Réserve stratégique de Bitcoin : Washington bloqué en interne

Seize mois après le décret de Trump, le Trésor et le Commerce se disputent le contrôle de 328 372 bitcoins saisis par l'État américain

Réserve stratégique de Bitcoin : Washington bloqué en interne
Illustration Malik Sow / info.fr

Seize mois après le décret présidentiel qui devait créer la réserve stratégique de Bitcoin des États-Unis, le projet reste au point mort. Une querelle entre le Trésor et le département du Commerce, doublée de doutes juridiques du DOJ, retarde le transfert de 328 372 BTC déjà en possession de l'État.

L’essentiel

  • Fait 1 : Les États-Unis détiennent 328 372 bitcoins saisis, soit environ 21 milliards de dollars, jamais transférés vers la réserve stratégique promise.
  • Fait 2 : Le décret créant la réserve a été signé par Donald Trump le 6 mars 2025 ; seize mois plus tard, aucune structure juridique n’existe.
  • Fait 3 : Le Trésor et le département du Commerce se disputent la gestion opérationnelle du portefeuille, selon Bloomberg.
  • Fait 4 : Le projet de loi ARMA Act, qui prévoit l’achat d’un million de bitcoins en cinq ans, reste bloqué en commission au Congrès.
  • Fait 5 : Le cours du bitcoin est passé d’environ 93 000 dollars en mars 2025 à près de 63 000 dollars en juillet 2026, selon Binance News.

Seize mois après l’annonce en grande pompe d’une réserve stratégique de Bitcoin, l’administration américaine n’a toujours pas franchi la première étape concrète : le transfert des actifs. Selon Bloomberg, le projet reste bloqué par une lutte d’influence entre deux départements fédéraux, sur fond d’incertitude juridique persistante.

Ce qui bloque le projet, seize mois après le décret

Le 6 mars 2025, Donald Trump signait un ordre exécutif instaurant la création d’une réserve stratégique de Bitcoin, présentée à l’époque comme une première mondiale pour une grande puissance économique. Le principe : conserver et faire fructifier les bitcoins déjà saisis par les autorités américaines dans le cadre de procédures judiciaires, plutôt que de les revendre.

Mais selon Bloomberg, le dossier en est toujours au stade conceptuel. Ni structure juridique définie, ni calendrier de mise en œuvre n’ont été arrêtés. En cause : un désaccord entre le département du Trésor et celui du Commerce sur la juridiction et la gestion opérationnelle du portefeuille numérique. Les deux administrations revendiquent chacune un rôle central dans le pilotage de cette réserve, sans qu’un arbitrage tranché n’ait été rendu public.

Le Trésor peut-il détenir un actif volatil à perpétuité ?

Au-delà de la querelle de compétences, la question juridique de fond reste ouverte. Selon Bloomberg, des conseillers du département de la Justice examinent actuellement si le Trésor dispose bien de l’autorité légale nécessaire pour détenir indéfiniment un actif aussi volatil que le bitcoin dans les réserves de l’État. Cette interrogation, loin d’être anecdotique, conditionne la solidité juridique de l’ensemble du dispositif : une réserve constituée sans base légale claire s’exposerait à des recours.

Patrick Witt, conseiller de la Maison Blanche pour les actifs numériques, et la porte-parole Liz Houston ont confirmé, selon la Bitcoin Foundation, que la structure optimale de la réserve est toujours en cours d’évaluation. Aucune échéance n’a été communiquée pour la résolution de ce blocage administratif.

328 372 bitcoins déjà en main, mais toujours pas transférés

Le paradoxe est de taille. Les États-Unis possèdent déjà, via des saisies judiciaires accumulées au fil des années, environ 328 372 bitcoins, soit la plus grande réserve publique de bitcoins au monde. Au cours actuel d’environ 63 000 dollars par unité, cette masse d’actifs représente près de 21 milliards de dollars.

Or ces bitcoins n’ont, à ce stade, pas été formellement transférés dans une structure de réserve stratégique. Ils restent gérés selon les procédures habituelles applicables aux avoirs saisis, en attendant qu’un cadre juridique et administratif soit tranché entre le Trésor et le Commerce. Cette situation illustre l’écart entre l’annonce politique de mars 2025 et sa traduction administrative, seize mois plus tard.

L’ARMA Act, la carte législative encore bloquée

En parallèle du blocage exécutif, le Congrès travaille sur un texte destiné à donner une base légale pérenne au projet. Présenté comme une version 2.0 du BITCOIN Act, l’ARMA Act prévoirait l’acquisition d’un million de bitcoins sur cinq ans, ce qui représenterait un engagement budgétaire et stratégique bien plus large que le simple maintien des avoirs déjà saisis.

Mais selon la Bitcoin Foundation, ce texte reste bloqué en commission au Congrès, sans calendrier d’examen en séance plénière communiqué à ce stade. Sans son adoption, la réserve stratégique resterait fondée sur un simple décret présidentiel, plus fragile juridiquement et politiquement qu’une loi votée par le Congrès.

Les avoirs personnels de Trump en toile de fond

Ce dossier prend une dimension politique particulière du fait des intérêts personnels du président américain dans l’écosystème crypto. Selon Bloomberg, la déclaration financière personnelle de Donald Trump a révélé plus de 1,2 milliard de dollars de gains liés aux cryptomonnaies pour l’année 2025. Cette exposition financière personnelle nourrit des interrogations éthiques sur l’implication directe du président dans une politique publique susceptible d’influencer le cours du bitcoin, sans qu’aucune accusation formelle n’ait été établie à ce stade.

Le contexte de marché n’aide pas à clarifier les enjeux : le bitcoin, qui évoluait autour de 93 000 dollars au moment de la signature du décret en mars 2025, s’échangeait autour de 63 000 dollars en juillet 2026 selon Binance News, une baisse qui pèse sur la valorisation théorique de la réserve envisagée.

Ni le Trésor ni la Maison Blanche n’ont communiqué de nouvelle échéance pour trancher le partage des compétences entre administrations. L’issue du dossier dépendra désormais autant d’un arbitrage interne à l’exécutif que du calendrier parlementaire de l’ARMA Act.

Malik
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Malik Sow

Malik Sow

Malik est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisé dans la blockchain, la DeFi et le Web3.

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