Procès Bastia-Poretta en appel : perpétuité requise contre Christophe Guazzelli
Le parquet général a requis la réclusion à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans contre le principal accusé, à l'issue de près de dix heures de réquisitions.
Au deuxième jour des réquisitions, le 25 juin 2024, le parquet général a demandé la réclusion criminelle à perpétuité contre Christophe Guazzelli, présenté comme le « maître d'œuvre » du double assassinat de l'aéroport de Bastia-Poretta en 2014. L'acquittement a été requis pour Joseph M.
L’essentiel
- Réclusion à perpétuité requise contre Christophe Guazzelli, avec une période de sûreté de 22 ans.
- Près de dix heures de réquisitions du parquet général le 25 juin 2024.
- Acquittement requis pour Joseph M., co-accusé dans ce procès en appel.
- 11 accusés jugés en appel pour le double assassinat d’octobre 2014 à l’aéroport de Bastia-Poretta.
Des réquisitions marathon de près de dix heures
L’audience du 25 juin 2024 à la cour d’appel d’Aix-en-Provence a été marquée par des réquisitions d’une ampleur rare. Le parquet général a plaidé pendant près de dix heures, détaillant les responsabilités de chacun des onze accusés dans le double assassinat commis le 5 octobre 2014 sur le tarmac de l’aéroport de Bastia-Poretta. Ce procès en appel fait suite aux condamnations de première instance, rendues en juin 2022.
Le contenu des réquisitions, rapporté par Le Monde, montre une volonté du ministère public de sanctionner lourdement ce qu’il considère comme l’acte fondateur d’une vendetta corse. Christophe Guazzelli est décrit comme le « maître d’œuvre » du guet-apens qui a coûté la vie à deux hommes, abattus de plusieurs balles devant des dizaines de témoins.
Ce tweet du journaliste Franck Berton, présent à l’audience, reflète l’ambiance : des réquisitions jugées « démesurées et hallucinantes pour l’ensemble du box », une critique partagée par plusieurs avocats de la défense.
La perpétuité requise pour le « maître d’œuvre »
Pour Christophe Guazzelli, le parquet général a requis la peine maximale : la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. L’accusé, qui a déjà été condamné à 30 ans de réclusion en première instance, a déclaré à l’audience « endosser toute la responsabilité » du double homicide, tout en niant l’existence de structures claniques organisées.
Cette position de l’accusé n’a pas convaincu le ministère public, qui a souligné le caractère prémédité et l’exécution quasi militaire du crime. La période de sûreté de 22 ans signifie que Christophe Guazzelli ne pourrait demander un aménagement de peine qu’après avoir purgé cette durée minimale.
Concernant l’ex-surveillante pénitentiaire surnommée « Cathy la matonne », le parquet a requis 25 ans de réclusion criminelle pour complicité. Elle est soupçonnée d’avoir facilité la logistique du crime en fournissant des informations depuis son poste à la prison de Borgo.
L’acquittement requis pour Joseph M.
À l’inverse, le parquet général a demandé l’acquittement de Joseph M., également jugé pour sa participation présumée à l’association de malfaiteurs. Selon l’accusation, les charges retenues contre lui n’étaient pas suffisamment étayées par les éléments du dossier. Cette requête a été perçue comme une surprise par les parties civiles, qui espéraient une condamnation.
L’avocat de Joseph M., Me Pierre Blazy, a salué « une décision lucide du parquet » après deux mois d’audience où son client a toujours nié les faits. En revanche, les avocats de la défense des autres accusés ont dénoncé une « disproportion » entre les réquisitions et la réalité des responsabilités individuelles.
Une ambiance tendue au palais de justice
Depuis l’ouverture du procès en appel le 4 mai 2024, les tensions étaient palpables entre la défense et le parquet. Plusieurs incidents d’audience ont émaillé les débats, notamment des absences d’avocats et d’accusés dénoncées comme une « paralysie orchestrée » par le procureur général, comme le rapporte 20 Minutes.
Le 25 juin, les réquisitions ont été suivies de vifs échanges. Me Françoise Cotta, avocate d’un des co-accusés, a qualifié la peine requise contre Christophe Guazzelli de « peine de mort symbolique » dans une déclaration à France 3 Corse. De son côté, le bâtonnier d’Aix-en-Provence a dû intervenir pour rappeler les règles de courtoisie.
Contexte dans la Haute-Corse
Ce procès s’inscrit dans une longue série d’affaires de banditisme qui touchent la Haute-Corse depuis les années 2010. Le département, qui compte environ 184 000 habitants, est régulièrement secoué par des règlements de comptes liés à des conflits de clans ou des trafics. L’aéroport de Bastia-Poretta, porte d’entrée touristique majeure de l’île, avait été le théâtre d’une exécution publique qui avait choqué l’opinion.
Selon les données de l’INSEE, la Corse connaît un taux d’homicides liés au grand banditisme supérieur à la moyenne nationale, avec des pics dans la région bastiaise. La justice a multiplié les procès d’envergure, comme celui des frères Mariani ou des réseaux de la Brise de Mer, mais la récidive reste un problème structurel.
Le verdict de ce procès en appel était attendu le 28 juin 2024. « Cathy la matonne » à 23 ans