Réparations de l’esclavage : Letchimy écrit à Macron, cinq pages pour une loi

Le président de la CTM réclame une loi de réparation à l'approche du 25e anniversaire de la loi Taubira, le 21 mai 2026.

Réparations de l'esclavage : Letchimy écrit à Macron, cinq pages pour une loi
Illustration Jean-Luc Sinapah / info.fr

Serge Letchimy, président de la Collectivité territoriale de Martinique, a adressé une lettre ouverte de cinq pages à Emmanuel Macron pour réclamer une loi de réparation de l'esclavage. L'appel intervient à quelques jours du 25e anniversaire de la loi Taubira du 21 mai 2001.

Serge Letchimy, président de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), a adressé une lettre ouverte de cinq pages au président Emmanuel Macron pour lui demander d’engager l’État français sur la voie d’une loi de réparation de l’esclavage. L’initiative, relayée par La1ère et Outremers360, intervient à l’approche du 25e anniversaire de la loi Taubira, adoptée le 10 mai 2001 par le Sénat à l’unanimité et promulguée le 21 mai de la même année.

L’essentiel

  • Lettre ouverte : cinq pages adressées par Serge Letchimy à Emmanuel Macron, réclamant une loi de réparation de l’esclavage
  • 25e anniversaire : la loi Taubira du 21 mai 2001 reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité - un événement à l’Élysée est prévu le 21 mai 2026
  • Modèle CARICOM : Letchimy s’appuie sur le plan en dix points pour une justice réparatrice adopté en 2014 par la Communauté des États caraïbes
  • Précédent de 1849 : une loi avait indemnisé les seuls propriétaires d’esclaves pour 126 millions de francs, sans compensation pour les anciens esclavisés
  • MIR : le Mouvement international pour les réparations engage depuis 2005 des procédures judiciaires contre l’État français, réclamant 200 milliards d’euros

Une lettre ouverte, une demande de loi

Dans ce courrier rendu public, Letchimy demande l’adoption d’une loi qui établirait formellement que les crimes de traite et d’esclavage ont produit des dommages historiques, culturels et économiques durables en Martinique, selon La1ère et le site stmartinweek.fr. Il préconise en parallèle la création d’une commission ad hoc chargée de déterminer les modalités concrètes des réparations.

Le président de la CTM prend soin de cadrer sa démarche : « La réparation ne revient pas à distribuer des culpabilités héréditaires et ne s’assimile pas à de la repentance », indique-t-il, toujours selon La1ère. Il parle d’un « projet de justice constructive et de codéveloppement ».

Le modèle CARICOM comme boussole

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Letchimy s’appuie explicitement sur le plan en dix points pour une justice réparatrice adopté en 2014 par la CARICOM (Communauté des États caraïbes), selon le journal Antilla Martinique. Ce cadre régional plaide pour des excuses formelles des États anciennement esclavagistes, des programmes de développement économique ciblés, et des dispositifs de soutien culturel et éducatif au bénéfice des populations descendants d’esclaves.

La CARICOM regroupe quinze États membres. Plusieurs gouvernements européens - dont les Pays-Bas et le Royaume-Uni - ont engagé ces dernières années des discussions sur le sujet, ce qui renforce la pertinence de la référence pour Letchimy.

Un contexte historique lourd : 1849 et les 126 millions de francs

La demande de Letchimy s’inscrit dans un contentieux historique précis. En 1849, l’abolition de l’esclavage en Martinique s’est accompagnée d’une indemnisation des seuls propriétaires d’esclaves, à hauteur de 126 millions de francs, selon la base de données esclavage-indemnites.fr et La1ère. Les anciens esclavisés, eux, n’ont reçu aucune compensation.

Ce précédent est régulièrement cité dans les travaux sur les réparations comme une asymétrie fondatrice. Il nourrit depuis plusieurs décennies les revendications portées par les associations martiniquaises.

Le MIR dans les tribunaux depuis 2005

Sur le plan judiciaire, le Mouvement international pour les réparations (MIR) en Martinique a engagé des procédures contre l’État français depuis 2005, réclamant 200 milliards d’euros au titre des réparations dues aux descendants d’esclaves, selon growthithinktank.org et Libération. Ces actions ont essuyé plusieurs revers judiciaires, le dernier notable datant de janvier 2022 selon Libération.

La démarche de Letchimy se distingue de cette voie contentieuse. Il mise sur le dialogue politique et le levier législatif plutôt que sur les tribunaux. Les deux approches coexistent sans se contredire formellement, mais leur philosophie diffère.

Sur ce sujet de mémoire et de justice, la cérémonie organisée à Nancy en mai 2026 pour les victimes de la traite négrière illustre comment d’autres collectivités locales hexagonales s’emparent eux aussi de cette date anniversaire.

Contexte dans la Martinique

La Martinique est un département et région d’outre-mer de 350 000 habitants environ. Son histoire est directement marquée par trois siècles de traite négrière et d’esclavage, entre le XVIIe et le XIXe siècle. La CTM, collectivité à statut particulier issue de la fusion en 2015 du Conseil général et du Conseil régional, dispose d’une compétence renforcée en matière de politique économique et culturelle locale.

La France est le premier pays au monde à avoir reconnu la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, grâce à la loi Taubira, adoptée à l’unanimité par le Sénat le 10 mai 2001 et promulguée le 21 mai suivant, selon Légifrance et Wikipédia. Malgré cette reconnaissance symbolique, aucun mécanisme de réparation matérielle n’a été mis en place à ce jour.

Le débat sur les réparations dépasse la seule Martinique. La Guadeloupe et la Guyane portent des revendications similaires. Au niveau national, plusieurs rapports parlementaires ont effleuré le sujet sans déboucher sur des propositions législatives.

Le 21 mai 2026 à l’Élysée comme point de bascule potentiel

Un « Temps des Mémoires 2026 » exceptionnel est organisé en France à l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, avec un événement à dimension internationale prévu le 21 mai à l’Élysée, selon Outremers360. Cette échéance confère à la lettre de Letchimy un caractère de calendrier précis : il s’agit d’obtenir un signal politique avant ou lors de cette commémoration nationale.

La question est de savoir si l’exécutif répondra à la demande de commission ad hoc avant cette date. Plusieurs cérémonies mémorielles se tiennent déjà en France métropolitaine dans ce contexte anniversaire.

Letchimy n’est pas isolé dans sa démarche. Des associations, des chercheurs et des élus des Antilles françaises soutiennent publiquement l’idée d’une commission réparatrice. La réponse - ou l’absence de réponse - d’Emmanuel Macron constituera elle-même un acte politique.

Prochaine étape

L’événement à l’Élysée prévu le 21 mai 2026 constitue l’échéance immédiate. La réponse du président de la République à la lettre ouverte de Serge Letchimy n’a pas encore été rendue publique à ce stade.

Sources

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Martinique (972), avec Fort-de-France pour chef-lieu. Spécialité du département : AOC rhum agricole (1er rhum AOC monde) et heritage Cesaire. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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