Ouangani : un gendarme blessé lors de l’opération Kingia, le préfet condamne

Dans la nuit du 20 au 21 mai 2026, des barrages et des heurts ont visé les forces de l'ordre à Kahani. Le préfet Frédéric Poisot a fermement répondu.

Ouangani : un gendarme blessé lors de l'opération Kingia, le préfet condamne
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

À Ouangani, 151 cases illégales ont été détruites le 21 mai dans le quartier Kardjavendza. La nuit précédente, des barrages et des violences ont ciblé les gendarmes sécurisant le site. Un militaire a été blessé gravement. Le préfet Frédéric Poisot a condamné ces tentatives d'intimidation.

À Ouangani, 151 cases illégales ont été détruites le 21 mai dans le quartier Kardjavendza. La nuit précédente, des barrages et des violences ont ciblé les gendarmes sécurisant le site. Un militaire a été blessé gravement. Le préfet Frédéric Poisot a condamné ces tentatives d’intimidation.

L’essentiel

  • 151 cases détruites le 21 mai 2026 dans le quartier Kardjavendza à Kahani (Ouangani), dans le cadre de l’opération Kingia lancée le 7 avril 2026.
  • Un gendarme blessé gravement lors de heurts nocturnes avec barrages, dans la nuit du 20 au 21 mai, selon le Journal de Mayotte et la préfecture.
  • 4e opération Kingia : 147 cases avaient déjà été démolies lors des trois premières actions.
  • 400 à 450 personnes vivaient dans le camp concerné ; environ 40 ont été relogées à ce stade ; près de 200 se sont présentées au CCAS d’Ouangani pour des demandes d’hébergement.
  • Frédéric Poisot, en poste depuis le 18 mai 2026, a condamné les violences et réaffirmé la continuité des opérations.

Une nuit de barrages avant la démolition

Dans la nuit précédant l’opération, des individus ont érigé des barrages aux abords du site de Kardjavendza. Des violences ont éclaté contre les forces de l’ordre déployées pour sécuriser le périmètre. Un gendarme a été blessé gravement au cours des incidents, selon le Journal de Mayotte et la préfecture de Mayotte.

L’opération de décasage s’est néanmoins poursuivie dès le matin du 21 mai. Au total, 151 constructions illégales en tôle ont été détruites dans le quartier Kardjavendza, à Kahani. C’est la quatrième action menée dans le cadre de l’opération Kingia, après 147 démolitions réalisées lors des trois premières opérations depuis le 7 avril 2026.

La réaction du préfet Poisot

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Frédéric Poisot, préfet de Mayotte depuis le 18 mai 2026, a pris position publiquement. Selon ses déclarations relayées par le Journal de Mayotte : « Il y a eu des incidents durant la nuit avec des barrages et des violences… un gendarme a été blessé gravement. Les délinquants doivent savoir que les intimidations ne fonctionnent pas et qu’ils nous trouveront sur leur route. »

La préfecture avait auparavant annoncé l’opération sur X, sous le hashtag #KingiaMayotte. Quelques jours plus tôt, Poisot avait rencontré le grand cadi dès son deuxième jour en poste, signalant une volonté d’ancrage dans le tissu local. Face aux violences de Kahani, le ton est sans ambiguïté.

Le cadre légal : la loi ÉLAN et l’opération Kingia

L’opération Kingia s’appuie sur l’article 197 de la loi ÉLAN, qui autorise la démolition en flagrance d’habitats insalubres ou illégaux avec le concours des forces de l’ordre. Ce dispositif a été mobilisé à plusieurs reprises à Mayotte pour résorber les bidonvilles, notamment depuis 2024. La quatrième action de Kingia est la plus importante en volume : 151 cases en une seule journée, contre 147 au total pour les trois premières.

Le site de Kardjavendza se trouve à proximité d’une décharge et d’une zone humide, ce qui justifie l’urgence selon les autorités, en raison des risques sanitaires pour les occupants.

La position du maire d’Ouangani

Issoufi Madi, élu maire d’Ouangani en mars 2026, a soutenu l’opération. Il a invoqué des motifs de santé publique et de sécurité, liés à la proximité de la décharge. Interrogé par France Info Mayotte la 1ère, il a annoncé un projet de plateau sportif pour la jeunesse sur le terrain libéré, « une fois que le décasage aura été fait, tout sera débarrassé ». Le calendrier et le financement de cet équipement n’ont pas encore été précisés.

Du côté social, la situation reste tendue. Environ 400 à 450 personnes vivaient dans le camp. À la date du 22 mai, une quarantaine ont été relogées. Depuis mardi 19 mai, près de 200 personnes se sont présentées à la permanence du CCAS d’Ouangani pour des demandes d’hébergement, selon le Journal de Mayotte et France Info la 1ère. L’écart entre les demandes et les solutions effectives reste important. L’insécurité croissante dans plusieurs communes de Mayotte complexifie le contexte dans lequel ces opérations se déroulent.

Contexte dans le département (Mayotte, 976)

Ouangani compte environ 10 203 habitants selon les données INSEE 2017, pour une densité de 552 habitants au kilomètre carré. La commune se situe dans le centre de Grande-Terre. Comme d’autres territoires mahorais, elle est concernée par une forte pression démographique et un habitat informel dense, héritage d’une urbanisation non maîtrisée et d’une immigration clandestine continue.

L’opération Kingia s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre l’habitat insalubre à Mayotte, département où le taux de logements précaires est structurellement élevé. Les opérations de décasage sont régulièrement contestées, parfois violemment. Ce type de résistance nocturne avec barrages n’est pas sans précédent sur l’île. La préfecture avait déjà mené des actions similaires à Mamoudzou et dans d’autres communes de Grande-Terre. À Bandraboua, une fermeture administrative pour hygiène défaillante avait également mobilisé les autorités récemment, signe d’une pression réglementaire soutenue sur l’ensemble du territoire.

D’autres opérations Kingia sont prévues d’ici la fin mai 2026, selon le Journal de Mayotte. Le nombre de sites et les communes visées n’ont pas été précisés à ce stade par la préfecture.

Un gendarme blessé : suites judiciaires à confirmer

La préfecture a qualifié de « graves » les blessures du gendarme touché dans la nuit. Aucune information n’a été communiquée à ce stade sur d’éventuelles interpellations liées aux violences nocturnes, ni sur des poursuites judiciaires engagées. L’état exact du militaire blessé n’a pas été précisé officiellement au-delà de la mention « blessé gravement ».

La prochaine opération Kingia, attendue avant fin mai, dira si les forces de l’ordre parviennent à sécuriser les sites sans nouveau heurts.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Ahamada est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayotte (976), avec Mamoudzou pour chef-lieu. Spécialité du département : département français le plus jeune et lagon (1er lagon mondial). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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