Prise illégale d’intérêts aux HCL : une élue Aulas condamnée, 488 000 € de préjudice
Carole Burillon, conseillère métropolitaine Grand Cœur lyonnais, reconnue coupable après une convention litigieuse de douze ans aux Hospices Civils de Lyon.
Carole Burillon, ophtalmologue et conseillère métropolitaine élue sous la bannière Grand Cœur lyonnais de Jean-Michel Aulas, a été condamnée le 5 mai 2026 pour prise illégale d'intérêts. Les faits, couvrant douze ans, ont causé un préjudice estimé à 487 965 € pour les Hospices Civils de Lyon. Elle conserve son mandat.
Carole Burillon, ophtalmologue et cheffe de service à l’hôpital Édouard-Herriot des Hospices Civils de Lyon (HCL), a été condamnée le 5 mai 2026 dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). La peine : six mois de prison avec sursis et 5 000 € d’amende pour prise illégale d’intérêts. Élue conseillère métropolitaine en mars 2026 sous l’étiquette Grand Cœur lyonnais, mouvement politique proche de Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli, elle reste en poste. Aucune inéligibilité n’a été prononcée.
L’essentiel
- Condamnation : 6 mois de prison avec sursis et 5 000 € d’amende pour Carole Burillon ; 4 mois avec sursis et 5 000 € pour son mari Philippe Leynaud, pour recel.
- Préjudice : 487 965 € estimés pour les HCL entre 2013 et 2020, selon le rapport de la Chambre régionale des comptes d’octobre 2022.
- Durée de la convention : signée le 16 août 2010, renouvelée tacitement chaque année sans mise en concurrence pendant plus de douze ans.
- Signalement : Anticor a saisi le parquet de Lyon en mars 2023 ; enquête préliminaire ouverte en juin 2023.
- Mandat conservé : pas de peine d’inéligibilité, Carole Burillon reste conseillère métropolitaine de la Métropole de Lyon.
Une convention de 2010 au cœur du dossier
Tout remonte au 16 août 2010. Ce jour-là, les HCL signent une convention avec la SCM Lyon Lasik, société co-dirigée par Philippe Leynaud, mari de Carole Burillon. Le texte prévoit le partage d’équipements ophtalmologiques - deux lasers, un Excimer et un Femtoseconde - installés au service d’ophtalmologie de l’hôpital Édouard-Herriot, dirigé par Burillon elle-même.
Le problème identifié par la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes : aucune mise en concurrence. La convention a été reconduite tacitement, année après année, sans appel d’offres. Les tarifs de location, eux, n’ont pas suivi l’évolution du tarif journalier de privatisation (TJP). Selon le rapport de la CRC publié en octobre 2022 et disponible sur le site de la Cour des comptes, le TJP applicable aurait dû atteindre 777 € pour le laser Femtoseconde et 389 € pour l’Excimer. Ce gel tarifaire est à l’origine du préjudice chiffré à 487 965 € sur la période 2013-2020.
La sous-exploitation des équipements aggrave le tableau. Entre 2013 et 2020, seulement 2 211 actes ont été réalisés au laser Femtoseconde et 614 au laser Excimer, pour un objectif initial de 800 actes par an. La CRC pointe également l’absence de comité médical pour encadrer les plages horaires d’utilisation.
D’Anticor au tribunal : chronologie d’une affaire longue
Le rapport de la CRC, rendu public en octobre 2022, n’est pas passé inaperçu. L’association Anticor s’en saisit et adresse un signalement au parquet de Lyon en mars 2023. Trois mois plus tard, en juin 2023, le parquet ouvre une enquête préliminaire pour prise illégale d’intérêts et détournement de biens publics, comme l’avait rapporté Le Figaro à l’époque.
L’affaire a finalement abouti à une CRPC - procédure dite de « plaider coupable » - homologuée le 5 mai 2026. Carole Burillon a reconnu les faits. Son mari Philippe Leynaud a été condamné à quatre mois avec sursis et 5 000 € d’amende pour recel. Les deux époux devront en outre indemniser Anticor pour les frais engagés dans la procédure, selon Lyon Capitale.
Pas d’inéligibilité : le mandat préservé
La question de l’inéligibilité s’est posée. Elle a été écartée. Selon Lyon Capitale et Le Progrès, le tribunal a tenu compte de deux éléments : la surveillance défaillante exercée par les HCL eux-mêmes sur la convention litigieuse, et la situation professionnelle de Carole Burillon, dont la profession médicale lui garantit une insertion hors du secteur public si nécessaire.
Élue en mars 2026 sous la bannière Grand Cœur lyonnais - mouvement lancé par Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli dans la perspective des élections municipales de 2026 - , Burillon siège donc toujours au conseil de la Métropole de Lyon. Le camp Aulas n’a pas fait de déclaration publique sur la condamnation à ce stade, selon les informations disponibles.
Contexte dans le Rhône
Les HCL sont le deuxième centre hospitalier universitaire de France. Avec plus de 24 000 agents et un budget d’exploitation de 1,83 milliard d’euros en 2020, l’établissement traîne une dette de 815 millions d’euros fin 2020, relevée par la Cour des comptes. Les critiques sur la gestion financière des HCL ne datent pas d’hier : la CRC avait déjà formulé des observations en 2010 et, bien avant, en 1982.
L’affaire Burillon s’inscrit dans un contexte judiciaire chargé pour le monde hospitalier lyonnais. En mai 2026, le procès de Karim M’Barek pour corruption et favoritisme à la faculté de médecine Lyon Sud s’est ouvert simultanément devant la justice, selon Mediacités. D’autres dossiers judiciaires encombrent par ailleurs le calendrier des juridictions du Rhône cette année.
Sur le plan politique, la Métropole de Lyon traverse une période de recomposition. Grand Cœur lyonnais entend peser lors des municipales. Cette condamnation, même sans inéligibilité, alimente les débats sur les liens entre mandats électifs et responsabilités hospitalières. À Lyon, où la vie locale occupe régulièrement le devant de la scène, la gestion du service public reste un marqueur électoral sensible.
Anticor et la CRC : des lanceurs d’alerte institutionnels
Le rôle d’Anticor dans ce dossier mérite d’être souligné. Sans le signalement de l’association au parquet en mars 2023 - fondé sur le rapport de la CRC - , il est probable que l’affaire n’aurait pas franchi le seuil judiciaire aussi rapidement. La CRC Auvergne-Rhône-Alpes avait pour sa part produit une analyse détaillée, chiffres à l’appui, pointant les irrégularités de la convention dès octobre 2022.
Ce mécanisme - rapport de juridiction financière, saisine associative, enquête pénale - illustre un circuit de contrôle qui fonctionne, même tardivement. La convention incriminée avait cours depuis 2010 : il aura fallu douze ans pour qu’elle aboutisse à une condamnation.
Selon Lyon Capitale, la procédure CRPC choisie par Carole Burillon implique une reconnaissance explicite des faits. C’est ce qu’Anticor a rappelé sur son compte X : « Carole Burillon a reconnu avoir avantagé la société de son mari ».
Prochaine étape
La condamnation étant définitive dans le cadre de la CRPC homologuée, aucune audience supplémentaire n’est prévue sur ce volet. La question de l’avenir politique de Carole Burillon au sein de Grand Cœur lyonnais, à quelques mois des élections municipales de 2026, reste ouverte. D’autres affaires judiciaires impliquant des personnalités publiques sont en cours d’instruction dans la région.
Sources
- Mediacités : Une élue Grand Cœur lyonnais condamnée pour prise illégale d'intérêts
- Lyon Capitale : Une conseillère Grand Cœur lyonnais condamnée pour prise illégale d'intérêts
- Le Progrès : Carole Burillon sanctionnée pour prise illégale d'intérêts
- Cour des comptes : Rapport CRC Auvergne-Rhône-Alpes sur les HCL – octobre 2022