Palm Beach Pete : filmé sur l’I-95, pris pour Epstein

Un inconnu filmé à son insu en Floride a dû publier une vidéo pour démentir sa ressemblance avec Jeffrey Epstein, révélant l'obsession collective autour des "Epstein files".

Chronologie de la viralité de Palm Beach Pete et contexte de saturation médiatique autour des Epstein files depuis janvier 2026.
Palm Beach Pete qui ressemble fortement à Jeffrey Epstein Image extraite de la vidéo de Palm Beach Pete (@not_jeffepstein) sur Twitter ». Info.fr

Sur l'autoroute I-95 en Floride, un homme conduit tranquillement. Quelqu'un le filme à son insu. La vidéo part sur les réseaux. Quatre heures plus tard, son téléphone explose : des milliers d'internautes sont convaincus de reconnaître Jeffrey Epstein au volant. L'homme, qui se fait appeler Palm Beach Pete, a dû prendre la parole pour rétablir les faits. Derrière l'anecdote décalée, un mécanisme inquiétant : depuis la publication de trois millions de documents par le ministère de la Justice américain en janvier 2026, le cerveau collectif des internautes semble tourner en mode "reconnaissance Epstein" permanent.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Un homme surnommé Palm Beach Pete a été filmé à son insu sur l'I-95 en Floride et pris pour Jeffrey Epstein par des internautes — source : vidéo Twitter
  • Il a découvert la viralité de la vidéo quatre heures après sa diffusion, son téléphone saturé de commentaires — source : vidéo Twitter
  • Il a publié une vidéo de démenti : "I'm not Jeffrey Epstein. I'm Palm Beach Pete." — source : vidéo Twitter
  • Depuis le 30 janvier 2026, plus de trois millions de documents sur Epstein ont été publiés par le ministère de la Justice américain — source : BBC
  • L'affaire Epstein continue de provoquer des crises politiques en 2026, du Royaume-Uni à la France — sources : RTL, Le Monde

Ce jour-là, sur l’I-95 en Floride, rien ne distingue la scène de mille autres : un homme au volant, le soleil de Floride, la route. Quelqu’un dans un véhicule voisin sort son téléphone et filme. L’inconnu n’en sait rien. Selon la vidéo publiée sur Twitter, c’est seulement quatre heures plus tard qu’il découvre la situation : son téléphone est saturé de commentaires. La vidéo originale montrait une photo de Jeffrey Epstein avec une flèche pointant vers lui, suggérant une ressemblance.

Sa réponse est devenue, à son tour, virale.

Dans la séquence de démenti qu’il publie, l’homme se présente avec un calme désarmant : « Hey everybody, this is Palm Beach Pete. And my video went viral ’cause some dude randomly filmed me while I was driving on I-95, unbeknownst to me. » Puis, à la question posée hors champ, il lâche la formule qui résume tout : « I’m not Jeffrey Epstein. I’m Palm Beach Pete. » Un « that a boy » approbateur en fond sonore, et c’est plié. « Okay. Peace out. » On ne peut pas dire que l’homme manque de flegme.

Trois millions de documents et un visage qui hante l’espace public

L’identité réelle de Palm Beach Pete, son nom complet, son âge, sa profession, reste inconnue. Ce qui est certain, en revanche, c’est le contexte dans lequel cette confusion a pu naître. Depuis novembre 2025, une loi sur la transparence des dossiers Epstein a été promulguée par Donald Trump. Le 30 janvier 2026, selon la BBC, plus de trois millions de documents ont été rendus publics par le ministère de la Justice américain. Depuis, le nom et le visage d’Epstein n’ont plus quitté les unes. Jack Lang contraint de s’expliquer sur ses liens avec le financier (lire aussi : l’email de 2011 sur DSK ressurgi dans les documents). Au Royaume-Uni, le Premier ministre Keir Starmer, selon RTL, s’est excusé d’avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur malgré ses liens connus avec Epstein. Les révélations s’enchaînent depuis des semaines, chacune alimentant la suivante.

Ça fait beaucoup pour un seul visage.

Et c’est précisément là que l’affaire Palm Beach Pete cesse d’être anecdotique. Quand une figure criminelle occupe l’espace médiatique de façon aussi massive et continue, quelque chose se passe dans la perception collective. Les psychologues cognitifs ont un mot pour le phénomène inverse, la pareidolie, cette tendance du cerveau à reconnaître des formes familières là où il n’y en a pas. Sur les réseaux sociaux, en 2026, on pourrait parler d’une variante sociale du phénomène : la surexposition à un visage criminel crée une sorte de grille de lecture permanente. Un homme seul au volant, une ressemblance vague, et la mécanique s’emballe. La question que personne ne pose vraiment : combien d’autres « Palm Beach Pete » ont subi le même traitement sans avoir les moyens ou le sang-froid de répondre ?

Un homme bon enfant, un symptôme sérieux

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L’histoire se termine bien pour Palm Beach Pete, dans la bonne humeur, avec un « peace out » qui fait sourire. Mais le mécanisme sous-jacent mérite qu’on s’y arrête. Depuis la publication massive des « Epstein files », comme nous l’analysions dans notre enquête sur la fortune d’Epstein, chaque nouvelle révélation relance un cycle médiatique qui maintient le visage du pédocriminel en mémoire vive collective. Trois millions de documents, c’est une quantité d’informations que personne ne peut absorber rationnellement. Ce que le cerveau retient, lui, c’est l’image.

Jeffrey Epstein est mort dans sa cellule de la prison du Metropolitan Center de New York en août 2019, selon la BBC, avant son procès pour trafic sexuel de mineures. Il n’est donc, objectivement, nulle part sur l’I-95. Mais dans l’imaginaire collectif saturé de documents, de photos, d’interviews posthumes et de noms célèbres compromis, il semble être partout à la fois. Un inconnu en Floride en fait les frais. Il s’en tire avec humour. Ce n’est pas toujours le cas.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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