Projet Lichen en Charente : 2,2 milliards bloqués faute de réseau électrique
La députée RN Cyrielle Colombier interpelle le gouvernement sur le blocage du projet industriel Verso Energy à Etagnac, suspendu par la saturation du réseau causée par les éoliennes
Le projet Lichen, usine de carburant d'aviation durable portée par Verso Energy à Etagnac, est suspendu faute de raccordement électrique suffisant. La saturation du réseau dans le nord de la Charente, liée à la prolifération de parcs éoliens, bloque un investissement de 2,2 milliards d'euros. La députée RN Cyrielle Colombier a dénoncé la situation lors des questions au gouvernement le 12 mai 2026.
Le projet Lichen, usine de carburant d’aviation durable portée par Verso Energy à Etagnac, est suspendu faute de raccordement électrique suffisant. La saturation du réseau dans le nord de la Charente, liée à la prolifération de parcs éoliens, bloque un investissement de 2,2 milliards d’euros. La députée RN Cyrielle Colombier a dénoncé la situation lors des questions au gouvernement le 12 mai 2026.
L’essentiel
- Investissement : 2,2 milliards d’euros, financés par fonds propres et endettement de Verso Energy, sans subvention publique
- Emplois prévus : 300 emplois directs et indirects, dont environ 120 directs
- Production visée : 153 000 tonnes annuelles de carburant d’aviation durable (e-SAF), ce qui en ferait la plus grande unité du genre en France
- Obstacle : saturation du réseau électrique dans le nord de la Charente, avec plus de 130 éoliennes autour de Ruffec et une trentaine en attente de raccordement
- Alerte politique : question au gouvernement de la députée RN Cyrielle Colombier le 12 mai 2026, dénonçant la « dérive de l’idéologie écologiste »
Un projet industriel hors normes, coincé avant même le premier coup de pelle
Verso Energy veut construire sur 30 hectares, entre Etagnac (Charente) et Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne), la plus grande usine française de carburant de synthèse pour l’aviation. Le principe : capter le CO2 rejeté par l’usine Sylvamo toute proche, le combiner à de l’hydrogène vert, et produire du e-SAF (Sustainable Aviation Fuel) en masse. Capacité annoncée : 153 000 tonnes par an, selon les données du débat public piloté par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP).
L’investissement total est évalué à 2,2 milliards d’euros. Verso Energy assure le financer sur fonds propres et endettement, sans dépendance à des subventions publiques, comme le confirment les éléments transmis au Sénat dans le cadre d’une question écrite en février 2026. Le calendrier initial prévoyait une construction de 2027 à 2030, pour une mise en production en 2030.
Mais ce calendrier est aujourd’hui suspendu à une inconnue : le raccordement électrique. Le projet nécessite un renforcement du réseau de transport d’électricité géré par RTE, avec la construction d’une ligne aérienne 400 kV sur environ 8 km, selon Charente Libre. Les délais imposés par ce chantier préalable compromettent l’ensemble du planning.
Un réseau saturé par les éoliennes du nord Charente
La cause identifiée est précise : le réseau électrique du nord de la Charente est saturé. Selon Charente Libre, plus de 130 éoliennes sont déjà raccordées autour de Ruffec, et une trentaine de projets supplémentaires attendent leur tour. Cette concentration a absorbé les capacités disponibles sur le réseau local, au point de bloquer les demandes de raccordement industriel haute consommation comme celle de Lichen.
La situation a déjà déclenché une réaction des élus locaux. Selon le même média, des responsables de Charente limousine ont publiquement exprimé leur colère face à cette saturation, jugeant que des projets créateurs d’emplois permanents sont sacrifiés au profit d’installations de production intermittente.
Sur X, le compte officiel de l’Assemblée nationale a relayé l’intervention de la députée charentaise :
Colombier interpelle le gouvernement : « la dérive de l’idéologie écologiste »
Le 12 mai 2026, lors des questions au gouvernement, la députée RN de la Charente Cyrielle Colombier a mis le dossier Lichen en lumière à l’Assemblée nationale. Selon le compte rendu publié au Journal officiel des questions de l’Assemblée nationale (mai 2026), elle a dénoncé la suspension du projet « faute de raccordement électrique », pointant directement la responsabilité des « éoliennes inefficaces » dans la saturation du réseau.
Colombier a qualifié la situation de « dérive de l’idéologie écologiste », en soulignant l’impact sur l’emploi local dans un territoire rural déjà fragilisé. La réponse du gouvernement n’était pas précisée dans les éléments disponibles à ce stade.
Cette prise de parole s’inscrit dans un débat plus large sur les priorités d’accès au réseau électrique : faut-il réserver les capacités aux industries décarbonées à fort potentiel d’emploi, ou maintenir le principe premier arrivé, premier servi qui profite actuellement aux projets éoliens déjà en file d’attente ?
Contexte dans la Charente
La Charente (16) est un département de 350 000 habitants environ, dont l’économie repose historiquement sur l’agroalimentaire, la papeterie et quelques pôles industriels. Le nord du département, zone rurale à faible densité, concentre paradoxalement la quasi-totalité des installations éoliennes charentaises. Selon TF1 Info, cette répartition inégale fait déjà débat localement : aucun projet éolien n’est implanté dans le sud de la Charente.
La zone Charente limousine, aux confins des départements 16, 87 et 23, peine à maintenir son tissu industriel. Le projet Lichen représentait une opportunité rare : un investissement massif, privé, sans appel à l’argent public, dans un secteur - le carburant vert pour l’aviation - porté par des obligations réglementaires européennes croissantes. L’Union Patronale de la Charente avait apporté son soutien lors de la concertation publique organisée entre avril et juin 2025.
Des cas comparables existent en Nouvelle-Aquitaine. Selon les documents RTE consultés lors du débat public, la saturation réseau a par exemple nécessité une restructuration dans la vallée d’Ossau pour un montant de 100 millions d’euros, et des extensions de postes électriques ont été engagées près de Ruffec pour anticiper les raccordements ENR. Ces chantiers d’infrastructure prennent plusieurs années.
Ce qui attend le projet en 2026 et après
Malgré le blocage sur le raccordement, Verso Energy n’a pas officiellement abandonné le projet. Les prochaines étapes prévues au calendrier incluent la finalisation des études d’impact et de sécurité en 2026, suivies d’une enquête publique. La plateforme de concertation concertation-lichen.eu reste active.
Le nœud reste entier : sans confirmation d’un délai de raccordement acceptable de la part de RTE, Verso Energy ne peut pas engager les dépenses d’ingénierie nécessaires à la phase de construction. La question posée par Colombier au gouvernement revient en substance à demander si l’État entend prioriser ce type de projet industriel dans les files d’attente réseau - une décision qui relève à la fois du régulateur (CRE) et de RTE.
La réponse du gouvernement, attendue dans les semaines suivant la question du 12 mai, déterminera si le calendrier 2027-2030 reste tenable ou si Lichen bascule dans l’incertitude prolongée.
Sources
- Charente Libre : Le giga projet de Verso Energy suspendu aux délais de renforcement du réseau électrique
- Charente Libre : Saturation des réseaux électriques : le coup de colère des élus de Charente limousine
- Assemblée nationale (X) : Projet Lichen en Charente : Cyrielle Colombier déplore la suspension faute de raccordement électrique
- Assemblée nationale : Journal officiel des questions de l'Assemblée nationale – mai 2026