Polytechnyl à Valence : 88 emplois supprimés, le site ferme sans repreneur
Le tribunal de commerce de Lyon a validé le 27 avril une reprise partielle par le fonds américain Lone Star, qui exclut le site drômois.
L'usine Polytechnyl de Valence (Drôme) ferme définitivement ses portes ce 30 avril 2026. Aucun repreneur ne s'est manifesté pour ce site. Les 88 salariés seront licenciés.
L’usine Polytechnyl de Valence (Drôme) ferme définitivement ses portes ce 30 avril 2026. Aucun repreneur ne s’est manifesté pour ce site. Les 88 salariés seront licenciés.
L’essentiel
- 88 emplois supprimés : les salariés du site valentinois seront licenciés, aucun repreneur ne s’étant positionné sur ce site.
- Arrêt de production le 23 avril : le site de Valence a cessé toute activité industrielle dès le 23 avril 2026, avant même la décision de justice.
- 10 millions d’euros : le fonds américain Lone Star a racheté Polytechnyl à ce prix le 27 avril, mais uniquement les brevets, la marque Technyl et la R&D - sans les usines.
- 72 postes conservés sur 547 : seuls les emplois du site de Saint-Fons (Rhône) sont maintenus, pour un an au minimum selon l’engagement de Lone Star.
- 7,5 % de l’emploi chimique drômois : selon l’INSEE, la chimie représente 1 173 emplois dans la Drôme en 2025 ; la perte des 88 postes valentinois équivaut à près d’un emploi sur treize dans ce secteur.
Le tribunal tranche, Valence reste sur le carreau
Le 27 avril 2026, le tribunal de commerce de Lyon a validé l’unique offre de reprise déposée pour Polytechnyl. Elle émanait du fonds américain Lone Star. Pour 10 millions d’euros, ce dernier acquiert les brevets, la marque Technyl, le pôle R&D et la partie commerciale. Les deux sites de production - Valence et Saint-Fons - sont exclus de la transaction.
Pour Saint-Fons, dans le Rhône, 72 emplois sont préservés. Pour Valence, rien. Le site drômois avait pourtant arrêté sa production le 23 avril, quatre jours avant l’audience, selon Les Echos et L’Usine Nouvelle. L’activité cesse définitivement ce 30 avril pour l’ensemble du groupe. Sur les 547 salariés que comptait Polytechnyl, 473 sont licenciés.
« Fatigués, épuisés, dégoûtés »
La réaction des salariés est sans ambiguïté. Sébastien Seauve, délégué CGT du site valentinois, résume l’état d’esprit général dans une formule reprise par plusieurs médias.
Les syndicats dénoncent un «dépeçage» de l’entreprise : un fonds rachète les actifs immatériels - brevets, marque, savoir-faire - et laisse les usines en liquidation. TF1 Info cite des salariés qualifiant la situation d’«écoeurante». Lone Star ne conserve que 13 % des effectifs du groupe.
Un site vieux de sept décennies dans la production de polyamide
L’usine de Valence produit des fibres de polyamide 6.6 depuis 1955. Elle est héritière du groupe Rhône-Poulenc, puis Rhodia, puis Solvay, avant d’intégrer le belge Domo Chemicals en 2020 sous le nom Polytechnyl. Ses débouchés couvrent l’automobile, le textile technique et des applications aussi spécifiques que la fabrication de balles de tennis, selon Domo Chemicals.
La mise en redressement judiciaire remonte à janvier 2026. Elle fait suite à un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lancé à l’été 2025, qui avait déjà supprimé 130 postes - dont des acteurs du tissu économique local drômois avaient alors observé les effets. Ce PSE avait été entaché d’irrégularités sur les congés de reclassement, selon Révolution Permanente. La faillite de filiales de Domo Chemicals en Allemagne fin 2025 avait accéléré la dégradation.
L’Usine Nouvelle qualifie la situation de «fin de la production intégrée de nylon en France». La France n’a plus de site fabricant des fibres polyamide de bout en bout.
Contexte dans la Drôme
La chimie emploie 1 173 personnes dans le département de la Drôme en 2025, selon les données INSEE. La suppression de 88 postes à Valence représente près de 7,5 % de ces effectifs sectoriels départementaux. Valence, préfecture du département avec environ 65 000 habitants, concentre l’essentiel de l’activité industrielle drômoise.
Les risques d’effets indirects sont documentés. Selon Vivre-Villes et France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, la fermeture pourrait entraîner la suppression d’une centaine d’emplois supplémentaires chez les sous-traitants de la chimie drômoise et de la vallée du Rhône. L’écosystème industriel local, déjà fragilisé, absorbe un choc supplémentaire.
Cette fermeture s’inscrit dans une vague plus large. En 2025, Vencorex, près de Grenoble (Isère), avait été repris partiellement par un groupe chinois avec la suppression de 300 emplois. Kem One, fabricant de PVC, avait été racheté par un fonds américain fin 2021. La chimie de spécialité française perd ses outils de production les uns après les autres, selon plusieurs analyses croisées de Mediapart et Challenges.
La réaction des élus
Le député Paul Christophle (PS) a réagi publiquement dès l’annonce du tribunal.
Il évoque un «bradage» et exprime son soutien aux salariés valentinois. D’autres élus de la vallée du Rhône ont relayé des positions similaires, selon Vivre-Villes. Aucune réponse officielle de l’État ou de la préfecture de la Drôme n’avait été communiquée au moment de la publication de cet article. Les recours syndicaux éventuels n’ont pas de date d’audience précisée à ce stade. Lone Star s’est engagé à maintenir les 72 emplois de Saint-Fons pendant un an, selon BFMTV.
Prochaine étape pour les 88 salariés valentinois
Les procédures de licenciement s’ouvrent dès la cessation d’activité du 30 avril. Les salariés, dont la moyenne d’âge se situe entre 40 et 55 ans selon Révolution Permanente, devront être accompagnés dans leur reconversion - le périmètre et les modalités de cet accompagnement à Valence restent à préciser par les instances compétentes. La question du reclassement industriel dans un bassin d’emploi déjà sous tension sera au cœur des discussions avec les représentants du personnel dans les prochaines semaines.
Sources
- Les Echos : Nouveau coup dur pour la chimie française : Polytechnyl repris à minima par un fonds américain
- Le Dauphiné Libéré : Polytechnyl : le site de Valence n'est pas repris, les 87 salariés licenciés
- BFMTV : L'usine Polytechnyl reprise à minima par un fonds d'investissement : seuls 72 emplois conservés sur près de 550
- L'Usine Nouvelle : C'est la fin d'une production intégrée de nylon en France : Polytechnyl est repris par le fonds américain Lone Star pour 10 millions d'euros, mais sans ses deux usines