Procureure et président du tribunal de Gap face aux lecteurs : défiance et protection des mineurs
Marion Lozac’hmeur et Denis Weisbuch ont rencontré dix lecteurs du Dauphiné Libéré pour échanger sur la défiance envers la justice et la protection des mineurs sur les réseaux sociaux.
La procureure de la République de Gap, Marion Lozac’hmeur, et le président du tribunal judiciaire, Denis Weisbuch, ont débattu avec des citoyens. Au menu 160 enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs dans les Hautes-Alpes et la menace du lynchage numérique.
L’essentiel
- 160 enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs sont traitées par le parquet de Gap dans les Hautes-Alpes.
- 40% d’augmentation des déferrements au parquet de Gap en 2024-2025.
- 35% d’effectifs manquants au greffe du tribunal de Gap en 2024.
- 8 magistrats supplémentaires sont prévus d’ici 2027 dans les Alpes du Sud.
- La procureure a mis en garde contre les dérives de vengeance privée et de lynchage numérique.
Ils étaient dix, installés autour d’une table dans une salle du tribunal judiciaire de Gap. Marion Lozac’hmeur, procureure de la République, et Denis Weisbuch, président du tribunal, ont répondu pendant près de deux heures aux questions de lecteurs du Dauphiné Libéré, ce mardi 30 juin 2026. La rencontre, organisée par le quotidien régional, visait à rétablir un dialogue direct entre citoyens et magistrats, dans un climat de défiance croissante envers l’institution judiciaire.
« Nous sommes là pour écouter et expliquer », a introduit la procureure, avant d’aborder le sujet qui dominait les préoccupations des participants : la protection des mineurs face aux violences sexuelles et aux réseaux sociaux. Un dossier lourd, puisque le parquet de Gap traite actuellement 160 enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs dans l’ensemble du département des Hautes-Alpes, dont 70 suivies directement par ses services (source : info.fr).
Libération de la parole et vigilance citoyenne
Les magistrats ont souligné l’importance de la libération de la parole des victimes, mais aussi les risques de dérives. « Nous voyons de plus en plus de signalements anonymes sur les réseaux sociaux, parfois accompagnés d’appels au lynchage », a expliqué Marion Lozac’hmeur. « La vengeance privée n’est pas une solution. Elle nuit aux enquêtes et peut mettre en danger des innocents. »
La procureure a rappelé qu’elle avait déjà publiquement appelé au calme face à ces phénomènes, notamment après la diffusion de vidéos et de commentaires haineux visant des personnes mises en cause dans des affaires de pédocriminalité. « Nous avons besoin de la confiance des citoyens, pas de leur colère », a-t-elle insisté.
Les participants ont également interrogé les magistrats sur les moyens alloués au tribunal de Gap. Denis Weisbuch, en poste depuis juin 2024, a dressé un constat sans fard : « Le greffe a connu des années difficiles, avec 35 % d’effectifs manquants en 2024. C’est un moteur qui s’était arrêté. » Depuis, une restructuration managériale a été engagée, et des renforts sont attendus : huit magistrats supplémentaires sont prévus d’ici 2027 dans les Alpes du Sud (source : Le Dauphiné Libéré).
Déferrements en hausse, mineurs au cœur des priorités
Le parquet de Gap a enregistré une augmentation de 40 % des déferrements en 2024-2025 (source : Alpes 1). « Cela reflète une activité judiciaire plus soutenue, mais aussi une charge de travail accrue pour les magistrats et les greffiers », a commenté Marion Lozac’hmeur. Le tribunal pour enfants, qui traite les affaires de mineurs dans le département, est particulièrement sollicité.
En juin 2025, une nouvelle coordination de moyens pour les fugues de mineurs a été signée au tribunal de Gap, renforçant le partenariat entre la justice, la police et les services sociaux. Les magistrats ont aussi évoqué les propositions de loi en cours d’examen au Parlement en 2026 visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure qui pourrait changer la donne en matière de protection numérique.
Contexte dans les Hautes-Alpes
Le département des Hautes-Alpes compte environ 146 000 habitants. Le tribunal judiciaire de Gap couvre l’ensemble du territoire, avec des compétences en matière civile, pénale et pour les mineurs. La forte ruralité et l’isolement de certaines vallées compliquent l’accès à la justice pour les victimes. « La parole se libère, mais les victimes doivent encore franchir des obstacles géographiques et psychologiques », a noté la procureure. Le parquet de Gap, dirigé pour la première fois par une femme depuis décembre 2023, doit faire face à une augmentation des signalements, notamment via les plateformes en ligne. Selon les données du ministère de la Justice, le tribunal pour enfants de Gap a vu son activité croître.
En parallèle, une enquête pour corruption de mineur visant un enseignant d’un établissement catholique a été ouverte à Gap en mai 2025, illustrant la vigilance des services judiciaires locaux. Des affaires similaires, comme celle jugée dans l’Indre où un ex-formateur des jeunes pompiers a été condamné à 13 ans de prison pour viols, montrent que la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs est une priorité nationale. Un dossier qui a conduit le SDIS 36 à prôner la « tolérance zéro ».
Un appel à la confiance
La rencontre s’est achevée sur une note d’espoir. « Nous avons besoin de vous, citoyens, pour nous alerter, mais aussi pour respecter le travail de la justice », a déclaré Denis Weisbuch. Les participants ont salué la transparence des échanges, tout en réclamant plus de moyens humains et matériels pour le tribunal. Un lecteur a suggéré la création d’un observatoire local de la justice, une idée que les magistrats ont dit vouloir étudier.
« Ce genre de dialogue devrait être organisé plus souvent », a conclu une participante. La procureure a promis de renouveler l’exercice. En attendant, le parquet continue de traiter ses 160 enquêtes, tandis que des dispositifs d’accompagnement des victimes se multiplient, comme le « Pack Nouveau Départ » lancé dans le Loiret pour les violences conjugales, un modèle qui pourrait inspirer d’autres départements.
Prochaine étape : une réunion de travail est prévue en septembre 2026 entre le parquet de Gap et les associations de protection de l’enfance pour renforcer la coordination.