Sécheresse en Martinique : agriculteurs et apiculteurs face aux pertes
Placée en alerte niveau 2 le 7 mai, l'île subit des pertes de récoltes et une chute de production de miel sur fond de dérèglement climatique
La Martinique est en alerte sécheresse depuis le 7 mai 2026. Maraîchers et apiculteurs enregistrent déjà des pertes directes. Les spécialistes pointent un phénomène climatique qui s'installe dans la durée.
La Martinique est en alerte sécheresse depuis le 7 mai 2026. Maraîchers et apiculteurs enregistrent déjà des pertes directes. Les spécialistes pointent un phénomène climatique qui s’installe dans la durée.
L’essentiel
- Alerte niveau 2 : La Martinique est passée en état d’alerte sécheresse le 7 mai 2026, après une vigilance déclenchée dès le 6 mars 2026.
- Irrigation sous contrainte : L’agriculture représente 20 % des prélèvements d’eau sur l’île, soit 11 millions de m³ par an en moyenne ; des tours d’eau sont désormais imposés.
- Pertes immédiates : Le maraîcher Sébastien Jupiter à Sainte-Marie et l’apiculteur Dominique Lof, présent dans plusieurs communes, signalent déjà des pertes de récoltes et une baisse de production de miel.
- Précédent 2025 : La sécheresse de juin à septembre 2025 avait été reconnue en calamité agricole par le Préfet, ouvrant droit à indemnisation.
- Secteur fragilisé : L’agriculture représente 4,3 % des emplois et 6 % du PIB martiniquais ; la surface agricole utilisée a reculé de 30 % en vingt ans.
De la vigilance à l’alerte en deux mois
Le 6 mars 2026, la préfecture de Martinique déclenchait le niveau « vigilance sécheresse ». Deux mois plus tard, le 7 mai, la situation se dégradait suffisamment pour passer au niveau 2, dit « alerte », selon le site officiel de la préfecture. Ce franchissement de seuil n’est pas anodin : il déclenche des restrictions concrètes sur l’ensemble des usages de l’eau.
L’arrosage des jardins privés et des espaces verts est désormais interdit entre 8 h et 20 h. Pour les agriculteurs, l’accès à l’eau d’irrigation est soumis à des tours d’eau. Des contrôles sont prévus pour vérifier le respect de ces mesures, indique la préfecture.
La détérioration était anticipée. Dès janvier 2026, le Comité Inter-tropical du Climat Météorologique (CIMH) avait placé les Antilles en vigilance critique, avec des cumuls de pluie inférieurs aux normales saisonnières projetés jusqu’en mars. La tendance ne s’est pas inversée.
Des récoltes compromises dès les premiers jours
Sur le terrain, les effets sont immédiats. À Sainte-Marie, le maraîcher Sébastien Jupiter observe un stress hydrique visible sur ses cultures. Les plantes ne reçoivent plus l’eau nécessaire à leur développement, selon La1ère. Les pertes de récoltes ont déjà commencé.
Du côté de l’apiculture, Dominique Lof, installé dans plusieurs communes de l’île, constate une baisse significative de sa production de miel. La cause : le manque de nectar. Les plantes mellifères, elles aussi soumises au stress hydrique, fleurissent moins ou moins longtemps. Sans fleurs, pas de butinage. Sans butinage, les ruches produisent peu, rapporte RCI.
Au Prêcheur, les difficultés sont du même ordre. Agriculteurs et apiculteurs de la commune font face aux mêmes contraintes, selon RCI qui a recueilli des témoignages sur place.
Un phénomène qui s’inscrit dans la durée
Les spécialistes interrogés par La1ère et RCI ne parlent plus de simple épisode ponctuel. Ils évoquent l’installation durable d’un régime de sécheresse, lié au dérèglement climatique. Le raccourcissement des saisons pluvieuses et l’intensification des périodes sèches dessinent une tendance de fond pour les Antilles françaises.
Pour l’agriculture martiniquaise, déjà fragilisée, ce contexte représente une contrainte structurelle. Dans d’autres territoires français comme le Lot, des pratiques d’adaptation - le pastoralisme notamment - sont expérimentées face à des défis similaires. En Martinique, les pistes d’adaptation restent à préciser : ni la chambre d’agriculture ni la préfecture n’ont détaillé publiquement un plan de réponse sectorielle à ce stade.
La question de la gestion de l’eau agricole en période de stress hydrique mobilise également d’autres départements, comme l’Ain où un accord-cadre a été signé pour protéger la ressource face à la rareté.
Contexte dans la Martinique (972)
L’agriculture martiniquaise est un secteur économique modeste mais structurant. Selon les données de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL), le secteur représente environ 4,3 % des emplois totaux de l’île et contribue à 6 % du PIB régional. En 2015, 3 307 exploitations étaient recensées. La surface agricole utilisée (SAU) a reculé de 30 % sur vingt ans, signe d’une pression foncière et climatique continue.
L’INSEE l’a confirmé dans son bilan 2025 : l’activité économique martiniquaise a diminué de 0,8 % l’an dernier, après une hausse de 0,5 % en 2024, l’agriculture figurant parmi les secteurs les plus exposés à cette dégradation.
La sécheresse de l’été 2025, qui avait touché l’île de juin à septembre, avait d’ailleurs été reconnue comme calamité agricole par le Préfet de Martinique, selon la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF). Ce classement avait ouvert droit à des indemnisations pour les exploitants touchés. Ce précédent récent montre que l’épisode actuel s’inscrit dans une série, et non dans un accident isolé.
L’eau d’irrigation représente, selon la préfecture, environ 20 % des prélèvements totaux sur l’île, soit 11 millions de m³ par an en moyenne. Une variabilité annuelle importante existe selon les conditions climatiques. En période d’alerte, les tours d’eau réduisent mécaniquement les capacités d’arrosage des exploitations.
Restrictions et contrôles : ce que change l’alerte niveau 2
Le passage au niveau 2 implique un durcissement des règles par rapport à la phase de vigilance. Les restrictions touchent désormais l’ensemble des usagers : particuliers, collectivités, professionnels. Pour les agriculteurs, le principe des tours d’eau signifie concrètement des plages horaires réduites et une disponibilité en eau diminuée pendant les périodes les plus chaudes de la journée.
La préfecture indique que des contrôles seront effectués pour vérifier le respect de ces mesures. Les sanctions applicables en cas d’infraction n’ont pas été précisées publiquement à ce stade.
Les professionnels du secteur, confrontés à des pertes immédiates, appellent à des adaptations rapides. La question d’une nouvelle reconnaissance en calamité agricole, comme en 2025, pourrait se poser si la situation se prolonge. Aucune démarche en ce sens n’a été officiellement engagée à ce jour.
La prochaine étape sera déterminée par l’évolution des niveaux hydrologiques : si les précipitations restent insuffisantes, un passage au niveau 3 (crise) reste possible selon le cadre réglementaire en vigueur.
Sources
- La1ère : Sécheresse en Martinique : les agriculteurs et apiculteurs déjà durement touchés
- Préfecture de Martinique : Sécheresse 2026 : la Martinique passe en alerte
- RCI Martinique : [VIDEO] Sécheresse : les agriculteurs et les apiculteurs du Prêcheur en grandes difficultés
- DAAF Martinique : Indemnisation des pertes de récoltes – calamité agricole 2025