Nièvre : les larmes cachées d’une médecin face au désert médical

Nacéra Ounnas-Verspieren, généraliste à Moulins-Engilbert, témoigne de son épuisement dans un portrait publié par *Le Monde*.

Nièvre : les larmes cachées d'une médecin face au désert médical
Illustration Arnaud Chevalier / info.fr

Depuis plus de 30 ans, Nacéra Ounnas-Verspieren exerce en Nièvre rurale. Son portrait intime, publié ce 24 avril 2026, révèle l'épuisement des soignants face à la désertification médicale. La Nièvre compte 229 généralistes pour 100 000 habitants, un chiffre en baisse constante.

Nacéra Ounnas-Verspieren, 58 ans, cache ses larmes derrière un sourire professionnel. Médecin généraliste à Moulins-Engilbert (Nièvre), elle exerce depuis plus de trois décennies, dont une partie dans ce secteur rural marqué par le manque de soignants. Son témoignage, publié ce 24 avril 2026 dans Le Monde, illustre l’épuisement des praticiens confrontés à la désertification médicale.

« Même si je suis en larmes à l’intérieur… »

« Même si je suis en larmes à l’intérieur, mon corps ne montre rien. » Ces mots, rapportés par le quotidien national, résument le quotidien de cette médecin installée au 9 avenue François Mitterrand. Originaire de Lyon, elle a choisi la Nièvre rurale après des années d’exercice en ville. Aujourd’hui, elle réside à Glux-en-Glenne, commune de 88 habitants dans le Morvan, et consulte également une journée par semaine à Anost (Saône-et-Loire), où les patients manquent de médecins locaux.

Son engagement dépasse le cadre de son cabinet. Comme d’autres praticiens niévrois, elle participe à des initiatives de solidarité entre territoires, comme l’aide apportée à Anost depuis 2023. Ces efforts, bien que nécessaires, alourdissent une charge de travail déjà conséquente.

Un département en crise sanitaire

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La Nièvre figure parmi les départements les plus touchés par la désertification médicale. Au 1er janvier 2025, elle comptait seulement 229 médecins généralistes pour 100 000 habitants, selon l’Insee. Une situation qui s’aggrave depuis les années 1980, avec des baisses marquées chez les spécialistes : -25 % pour les ophtalmologistes et -43 % pour les dermatologues entre 2007 et 2016.

Les mobilisations locales se multiplient. En octobre 2024, plusieurs communes ont pris des arrêtés symboliques interdisant à leurs habitants de tomber malade, pour alerter sur le manque de soignants. Le Conseil départemental a lancé un programme d’action pour attirer des professionnels, tandis que le gouvernement a classé la Nièvre en zone prioritaire dans son Pacte de lutte contre les déserts médicaux, présenté en avril 2025.

Des mesures récentes tentent d’inverser la tendance. Depuis le 1er janvier 2026, les consultations en pédiatrie, gériatrie ou psychiatrie sont revalorisées dans les zones sous-dotées. Un envoi de médecins volontaires depuis des territoires mieux dotés a également débuté en septembre 2025. Pourtant, en mars 2026, une question au Sénat a pointé le désengagement de l’État dans la planification sanitaire rurale.

Un précédent : l’aide à Anost

Dès 2023, des médecins niévrois se sont mobilisés pour soutenir Anost, une commune de Saône-et-Loire sans praticien local. Nacéra Ounnas-Verspieren y consacre une journée par semaine, un engagement qui s’ajoute à son activité principale. Cette initiative, prolongée en 2025-2026, montre la solidarité entre territoires ruraux, mais aussi les limites d’un système où les soignants doivent pallier les carences structurelles.

La Nièvre reste un symbole des défis de l’accès aux soins en zone rurale. Entre mobilisations locales et mesures gouvernementales, les solutions peinent à suivre le rythme des départs en retraite et des déserts qui s’étendent.

Prochaine étape : le département attend les effets des revalorisations tarifaires et des renforts en médecins, promis pour 2026. Leur impact réel sur le terrain reste à évaluer.

Sources

Arnaud Chevalier

Arnaud Chevalier

Correspondant à Nevers, suit la désindustrialisation, l'agriculture, les tensions sur les services publics et le tourisme fluvial. Formé en PQR bourguignonne, il connaît la Nièvre par cœur. Posture éditoriale : rencontrer les ouvriers, les agriculteurs, les élus, vérifier les bilans sociaux avant de conclure.

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