Procès à Strasbourg : les plaignantes contre l’ostéopathe Pierre Garitte témoignent de leur sidération

Deuxième jour d'audience le 2 juin 2026 huit femmes ont décrit des gestes sans consentement, l'accusé invoque une « sensation de pénétration ».

Procès à Strasbourg : les plaignantes contre l'ostéopathe Pierre Garitte témoignent de leur sidération
Illustration Lucie Meyer / info.fr

Le procès de Pierre Garitte, ostéopathe de 37 ans exerçant à Eschau, se poursuit devant la cour criminelle du Bas-Rhin à Strasbourg. Mardi 2 juin, les huit plaignantes pour viol ont pris la parole. L'accusé, qui encourt jusqu'à 20 ans de réclusion, nie tout caractère sexuel aux gestes reprochés.

L’essentiel

  • 29 victimes : Pierre Garitte est poursuivi pour viols sur 8 patientes et agressions sexuelles sur 21 autres, entre 2018 et 2021.
  • Peine encourue : jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle, avec circonstance aggravante d’abus d’autorité.
  • Procès : ouvert le 1er juin 2026 à Strasbourg, durée prévue jusqu’au 10 ou 12 juin 2026.
  • Défense : l’accusé reconnaît une seule pénétration digitale, présentée comme thérapeutique, et parle de « sensation de pénétration » ou de « maladresse professionnelle ».
  • Enquête : une première plainte avait été classée sans suite en 2018 ; après une seconde en 2020, les gendarmes ont contacté quelque 470 patients, dont 29 femmes (âgées de 23 à 77 ans) ont dénoncé des faits.

Huit femmes à la barre pour viol

Mardi 2 juin, la cour criminelle du Bas-Rhin a consacré sa journée aux auditions des huit plaignantes qui accusent Pierre Garitte de viol. Les faits reprochés : des pénétrations digitales pratiquées lors de consultations ostéopathiques, sans avertissement, sans consentement. Les motifs de consultation étaient banals - douleurs d’épaule, vertiges, maux de dos - et n’appelaient aucune intervention dans la région pelvienne.

Plusieurs femmes ont décrit une sidération immédiate, l’impossibilité de réagir sur le moment. L’une d’elles, prénommée Anne-Lise dans les comptes rendus d’audience relayés par Ouest-France, a évoqué une séance de vingt minutes. Une autre, Déborah, a rapporté que l’accusé lui aurait dit : « Vous êtes une belle femme. » À une troisième, il aurait affirmé être « entre adultes consentants » ou encore que « l’âme de ta maman était coincée dans ton utérus », selon les mêmes sources. Plusieurs plaignantes ont confié n’avoir compris ce qui leur était arrivé qu’après avoir été contactées par les enquêteurs.

La défense invoque la maladresse professionnelle

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Face aux huit femmes réunies dans la salle d’audience, Pierre Garitte a maintenu sa ligne de défense. Il ne reconnaît qu’une seule pénétration digitale, qu’il qualifie de geste thérapeutique. Pour les autres situations, il avance l’idée d’une « sensation de pénétration » ou d’une « maladresse professionnelle », selon les Dernières Nouvelles d’Alsace.

La défense bute cependant sur un point réglementaire : les touchers internes et pelviens sont explicitement interdits aux ostéopathes depuis le décret de 2007. Son avocat, Me Yves Sauvayre (Lyon), n’avait pas souhaité s’exprimer publiquement à l’issue de la journée, selon les DNA.

L’avocate Sendegul Aras, qui représente six parties civiles, a posé le cadre dès l’ouverture du procès : « C’est le procès d’un homme, pas de la profession », et « cette confiance thérapeutique qui sera au cœur des débats », a-t-elle déclaré selon Boursorama et France 24.

Une chienne pour accompagner les victimes

Tout au long des audiences, une chienne d’assistance judiciaire prénommée Visa est présente aux côtés des plaignantes. Croisée labrador-golden retriever, âgée d’environ deux ans et demi, elle a été formée par l’association Handi’Chiens et a rejoint Viaduq France Victimes 67 fin 2024. Son rôle : offrir un soutien non verbal pendant les moments d’audition les plus difficiles. L’association est présente chaque jour d’audience, selon les DNA.

Comment l’enquête a abouti à 29 victimes

L’affaire remonte à 2018, année d’une première plainte classée sans suite. Une seconde plainte déposée en 2020 relance l’instruction. Les gendarmes décident alors de contacter l’ensemble de la patientèle de Pierre Garitte : environ 470 personnes. Vingt-neuf femmes, âgées de 23 à 77 ans, dénoncent des faits similaires, couvrant la période 2018-2021. L’accusé exerçait depuis 2014 dans trois cabinets de l’Eurométropole de Strasbourg, dont celui d’Eschau.

Mis en examen vers 2021, il est interdit d’exercer depuis lors et comparaît libre sous contrôle judiciaire. Pour les affaires de violences en contexte professionnel, la circonstance aggravante d’abus d’autorité - retenue ici - alourdit la qualification pénale.

Contexte dans le Bas-Rhin

La cour criminelle du Bas-Rhin siège à Strasbourg. Ces juridictions, créées en 2019 et généralisées en 2023, jugent les crimes punis de 15 à 20 ans de réclusion sans jury populaire, avec trois magistrats professionnels. Elles ont notamment permis de désengorger les cours d’assises pour les affaires de viols aggravés.

L’Eurométropole de Strasbourg compte plusieurs centaines de professionnels de santé paramédicaux. Le cadre réglementaire de l’ostéopathie - décret de 2007, liste limitative des actes autorisés - exclut tout toucher interne, pelvien ou vaginal. Ce point est central dans le dossier : la défense ne peut arguer d’une zone grise déontologique.

L’affaire est suivie par les DNA, Ouest-France, BFMTV Alsace, Sud Ouest, L’Humanité et Franceinfo/AFP. À ce stade, aucune prise de position officielle de la préfecture du Bas-Rhin ni du conseil régional de l’ordre concerné n’a été rendue publique.

Prochaine étape

Les audiences doivent se poursuivre jusqu’au 10 ou 12 juin 2026. Les 21 plaignantes pour agression sexuelle n’avaient pas encore été entendues à l’issue du 2 juin. Pierre Garitte est présumé innocent jusqu’au délibéré.

Sources

Lucie Meyer

Lucie Meyer

Lucie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Bas-Rhin (67), avec Strasbourg pour chef-lieu. Spécialité du département : Parlement européen et capitale européenne (Strasbourg). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Grand Est.

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