Rennes : condamné à 30 ans pour viol, libéré après 8 ans et autorisé à vivre près de sa victime
Roland Blaudy, 73 ans, sort de prison le 12 mai 2026 après seulement 8 ans effectifs et s'installe à 4 km du domicile de Karine Jambu, l'une de ses victimes.
Roland Blaudy, pédocriminel récidiviste condamné en 2018 à 30 ans de réclusion, a été libéré le 12 mai 2026 de la prison de Caen après 8 ans effectifs. Autorisé à résider chez son frère à Rennes, à environ 4 km du domicile de sa victime Karine Jambu, sa remise en liberté provoque l'indignation de la famille et relance le débat sur la confusion des peines.
Roland Blaudy, pédocriminel récidiviste condamné en 2018 à 30 ans de réclusion criminelle, a été libéré le 12 mai 2026 de la prison de Caen après seulement 8 ans effectifs de détention. Autorisé à résider chez son frère à Rennes, à environ 4 km du domicile de sa victime Karine Jambu et à 800 mètres de son lieu de travail, sa sortie provoque une vague d’indignation en Ille-et-Vilaine et au-delà.
L’essentiel
- Condamnation : Roland Blaudy, 73 ans, condamné le 6 juillet 2018 à 30 ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur mineure en récidive, avec environ 15 victimes dont Karine Jambu, violée à l’âge de 5 ans.
- Libération : Sorti le 12 mai 2026 après 8 ans effectifs, grâce à la confusion des peines avec sa condamnation de 2007 (18 ans) et 9 ans de réductions pour bonne conduite.
- Résidence autorisée : Domicile fixé chez son frère à Rennes, à 4 km du domicile de Karine Jambu et 800 m de son lieu de travail.
- Suivi imposé : Suivi socio-judiciaire renforcé pendant 15 ans, avec interdiction de contact avec les victimes.
- Mobilisation citoyenne : Une pétition réclamant la réforme de la loi sur la confusion des peines a dépassé 68 000 signatures en mai 2026.
Une première condamnation en 2007, une récidive en 2018
Roland Blaudy n’en est pas à sa première affaire. Le 28 février 2007, la cour d’assises de Seine-et-Marne l’avait condamné à 18 ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur sa propre fille. Incarcéré depuis le 13 avril 2005, selon France 3 Bretagne et BFMTV, il a bénéficié d’une remise en liberté avant l’expiration de cette peine.
Le 6 juillet 2018, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine le condamne cette fois à 30 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur mineure de 15 ans en récidive. Parmi les quelque 15 victimes recensées figure Karine Jambu, abusée alors qu’elle avait 5 ans. Roland Blaudy est alors son oncle par alliance.
Huit ans au lieu de trente : le mécanisme de la confusion des peines
Comment un homme condamné à 30 ans se retrouve-t-il libre après 8 ans ? Le Télégramme et 20 Minutes ont détaillé le mécanisme juridique en jeu. La peine prononcée en 2018 a été confondue avec celle de 2007 : en droit français, lorsqu’un tribunal l’ordonne, une nouvelle peine peut absorber la précédente, évitant leur cumul intégral. À cela s’ajoutent 9 ans de réductions de peine accordées pour bonne conduite en détention.
Résultat : la période de sûreté de 20 ans attachée à la condamnation de 2018 a été considérée comme purgée en avril 2025, ouvrant la voie à une demande d’aménagement de peine. Le procureur de la République de Caen, Joël Garrigue, a reconnu publiquement le caractère inévitable de cette libération : « La période de sûreté étant achevée, M. Blaudy est juridiquement en droit de déposer une demande d’aménagement de peine », a-t-il déclaré, cité par Midi Libre et BFMTV.
C’est précisément ce mécanisme de confusion des peines que la famille de Karine Jambu et des milliers de signataires de pétition entendent remettre en cause.
À 4 km de sa victime, faute d’autre adresse
Le lieu de résidence accordé à Roland Blaudy est au cœur de la polémique. Les services pénitentiaires ont retenu l’adresse du frère de l’intéressé à Rennes, faute d’autre solution viable. Selon France 3 Bretagne et Le Figaro, l’objectif avoué des autorités était d’éviter toute situation d’errance susceptible de compliquer la surveillance et d’augmenter le risque de récidive.
Ce domicile se trouve à environ 4 km du logement de Karine Jambu et à 800 mètres de son lieu de travail, selon les informations de France 3 et du Figaro. Les services pénitentiaires ont indiqué viser un déménagement hors de Rennes à terme, sans préciser d’échéance.
La réaction de Karine Jambu et de sa famille
Karine Jambu n’a pas caché sa détresse. « Il m’a déjà bousillé la vie. Il sort au bout de huit ans alors qu’il avait été condamné à trente ans, et en plus il va habiter près de chez moi », a-t-elle déclaré à France 3 Bretagne.
Sa tante adoptive, Laurence Brunet-Jambu, a réagi avec une franchise similaire : « C’est scandaleux, honteux, horrible, dégueulasse », dénonçant à la fois l’absence d’interdiction de territoire et le jeu de la confusion des peines, toujours selon France 3. La famille s’interroge sur l’absence d’une mesure d’éloignement géographique contraignante à l’égard de la victime.
Sur le plan des garanties légales, un suivi socio-judiciaire renforcé de 15 ans a été imposé à Roland Blaudy, assorti d’une interdiction de tout contact avec les victimes, selon 20 Minutes et BFMTV. Le procureur Garrigue a assuré que « tous les dispositifs légaux » seraient activés pour prévenir la récidive et assurer une surveillance intensive.
Contexte en Ille-et-Vilaine
L’affaire Blaudy ne surgit pas dans un vide. Rennes, préfecture d’Ille-et-Vilaine et métropole de 225 000 habitants, est déjà confrontée à des actualités judiciaires sensibles ces dernières semaines. Un cas contact lié au hantavirus a récemment été transféré au CHU de Rennes depuis Concarneau, illustrant la pression sur les services publics bretons. Dans le domaine pénal, d’autres affaires judiciaires dans l’Ouest ont alimenté ces derniers mois un débat plus large sur le traitement judiciaire des infractions graves.
À l’échelle nationale, les données du ministère de la Justice indiquent qu’en 2019, 8,1 % des condamnés pour crimes étaient en situation de récidive légale. Pour les violences sexuelles, le taux de récidive légale est évalué à 5 %, avec 15 % de réitération. En 2025, les violences sexuelles enregistrées en France ont progressé de 8 %, atteignant 132 300 victimes, dont une hausse de 9 % pour les viols et tentatives, selon le ministère de l’Intérieur.
L’affaire Blaudy s’inscrit ainsi dans un contexte où la question de l’efficacité des peines et de la protection des victimes est régulièrement posée par les associations et les parlementaires.
Une pétition à 68 000 signatures contre la confusion des peines
La libération de Roland Blaudy a déclenché une mobilisation en ligne. Selon Le Figaro et Yahoo Actualités, une pétition réclamant la modification de la loi sur la confusion des peines avait dépassé les 68 000 signatures en mai 2026. Ses promoteurs demandent que ce mécanisme ne puisse plus s’appliquer aux auteurs de crimes sexuels récidivistes.
Le débat législatif n’est pas neuf : plusieurs propositions de loi ont déjà tenté de restreindre la confusion des peines pour les infractions les plus graves, sans aboutir à ce jour. Dans un contexte politique où les questions de justice et de sécurité structurent les débats, cette affaire pourrait peser sur l’agenda parlementaire à venir.
La prochaine étape pour la famille Jambu sera de déterminer quels recours juridiques restent disponibles pour obtenir un éloignement géographique contraignant. Aucune procédure en ce sens n’avait été rendue publique au 13 mai 2026.
Sources
- 20 Minutes : Rennes : Pourquoi un pédocriminel récidiviste va être relâché dans la même ville que sa victime
- France 3 Bretagne : "Mon violeur sort de prison et moi, je vais devoir me cacher." L'agresseur de Karine Jambu libéré, autorisé à habiter près de chez sa victime
- BFMTV : "Un légitime questionnement" : le procureur de Caen explique pourquoi un violeur va vivre près de chez sa victime
- Le Figaro : « Elle va devoir passer devant chez lui tous les matins » : émotion et polémique avant la sortie de prison d'un pédocriminel