep Precision Strike’ se lit aussi comme une reponse politique : il permet aux allies europeens de montrer, chiffres a l’appui, qu’ils augmentent leurs investissements militaires sans attendre uniquement des livraisons americaines. C’est un argument que le Royaume-Uni peut mettre en avant lors des discussions budgetaires a venir au sein de l’Alliance.
Contexte pour la France et l’Europe
Vu de France, cette annonce s’inscrit dans un debat deja ancien sur l’autonomie strategique europeenne face a la dependance aux equipements americains. Paris porte depuis plusieurs annees des projets de missiles de precision dans le cadre de cooperations industrielles europeennes, notamment autour des groupes de defense francais et europeens. Le programme britannique, mene hors du cadre strict de l’Union europeenne puisque le Royaume-Uni n’en est plus membre, se positionne davantage comme une initiative transatlantique au sein de l’OTAN qu’un projet purement europeen au sens institutionnel.
Pour un lecteur francais, l’enjeu est double : d’un cote, un renforcement des capacites de frappe longue portee des allies europeens peut renforcer la dissuasion collective face a la Russie ; de l’autre, la question du financement, avec l’objectif de 5 % du PIB pousse par Washington, va directement peser sur les arbitrages budgetaires que la France devra elle aussi assumer dans les prochaines lois de programmation militaire. Le montant exact de la participation de chaque pays au programme ‘Deep Precision Strike’ n’a pas ete detaille a ce stade.
Le sommet d’Ankara confirme en tout cas que la question du financement de la defense europeenne reste au centre des discussions entre allies, avec un calendrier de mise en oeuvre qui s’etend bien au-dela de ce mandat politique.