Nizar Trabelsi: 602.096,92 euros versés par la Belgique à l’ex-terroriste

L'ancien footballeur condamné pour terrorisme a perçu plus de 600.000 euros suite à plusieurs condamnations judiciaires de l'État belge

Nizar Trabelsi: 602.096,92 euros versés par la Belgique à l’ex-terroriste
Façade du palais de justice belge avec drapeaux européens Pierre Monteil / INFO.FR

602.096,92 euros exactement. C'est la somme que l'État belge a versée à Nizar Trabelsi, ancien footballeur tunisien condamné en 2004 pour avoir planifié un attentat-suicide contre la base aérienne de Kleine-Brogel. Cette facture salée résulte d'une série de décisions judiciaires condamnant la Belgique, notamment pour son extradition controversée vers les États-Unis en 2013 et son refus de rapatriement après son acquittement américain en 2023.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Nizar Trabelsi a reçu exactement 602.096,92 euros de l'État belge suite à plusieurs condamnations judiciaires
  • La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la Belgique à 90.000 euros en septembre 2013 pour extradition illégale
  • L'État belge a versé 300.000 euros d'astreintes et 50.000 euros de frais pour refus de rapatriement après l'acquittement américain en juillet 2023
  • Trabelsi, condamné en 2004 à 10 ans de prison pour avoir planifié un attentat contre la base de Kleine-Brogel, a été libéré du centre de Merksplas le 22 octobre 2025
  • L'affaire alimente un débat politique virulent sur l'impossibilité d'expulser Trabelsi vers la Tunisie et crée un précédent juridique coûteux

La révélation a provoqué une onde de choc politique en Belgique. Selon DHnet, Nizar Trabelsi aurait déjà reçu plus de 600.000 euros de dommages-intérêts et d’astreintes de la part de l’État belge. Une somme qui dépasse largement les estimations initiales et qui alimente un débat virulent sur la gestion de ce dossier explosif par les autorités judiciaires et politiques du royaume.

L’information a été confirmée par la ministre de la Justice Annelies Verlinden en réponse à une question parlementaire de la députée Francesca Van Belleghem du Vlaams Belang. Comme le rapporte RTL Info, cette somme est nettement plus élevée que ce qui avait été évoqué jusqu’ici, soulevant des questions sur la transparence de la communication gouvernementale.

Un parcours judiciaire semé d’embûches pour l’État belge

En juin 2004, la justice belge condamnait Nizar Trabelsi à dix ans de prison pour avoir préparé un attentat-suicide à la camionnette piégée contre la base aérienne de Kleine-Brogel, dans le Limbourg. L’ancien footballeur professionnel, qui avait brièvement évolué en Bundesliga, était devenu une figure du terrorisme islamiste en Europe après les attentats du 11 septembre 2001.

Après avoir purgé sa peine en Belgique, Trabelsi est extradé vers les États-Unis en 2013 pour y être jugé pour des faits de terrorisme visant des intérêts américains. Cette extradition, validée par la ministre de la Justice de l’époque Annemie Turtelboom, avait déjà suscité de vives critiques en raison de bases juridiques contestées. La décision allait se révéler particulièrement coûteuse pour le contribuable belge.

Selon DHnet, en septembre 2013, la Cour européenne des droits de l’homme condamnait la Belgique à verser 90.000 euros à Trabelsi pour cette extradition jugée illégale. Ce n’était que le début d’une longue série de condamnations.

L’acquittement américain et le refus de rapatriement

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Après plus de dix années de détention supplémentaires aux États-Unis, Nizar Trabelsi est finalement acquitté par la justice américaine en juillet 2023. Un rebondissement inattendu qui place la Belgique dans une situation délicate. L’homme revient sur le territoire belge à l’été 2025 et est placé dans le centre fermé de Merksplas avec une obligation de quitter le territoire.

Cette mesure est toutefois annulée par la justice, conduisant à sa libération en octobre 2025. Le 22 octobre 2025 précisément, l’homme de 55 ans quitte le centre fermé pour illégaux de Merksplas, déclenchant une nouvelle polémique politique.

Comme l’indique RTL Info, en novembre dernier, Annelies Verlinden avait déjà indiqué que la Belgique avait dû verser 300.000 euros d’astreintes, ainsi que 50.000 euros de frais de procédure, pour avoir refusé de rapatrier Trabelsi après son acquittement aux États-Unis. Mais la facture totale s’avère bien plus salée.

Une facture qui enflamme le débat politique

« La facture pour le contribuable s’élève désormais à plus de 602.096,92 euros », a estimé Francesca Van Belleghem du Vlaams Belang.

La députée d’extrême droite ne mâche pas ses mots et accuse Anneleen Van Bossuyt, ministre de l’Asile et de la Migration, de ne rien faire pour renvoyer Nizar Trabelsi vers la Tunisie. Ses critiques révèlent les tensions politiques autour de la gestion de ce dossier sensible.

« C’est comme si les pompiers refusaient d’intervenir, puis se déchargeaient poliment des dégâts sur les voisins. La Belgique héberge un terroriste condamné, ne prend même pas la peine de l’expulser, et nous envoie ensuite la facture », dénonce Francesca Van Belleghem.

Plusieurs décisions judiciaires ont condamné l’État belge à verser différents montants à Trabelsi. Outre la condamnation de la Cour européenne des droits de l’homme, la Cour d’appel de Bruxelles a également condamné l’État belge à deux reprises, portant le total à plus de 600.000 euros.

Les implications juridiques et politiques

Ce cas soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre le respect des droits fondamentaux et la lutte contre le terrorisme. Les condamnations successives de la Belgique illustrent les difficultés rencontrées par les États européens dans la gestion des dossiers de terrorisme, particulièrement lorsqu’ils impliquent des extraditions vers les États-Unis.

La situation de Nizar Trabelsi met également en lumière les complexités du droit international et des obligations des États membres de l’Union européenne envers la Convention européenne des droits de l’homme. Chaque décision judiciaire défavorable à l’État belge a été motivée par des violations procédurales ou des manquements aux garanties fondamentales.

L’affaire intervient dans un contexte politique tendu en Belgique, où les questions migratoires et sécuritaires occupent une place centrale dans le débat public. L’impossibilité apparente d’expulser Trabelsi vers la Tunisie alimente les critiques sur l’efficacité des politiques d’éloignement du territoire.

Un précédent qui pourrait coûter cher

Au-delà du montant déjà versé, ce dossier pourrait créer un précédent juridique coûteux pour la Belgique et d’autres États européens confrontés à des situations similaires. Les 602.096,92 euros versés à Trabelsi représentent non seulement une charge financière pour le contribuable, mais aussi un symbole des tensions entre impératifs sécuritaires et respect de l’État de droit.

La question reste entière: comment concilier la nécessité de protéger la population contre le terrorisme avec le respect scrupuleux des procédures judiciaires et des droits fondamentaux? Le cas Trabelsi démontre que les erreurs procédurales et les décisions contestables peuvent se révéler extrêmement onéreuses, tant sur le plan financier que politique.

Alors que Nizar Trabelsi demeure sur le territoire belge, l’opposition politique continue de réclamer des comptes au gouvernement. Cette affaire illustre la complexité croissante de la gestion des dossiers de terrorisme dans un cadre juridique européen qui impose des garanties strictes, même pour les individus condamnés pour des faits graves. Jusqu’où la facture continuera-t-elle de grimper?

Sources

  • DHnet (11 mars 2026)
  • RTL Info (11 mars 2026)
  • Déclaration ministre Annelies Verlinden (novembre 2025)
  • Cour européenne des droits de l'homme (septembre 2013)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.

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