Rachida Dati placée sous témoin assisté pour soupçons de filature sur ses plaignants

La maire du 7e arrondissement de Paris auditionnée le 8 mai dans une enquête sur une possible surveillance clandestine d'un couple qui l'avait attaquée en justice dans l'affaire Ghosn.

Rachida Dati placée sous témoin assisté pour soupçons de filature sur ses plaignants
Illustration Julie Renault / info.fr

Rachida Dati a été auditionnée jeudi 8 mai 2026 au tribunal judiciaire de Paris sous le statut de témoin assisté. L'enquête porte sur une possible filature privée commanditée contre Jean-Paul Baduel et sa compagne Danièle Coutaz, qui avaient porté plainte contre elle en 2019 dans l'affaire Renault-Carlos Ghosn. Un nouveau volet judiciaire pour une élue déjà mise en examen.

Rachida Dati, maire LR du 7e arrondissement de Paris et ancienne garde des Sceaux, a été placée sous le statut de témoin assisté dans une enquête sur une possible surveillance clandestine visant un couple de plaignants. L’audition s’est tenue jeudi 8 mai 2026 au tribunal judiciaire de Paris, selon Le Monde et Libération qui ont révélé l’affaire le 12 mai.

L’essentiel

  • Audition : Rachida Dati entendue le 8 mai 2026 au tribunal judiciaire de Paris sous statut de témoin assisté.
  • Plainte initiale : Jean-Paul Baduel et Danièle Coutaz ont déposé plainte contre Dati en avril 2019 pour corruption et abus de biens sociaux, liés à 900 000 euros perçus de 2010 à 2012 d’une filiale Renault-Nissan.
  • Seconde plainte : Une deuxième plainte déposée fin 2022 par Baduel, spécifiquement pour l’enquête clandestine présumée sur le couple.
  • Découverte : Les soupçons ont émergé via l’enquête sur les « barbouzeries » autour du PSG en 2019, incluant des consultations de fichiers Air France sur le couple.
  • Procès principal : Le procès dans l’affaire Ghosn est prévu du 16 au 28 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris.

Une filature découverte en marge d’un autre dossier

L’affaire prend sa source dans une enquête distincte : celle sur les « barbouzeries » autour du Paris Saint-Germain. En 2019, des enquêteurs y ont découvert que des policiers avaient consulté des fichiers Air France - des listings de vols - concernant Jean-Paul Baduel et sa compagne Danièle Coutaz. Cette découverte a conduit à l’ouverture d’une procédure spécifique sur une possible surveillance privée, selon Le Monde.

Jean-Paul Baduel est avocat. Danièle Coutaz, décédée en 2024, était actionnaire minoritaire de Renault. Ensemble, ils avaient attaqué Rachida Dati en justice dès avril 2019 pour corruption passive et abus de biens sociaux, dans le sillage des révélations sur l’affaire Carlos Ghosn. Baduel a déposé une seconde plainte fin 2022, cette fois directement pour l’enquête clandestine présumée.

900 000 euros au cœur du dossier Ghosn

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La plainte de 2019 portait sur 900 000 euros perçus par Rachida Dati entre 2010 et 2012 d’une filiale Renault-Nissan. Les enquêteurs soupçonnaient que ces paiements, présentés comme des prestations de conseil, dissimulaient en réalité du lobbying au Parlement européen, selon France Info.

Ce volet a conduit à sa mise en examen en 2021 pour corruption passive et trafic d’influence, après un premier statut de témoin assisté en 2020. Le procès principal, impliquant également l’ex-PDG Carlos Ghosn, est fixé du 16 au 28 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, selon Le Club des Juristes.

Le nouveau dossier - celui de la filature présumée - est donc distinct du procès à venir, mais s’y superpose. Pour la justice parisienne, habituée aux dossiers complexes mêlant politique et appareil sécuritaire, cette affaire ajoute une couche supplémentaire à un dossier déjà tentaculaire.

Baduel parle d’« intentions malveillantes »

Jean-Paul Baduel a réagi à l’annonce du placement sous témoin assisté de Dati. Il a déclaré à l’AFP : « Il y a des intentions malveillantes derrière cette enquête sur moi et ma femme. » Il a salué la décision judiciaire.

Du côté de la défense, le silence est total. Mes Olivier Pardo et Olivier Baratelli, avocats de Rachida Dati, se sont refusés à tout commentaire, selon Le Monde.

Un revirement après les « élucubrations » de 2022

En novembre 2022, lorsque les premiers soupçons de surveillance avaient filtré dans la presse après la plainte de Baduel, Rachida Dati avait balayé les accusations d’un mot : « élucubrations », selon Le Progrès et Libération. Quatre ans plus tard, le tribunal judiciaire de Paris a jugé les éléments suffisants pour l’entendre sous le statut de témoin assisté.

Ce statut, en droit français, est intermédiaire : il confère des droits (accès au dossier, assistance d’un avocat) mais ne constitue pas une mise en examen. Il signifie toutefois que des indices sérieux pèsent sur la personne entendue, sans que la preuve d’une infraction soit encore établie.

La gestion sécuritaire à Paris est un sujet sensible pour l’exécutif municipal. Ce nouveau volet judiciaire concernant la maire du 7e intervient à moins de cinq mois du procès principal dans l’affaire Ghosn.

Contexte dans le département de Paris (75)

Paris concentre une part disproportionnée des affaires judiciaires à dimension politique nationale. Le tribunal judiciaire de Paris, l’un des plus chargés de France, instruit simultanément plusieurs dossiers impliquant des élus en exercice.

Rachida Dati est maire du 7e arrondissement depuis 2008. Elle a également été ministre de la Culture de 2023 à 2024 dans le gouvernement Attal. Sa trajectoire politique s’est construite malgré - ou avec - une série d’épreuves judiciaires : mise en examen en 2021, renvoi en procès en 2024, et désormais ce nouveau statut de témoin assisté.

L’affaire des « barbouzeries » autour du PSG, qui a indirectement fait émerger ces soupçons, illustre la porosité entre réseaux policiers privés, grands clubs sportifs et sphères politiques parisiennes - un terrain que la justice française explore depuis plusieurs années. À ce titre, le dossier Dati s’inscrit dans un contentieux plus large sur l’usage détourné de fichiers administratifs par des policiers agissant hors cadre légal.

Pour les Parisiens du 7e arrondissement, l’un des plus aisés de la capitale, la situation judiciaire de leur élue reste à ce stade un sujet traité par la presse nationale plus que par les instances locales. Aucune réaction du conseil d’arrondissement n’avait été rendue publique au moment de la publication de cet article.

Le procès Ghosn en ligne de mire : septembre 2026

Le calendrier judiciaire s’annonce dense pour Rachida Dati. Le procès correctionnel dans l’affaire Renault-Carlos Ghosn est fixé du 16 au 28 septembre 2026. L’enquête sur la filature présumée suit sa propre trajectoire, distincte de ce procès.

La prochaine étape dépendra des investigations en cours : si des éléments supplémentaires sont réunis, le statut de témoin assisté pourrait évoluer vers une mise en examen. Dans le cas contraire, une décision de non-lieu mettrait fin à ce volet. Aucune date n’a été communiquée à ce stade. Le contexte politique national, lui, continue de se recomposer à un an des prochaines échéances électorales.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Julie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Paris (75), avec Paris pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique et premiere place economique française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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