Paris : la préfecture interdit la manif néofasciste du 9 mai après la demande du député Portes

La préfecture de police a émis un arrêté d'interdiction le 5 mai 2026, deux jours après la saisine du député LFI Thomas Portes.

Paris : la préfecture interdit la manif néofasciste du 9 mai après la demande du député Portes
Illustration Julie Renault / info.fr

La manifestation annuelle du Comité du 9-Mai (C9M), groupe néofasciste récurrent dans les rues parisiennes, est interdite cette année. La préfecture de police de Paris a publié son arrêté le 5 mai 2026, lendemain de la lettre officielle adressée par le député LFI Thomas Portes. Mais le C9M a annoncé un recours devant le tribunal administratif.

La manifestation annuelle du Comité du 9-Mai (C9M), groupe néofasciste récurrent dans les rues parisiennes, est interdite cette année. La préfecture de police de Paris a publié son arrêté le 5 mai 2026, lendemain de la lettre officielle adressée par le député LFI Thomas Portes. Mais le C9M a annoncé un recours devant le tribunal administratif.

L’essentiel

  • 4 mai 2026 : le député LFI Thomas Portes adresse une lettre formelle au préfet de police de Paris pour exiger l’interdiction de la marche du C9M prévue le 9 mai.
  • 5 mai 2026 : la préfecture émet un arrêté d’interdiction, citant un risque de troubles graves à l’ordre public et un contexte de menaces terroristes élevées.
  • Double interdiction : les rassemblements antifascistes de contre-manifestation sont également bannis par le même arrêté.
  • 2025 : la manifestation du C9M avait réuni près de 1 000 participants après suspension de l’interdiction par le tribunal administratif.
  • Recours annoncé : le C9M a déposé un recours devant le tribunal administratif contre l’interdiction de 2026.

Une lettre, un arrêté : la séquence du 4 et 5 mai

Le 4 mai 2026, Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, écrit au préfet de police de Paris. L’objet : exiger l’interdiction de la marche du Collectif du 9-Mai, prévue le samedi suivant dans la capitale. Le texte circule immédiatement sur X.

Le lendemain, 5 mai, la préfecture de police publie un arrêté d’interdiction. Motivation officielle : risque de troubles graves à l’ordre public, contexte de menaces terroristes élevées, antagonismes violents entre groupes. La préfecture agit selon France Info en accord avec les orientations du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez.

La préfecture ne s’arrête pas là. Elle interdit également les rassemblements antifascistes prévus en réponse au C9M. Objectif affiché : éviter tout affrontement entre les deux camps.

Les antifascistes et le NPA annoncent un recours

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L’interdiction symétrique ne passe pas chez les opposants au C9M. Le NPA Paris et l’Union syndicale Solidaires ont annoncé saisir le tribunal administratif pour contester l’interdiction de leur contre-manifestation et de leur village antifasciste.

Cette double interdiction illustre la position de la préfecture : neutraliser les risques d’affrontement en privant les deux camps du droit de se réunir dans l’espace public le même jour.

Portes satisfait, mais prudent

Le député LFI a salué la décision de la préfecture sur X le 5 mai. Il appelle néanmoins à rester vigilant, en rappelant explicitement les précédents.

Sa prudence n’est pas sans fondement. En 2025, la préfecture avait également interdit la marche. Le tribunal administratif avait suspendu cet arrêté. Résultat : près de 1 000 militants avaient défilé, dont des participants venus de Hongrie, d’Allemagne, d’Autriche, d’Espagne et d’Italie, selon Le Monde et TF1 Info. En 2024, même scénario : 550 participants après levée de l’interdiction, sans débordements majeurs signalés.

Qui est le C9M ?

Le Comité du 9-Mai est un groupe informel d’extrême droite fondé en 1994. Il commémore la mort de Sébastien Deyzieu, militant nationaliste de 22 ans décédé lors d’une manifestation interdite à Paris le 7 mai 1994, selon Wikipédia et le média Au Poste. Le collectif a été cofondé par le GUD et la branche jeunesse du Front national, selon Wikipédia et Mediapart. Il fédère depuis des mouvances nationalistes, néofascistes et néonazies.

La manifestation attire chaque année des militants ultranationalistes étrangers. Selon L’Humanité, la dimension internationale est particulièrement marquée cette année, dans un contexte tendu après la mort d’un militant d’extrême droite en mars 2026. Les détails sur cette mort n’ont pas été précisés dans les sources disponibles.

Le C9M a indiqué selon un compte X avoir déposé un recours devant le tribunal administratif contre l’interdiction de 2026. La décision du tribunal est attendue avant le 9 mai. C’est ce recours qui, les années précédentes, a permis au groupe de défiler malgré les arrêtés préfectoraux.

Contexte dans le département de Paris (75)

Paris concentre depuis trente ans les principaux rassemblements de l’extrême droite radicale française à caractère commémoratif ou nationaliste. Le C9M y tient sa marche annuelle depuis 1994, faisant de la capitale le seul territoire où ce type d’événement perdure à cette échelle et avec cette régularité.

La préfecture de police de Paris est compétente pour les interdictions de manifestations sur le territoire parisien. Elle a déjà émis des arrêtés similaires en 2024 et 2025 - les deux fois suspendus en urgence par le tribunal administratif de Paris. Ce bras de fer annuel entre autorité préfectorale et juridiction administrative est devenu un feuilleton récurrent dans le calendrier politique parisien, souligné notamment par Au Poste dans une enquête sur le dossier C9M.

L’implication d’un député dans la saisine formelle du préfet constitue un élément nouveau dans la séquence 2026. Les années précédentes, les demandes d’interdiction émanaient principalement d’associations antifascistes ou de partis politiques sans démarche épistolaire formalisée de cette nature. Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de montée des tensions politiques autour des questions d’ordre public et d’extrémisme.

Le précédent juridique, clé du dénouement

La légalité de ces interdictions est disputée depuis plusieurs années. Le tribunal administratif de Paris a à deux reprises, en 2024 et 2025, jugé que les arrêtés préfectoraux portaient une atteinte disproportionnée à la liberté de manifester - un droit constitutionnel - faute de preuves suffisantes de risques imminents et spécifiques. Le Club des juristes a analysé cette jurisprudence en 2024, soulignant la difficulté pour la préfecture d’établir un danger précis et concret justifiant l’interdiction.

En 2026, la préfecture invoque deux éléments supplémentaires : les menaces terroristes élevées et la mort d’un militant d’extrême droite en mars. Ces nouveaux arguments pourraient peser dans la balance judiciaire. Rien ne garantit toutefois que le tribunal administratif tranchera différemment.

Le recours du C9M devant le tribunal administratif de Paris devrait être examiné en référé dans les prochaines heures. La décision déterminera si la marche peut avoir lieu le 9 mai - ou non.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Julie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Paris (75), avec Paris pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique et premiere place economique française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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