Orpaillage illégal : 4 600 milliards FCFA perdus chaque année en Côte d’Ivoire
Malgré plus de 8 500 sites clandestins démantelés depuis 2021, l'État ivoirien continue de perdre 142 tonnes d'or et des milliards chaque année
En Côte d'Ivoire, l'orpaillage illégal prive l'État de 4 600 milliards FCFA et de 142 tonnes d'or par an, selon plusieurs médias locaux. Malgré les opérations militaires menées depuis 2021, les réseaux clandestins, souvent tenus par des étrangers, continuent de polluer les fleuves et d'exporter l'or hors des circuits officiels.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- L'orpaillage illégal coûte 4 600 milliards FCFA
- 142 tonnes d'or échappent chaque année aux circuits officiels d'exportation, rapporte Le Banco.
- Depuis 2021, le Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal
- Plus de 4 400 personnes ont été déférées devant la justice depuis 2021, dont près des deux tiers de nationalité étrangère.
- Les fleuves ivoiriens sont pollués au cyanure et au mercure, avec un risque sanitaire lié à la maladie de Minamata.
Le chiffre a de quoi donner le tournis : 4 600 milliards de francs CFA, soit environ 7 milliards d’euros, s’évaporent chaque année des caisses de l’État ivoirien à cause de l’orpaillage illégal. C’est ce que rapportent plusieurs médias économiques ivoiriens, dont Bankassurafrik et Sika Finance, qui corroborent ce montant. A cela s’ajoute une perte de 142 tonnes d’or par an, selon Le Banco, une quantité qui ne transite jamais par les circuits officiels d’exportation du pays, pourtant l’un des principaux producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest.
Un trou noir dans les caisses de l’État
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut regarder les chiffres de plus près. La Côte d’Ivoire produit officiellement de l’or via des mines industrielles encadrées, mais une part importante de l’extraction échappe totalement à ce cadre. Ce sont ces 142 tonnes annuelles, extraites hors des permis légaux, qui expliquent le manque à gagner fiscal évalué par les autorités et repris par la presse locale. A titre de comparaison, ce montant de 4 600 milliards FCFA représente une somme considérable pour un pays dont le budget national se compte en milliers de milliards, sans que l’équivalent exact en part du PIB soit précisé par les sources disponibles.
Plus de 8 500 sites démantelés depuis 2021
Face à ce phénomène, l’État ivoirien a créé le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal, le GS-LOI, une unité mixte associant forces de sécurité et administration. Depuis 2021, selon AllAfrica, ce groupement a démantelé plus de 8 500 sites clandestins et déféré plus de 4 400 personnes devant la justice. Fait notable : près des deux tiers des personnes interpellées sont de nationalité étrangère, un élément qui revient dans plusieurs enquêtes relayées ces derniers jours, notamment sur X.
Ce compte d’enquête, relayé le 30 juillet 2026, pointe ce qu’il qualifie de fiasco de la lutte anti-orpaillage : malgré le nombre d’opérations menées, les pertes financières annuelles ne reculent pas de manière visible. Un constat qui interroge sur l’efficacité réelle des moyens militaires déployés face à des réseaux jugés très organisés.
Des réseaux souvent tenus par des étrangers
Selon Bankassurafrik, l’activité d’orpaillage illégal est majoritairement menée par des ressortissants étrangers, qui exportent ensuite l’or de façon clandestine hors du territoire ivoirien. L’enquête évoque des financements et des complicités locales qui permettent à ces filières de contourner les contrôles douaniers. Une partie de cet or échapperait ainsi totalement aux statistiques officielles, avec un risque évoqué par plusieurs sources : que ces circuits financent, en bout de chaîne, des groupes armés ou terroristes actifs dans la sous-région sahélienne. Aucune source ne permet toutefois d’établir la part exacte de cet or qui alimenterait de tels réseaux, et la prudence reste de mise sur ce point.
Cyanure et mercure : des fleuves sous pression
L’impact ne se limite pas au manque à gagner budgétaire. L’orpaillage clandestin repose largement sur l’usage de cyanure et de mercure pour extraire l’or du minerai, deux substances qui finissent dans les cours d’eau. Plusieurs sources évoquent une pollution des fleuves ivoiriens qui affecte directement la Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire, la SODECI, chargée de la production d’eau potable, ainsi que les terres agricoles environnantes. Le risque sanitaire à long terme le plus cité est celui de la maladie de Minamata, une intoxication neurologique liée à l’exposition chronique au mercure, documentée historiquement au Japon dans les années 1950.
Contexte en Côte d’Ivoire
L’or occupe une place croissante dans l’économie ivoirienne, longtemps dominée par le cacao. Le pays a multiplié les permis d’exploitation industrielle ces dernières années, tout en peinant à endiguer l’orpaillage artisanal illégal, plus difficile à contrôler sur un territoire vaste et forestier. Selon Sika Finance, un responsable ivoirien s’est déplacé récemment à Washington pour positionner le pays comme un acteur volontaire dans la régulation mondiale de l’orpaillage artisanal, signe que le sujet dépasse désormais le seul cadre national et s’inscrit dans les discussions internationales sur la traçabilité de l’or. Pour un pays qui reste l’un des principaux producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest, la question de la ressource aurifère illustre une diversification économique qui se heurte, sur le terrain, à des trafics difficiles à démanteler durablement.
Les autorités ivoiriennes n’ont pas communiqué, à ce stade, de nouveau plan chiffré pour réduire ces pertes dans les prochains mois. La pression médiatique et internationale autour du sujet, elle, ne semble pas retomber.
Sources
- Bankassurafrik : Côte d'Ivoire / Orpaillage illégal : 4 600 milliards qui échappent à l'État
- Le Banco : Côte d'Ivoire. 142 tonnes d'or fantôme chaque année
- AllAfrica : Côte d'Ivoire : Orpaillage illégal au pays - Une menace jugée
- Sika Finance : Orpaillage artisanal : à Washington, la Côte d'Ivoire se positionne en chef de file de la régulation
