Piégé par un deepfake IA : un ex-responsable sportif de Haute-Saône en garde à vue
Dominique Bouvet, 66 ans, ancien dirigeant de l'UNSS et du CDOS, déjà condamné en 2025, interpellé à Vesoul après un live TikTok viral
Un homme de 66 ans, ancien directeur départemental de l'UNSS et vice-président du CDOS en Haute-Saône, a été placé en garde à vue le 12 mai 2026 à Vesoul après avoir été piégé en direct sur TikTok par un chasseur de pédocriminels utilisant un deepfake IA simulant une adolescente de 14 ans. L'affaire relance le débat sur la légalité de ces pratiques citoyennes.
Dominique Bouvet, 66 ans, figure du sport scolaire en Haute-Saône pendant plusieurs décennies, se retrouve au cœur d’une affaire judiciaire pour la deuxième fois en moins de deux ans. Piégé le 11 mai 2026 lors d’un live TikTok, il s’est présenté spontanément au commissariat de Vesoul le lendemain. Sa garde à vue a été prolongée le 13 mai.
L’essentiel
- Le piège : Le 11 mai 2026, le streamer Finnyzyy, 21 ans, a diffusé en direct sur TikTok un échange avec Dominique Bouvet en utilisant un deepfake IA imitant une adolescente de 14 ans.
- Antécédent judiciaire : Dominique Bouvet avait été condamné le 9 janvier 2025 par le tribunal correctionnel de Vesoul à 18 mois de prison avec sursis probatoire pour détention, captation et transmission d’images pédopornographiques.
- Viralité et arrestation : La vidéo a dépassé un million de vues en 24 heures. Bouvet s’est présenté spontanément au commissariat de Vesoul le 12 mai ; sa garde à vue a été prolongée le 13 mai.
- Perquisition : Le domicile de Dominique Bouvet a été perquisitionné ; ordinateur, tablette, clés USB et téléphone ont été saisis selon France 3 Bourgogne-Franche-Comté.
- Enquête : Le parquet de Vesoul a confié l’affaire à la division de la criminalité territoriale.
Le piège du 11 mai : un live TikTok et un deepfake
Le 11 mai 2026 au soir, le streamer Finnyzyy lance un live sur TikTok. À 21 ans, ce chasseur de pédocriminels est déjà connu pour ses vidéos où il se fait passer pour des mineures afin de confondre des adultes aux intentions suspectes. Ce soir-là, il utilise un deepfake généré par intelligence artificielle : un avatar féminin reproduisant l’apparence et la voix d’une adolescente de 14 ans.
Dominique Bouvet entre dans la conversation. Selon les médias qui ont visionné les échanges - L’Est Républicain, Le Figaro, France 3 - il adresse à ce qu’il croit être une jeune fille des propos à caractère sexuel, lui proposant un baiser et une rencontre à Paris à la fin de ses cours.
La vidéo est diffusée en direct devant des milliers de spectateurs. En moins de 24 heures, elle franchit le million de vues. Le nom et la fonction passée de Dominique Bouvet circulent rapidement sur les réseaux sociaux.
Présentation spontanée au commissariat, garde à vue prolongée
Le 12 mai 2026, Dominique Bouvet se présente de lui-même au commissariat de Vesoul, selon Ouest-France et France 3. Il est immédiatement placé en garde à vue. Le lendemain, 13 mai, cette mesure est prolongée dans le cadre de l’enquête pour pédocriminalité, rapporte France 3 Bourgogne-Franche-Comté.
En parallèle, une perquisition est menée à son domicile. Ordinateur, tablette, clés USB et téléphone sont saisis pour analyse numérique. L’enquête a été ouverte par le parquet de Vesoul et confiée à la division de la criminalité territoriale.
Un récidiviste présumé : les faits de 2020 et la condamnation de 2025
Ce n’est pas la première fois que Dominique Bouvet est mis en cause. En 2020, il avait été mis en examen pour corruption de mineures après des échanges à caractère sexuel via Instagram et SMS avec huit lycéennes. L’affaire avait entraîné sa suspension de ses fonctions à l’UNSS, selon Le Figaro et France 3.
Le 9 janvier 2025, le tribunal correctionnel de Vesoul l’avait condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, assortis d’une obligation de soins, pour détention, captation et transmission d’images pédopornographiques impliquant des mineurs, selon TF1 Info. Cette condamnation était donc en cours au moment du live TikTok du 11 mai 2026.
Pour un aperçu plus large des affaires de violence impliquant des personnes en position d’autorité sur des mineurs, voir aussi le cas des animateurs périscolaires suspendus dans les Hauts-de-Seine.
Contexte dans la Haute-Saône
La Haute-Saône (70) est un département de 250 000 habitants environ, à dominante rurale, dont la préfecture est Vesoul. Le milieu du sport scolaire et associatif y est structurellement resserré : l’UNSS (Union nationale du sport scolaire) et le CDOS (Comité départemental olympique et sportif) sont des instances à faibles effectifs salariés, où les responsables sont souvent bien identifiés localement.
La mise en cause d’un ancien cadre de ces deux structures représente un choc dans ce tissu institutionnel. L’affaire de 2020 avait déjà entraîné une suspension administrative. Que les faits reprochés à Bouvet surviennent alors qu’il était sous sursis probatoire aggrave la dimension judiciaire du dossier.
Le parquet de Vesoul, qui avait déjà instruit la première affaire, est à nouveau saisi. La division de la criminalité territoriale de Vesoul conduit les investigations.
Le débat sur les chasseurs de pédocriminels
L’affaire Bouvet relance une controverse récurrente sur la légalité des méthodes employées par des streameers comme Finnyzyy. La question dépasse la Haute-Saône.
Aurélie Besançon, commissaire divisionnaire et cheffe de l’OFMIN (Office des mineurs), est explicite dans ses réserves, citée par TF1 Info : « Ces personnes ne sont pas formées et risquent d’entraver des investigations, parfois déjà en cours, sur les mêmes individus, menées par les forces de l’ordre. » La divulgation publique d’informations sur un suspect avant toute mise en cause judiciaire est en elle-même susceptible d’être illégale et de compromettre des procédures parallèles.
À l’opposé, Me Nathalie Bucquet, avocate de l’association Innocence en danger, défend ces actions, toujours selon TF1 Info : « Il faut multiplier ce type d’actions pour que le pédocriminel y réfléchisse à plusieurs fois avant de partir en chasse et espérer trouver une proie. »
Sur le plan législatif, la loi SREN de 2024 (article 226-8-1 du Code pénal) interdit la diffusion de deepfakes sexuels non consentis - passible de deux ans de prison et 60 000 euros d’amende - mais ne couvre pas explicitement les pièges anti-pédocriminels utilisant cette technologie. Ce vide juridique n’a pas encore été comblé.
Ce débat sur les pratiques numériques encadrées par la loi s’inscrit dans un contexte plus large de régulation des contenus en ligne, comme le montre la proposition Midy sur le temps de parole sur X et TikTok.
Ce que dit - et ne dit pas - le dossier
À ce stade, Dominique Bouvet n’a pas été renvoyé en jugement pour les faits du 11 mai 2026. La garde à vue prolongée le 13 mai indique que l’enquête est active, mais la procureure de Vesoul n’avait pas encore communiqué de suites judiciaires formelles au moment de la publication de cet article.
Les avocats de Dominique Bouvet n’ont pas répondu publiquement aux sollicitations des médias selon les sources disponibles. Sa position sur les faits reprochés n’est pas connue à ce stade.
L’analyse du matériel informatique saisi lors de la perquisition devrait orienter la suite de la procédure. Le parquet de Vesoul est attendu sur une éventuelle mise en examen ou un classement.
Sources
- L'Est Républicain : Piégé par une ado générée par IA : le pédophile présumé placé en garde à vue
- TF1 Info : Un pédocriminel présumé piégé en direct grâce à l'IA : un échange glaçant et une méthode qui questionne
- France 3 Bourgogne-Franche-Comté : Piégé en direct par un chasseur de pédocriminels : garde à vue prolongée, logement perquisitionné
- Le Figaro : «T'as jamais embrassé un garçon ?» : un ancien responsable sportif piégé en direct par un chasseur de pédocriminels grâce à une IA