Pharmacie rurale en vente entre Meuse et Haute-Marne : une reprise cruciale

À Cousances-les-Forges, une officine cherche repreneur alors que les fermetures rurales s'accélèrent dans le Grand Est

Pharmacie rurale en vente entre Meuse et Haute-Marne : une reprise cruciale
Illustration François Meunier / info.fr

Une pharmacie de village est mise en vente à Cousances-les-Forges, en Meuse, à la frontière avec la Haute-Marne. Le titulaire part à la retraite. La reprise s'inscrit dans un contexte de désertification pharmaceutique qui s'accélère en zone rurale.

Une pharmacie rurale est proposée à la cession à Cousances-les-Forges, commune de la Meuse d’environ 1 700 habitants, située aux confins de la Haute-Marne. Le départ à la retraite du titulaire motive la mise en vente, annoncée sur la plateforme spécialisée Ouipharma. Dans un territoire où les fermetures d’officines s’enchaînent, la reprise de cette pharmacie représente un enjeu concret pour le maintien de l’accès aux soins.

L’essentiel

  • Localisation : Cousances-les-Forges (Meuse), village d’environ 1 700 habitants à la frontière Meuse/Haute-Marne
  • Chiffre d’affaires : 1 066 450 € HT, marge brute de 314 569 € (selon Ouipharma)
  • Motif de cession : départ à la retraite du titulaire
  • Contexte national : 54 fermetures de pharmacies rurales enregistrées en France en 2024, avec accélération en 2025
  • Réponse territoriale : l’expérimentation E-Meuse Santé, lancée en décembre 2025, déploie plus de 100 innovations santé sur trois départements du Grand Est

Une officine solide dans un village isolé

Selon l’annonce publiée sur Ouipharma, la pharmacie affiche un chiffre d’affaires hors taxes de 1 066 450 €, avec une marge brute de 314 569 €. Ces données, issues d’une source unique, n’ont pas été confirmées par un autre organisme. Elles indiquent néanmoins une activité structurée pour une commune rurale.

Cousances-les-Forges comptait 148 habitants au dernier recensement INSEE disponible, chiffre en légère hausse par rapport aux 140 recensés en 2020. La commune joue un rôle de centralité pharmaceutique pour plusieurs hameaux et villages environnants sans officine propre. La reprise conditionne donc l’accès aux médicaments d’une population dispersée sur plusieurs kilomètres.

Un phénomène qui dépasse la Meuse

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La mise en vente intervient dans un contexte national dégradé. Selon Le Moniteur des Pharmacies, 54 officines rurales ont fermé en France en 2024, et le rythme s’est accéléré en 2025. La Meuse et la Haute-Marne figurent parmi les territoires les plus exposés.

L’Est Républicain notait dès mars 2025 que le secteur pharmaceutique meusien traverse un renouvellement générationnel : plusieurs reprises ont eu lieu à Bar-le-Duc, Revigny-sur-Ornain et Verdun, liées aux départs en retraite de titulaires installés depuis plusieurs décennies. Le cas de Cousances-les-Forges s’inscrit dans cette séquence. Mais contrairement aux bourgs-centres, les villages de moins de 2 000 habitants peinent davantage à attirer des repreneurs, faute de revenus garantis et d’une patientèle suffisamment dense.

Contexte dans la Haute-Marne

La Haute-Marne (52) partage avec la Meuse des caractéristiques démographiques comparables : densité faible, vieillissement de la population, éloignement des centres urbains. Le département est régulièrement classé parmi les plus touchés par les déserts médicaux en France métropolitaine. La fermeture d’une pharmacie rurale y entraîne souvent des trajets de 15 à 30 kilomètres pour accéder à la suivante.

La Haute-Marne ne dispose pas à ce jour d’un dispositif propre équivalent à ce que développe la Meuse avec ses partenaires. Des initiatives locales existent - maisons de santé pluriprofessionnelles, cabines de téléconsultation - mais leur articulation avec l’accès pharmaceutique reste limitée. La continuité du maillage officinal demeure donc une priorité non résolue pour le conseil départemental.

La question du financement d’une pharmacie rurale déficitaire reste entière : ni la Haute-Marne ni la Meuse n’ont mis en place à ce stade de mécanisme de compensation financière directe pour les repreneurs d’officines en zone sous-dotée, selon les informations disponibles.

E-Meuse Santé : une réponse à l’échelle régionale

Face à la désertification médicale et pharmaceutique, trois départements du Grand Est - Meuse, Haute-Marne et Meurthe-et-Moselle - ont lancé en décembre 2025 l’expérimentation E-Meuse Santé. Le programme déploie plus d’une centaine d’innovations territoriales sur des thématiques variées : maladies chroniques, périnatalité, accès aux soins de premier recours.

En juin 2025, E-Meuse Santé a reçu le Prix de l’Accès aux Soins aux Assises Nationales, selon Hospitalia et L’Est Républicain. En mars 2026, le programme a lancé un appel à expérimentations dédié à la périnatalité, doté d’un budget de 623 000 €, ouvert aux entreprises, start-ups et associations.

Ce dispositif ne se substitue pas à une pharmacie physique. Mais il illustre la recherche de solutions alternatives dans des zones où le modèle traditionnel d’officine privée montre ses limites. L’hélistation inaugurée à Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier - dotée de 1,9 M€ pour l’urgence médicale - témoigne d’une tendance similaire dans d’autres territoires ruraux : investir dans des infrastructures de secours faute de maintenir une offre de soins de proximité suffisante.

Reprendre : les conditions d’une décision

Pour un pharmacien cherchant à s’installer, Cousances-les-Forges présente un profil atypique. L’officine génère un chiffre d’affaires supérieur au million d’euros, ce qui dépasse la moyenne des petites pharmacies rurales. La zone de chalandise, étendue faute de concurrence proche, constitue un argument commercial. Mais l’isolement géographique et la démographie locale - population stable mais modeste - peuvent freiner les candidats.

La plateforme Ouipharma ne précise pas le prix de cession demandé. Les modalités de reprise et le calendrier restent à confirmer auprès du vendeur. Plusieurs reprises récentes en Meuse montrent que des solutions ont été trouvées, mais chaque officine rurale constitue un cas particulier selon L’Est Républicain.

Des dispositifs d’accompagnement existent au niveau national - aides à l’installation des pharmaciens ruraux via les Agences Régionales de Santé - mais leur efficacité dans des communes de moins de 200 habitants reste débattue. Le sujet de la régulation pharmaceutique locale monte progressivement à l’agenda des préfectures et des ARS dans plusieurs départements ruraux.

La prochaine étape dépend du marché : si aucun repreneur ne se manifeste dans les mois à venir, la commune devra envisager d’autres formes d’accès aux médicaments - dépôt pharmaceutique, télépharmacie - dont aucune ne reproduit exactement le service d’une officine de plein exercice.

Sources

François Meunier

François Meunier

François est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Haute-Marne (52), avec Chaumont pour chef-lieu. Spécialité du département : festival international affiche graphique et Colombey-les-Deux-Eglises. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Grand Est.

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