Tour de France 2026 : Romain Grégoire alerte sur la canicule, l’ASO refuse les départs matinaux
Le champion de France tire la sonnette d'alarme après une première semaine de Tour à 32,4°C de moyenne
Le coureur de Groupama-FDJ United demande des départs à 9h00 pour éviter les heures les plus chaudes. L'organisation refuse pour raisons télévisuelles.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Santé des coureurs menacée
Températures corporelles jusqu'à 41,5°C, perte de 2 kg par déshydratation.
Protocole UCI insuffisant
Le seuil d'alerte de 28°C est largement dépassé (41°C enregistrés) mais les mesures restent marginales : 10 minutes d'avance au départ, 2% de délai supplémentaire.
Conflit calendrier vs télévision
Les coureurs réclament des départs à 9h00, l'organisation refuse pour raisons logistiques et de diffusion. Le syndicat CPA demande une refonte pour 2027.
Précédent climatique
Le record de 2022 est pulvérisé. La canicule s'installe durablement sur le calendrier cycliste.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Romain Grégoire, 23 ans, coureur de Groupama-FDJ United, alerte sur les risques sanitaires de la canicule
- Première semaine du Tour à 32,4°C de moyenne, pics à 41°C, record 2022 battu
- Grégoire a perdu 1,5 à 2 kg par déshydratation et terminé l'étape 6 en larmes
- L'étape 10 (166,6 km, 3 800m de dénivelé) avancée de 10 minutes, l'étape 9 raccourcie de 30 km
- Le coureur propose des départs à 9h00, l'ASO refuse pour raisons télévisuelles
Romain Grégoire pose son bidon. Il ne dit rien pendant dix secondes. Puis: « Il va falloir faire quelque chose. » Le coureur de l’équipe Groupama-FDJ United - 23 ans - sort de sept jours à plus de 32°C de moyenne. Il a perdu entre 1,5 et 2 kg. Il a terminé l’étape 6 dans les Pyrénées en larmes. « Ce n’est pas bon pour la santé », dit-il au micro du Parisien. Derrière lui, le peloton ne dit pas un mot. Mais tout le monde pense la même chose.
La 10e étape - disputée le 14 juillet - devait partir à 13h10. Elle est partie à 13h00. Dix minutes d’avance. Une décision de l’organisation face aux 34°C annoncés. Le parcours: 166,6 km - 3 800 mètres de dénivelé positif - sept ascensions dont deux cols de 1re catégorie. Les capteurs GPS des coureurs ont enregistré jusqu’à 45°C sur le bitume.
Un record qui fait mal
La première semaine du Tour 2026 affiche une température moyenne d’étape de 32,4°C. Les pics atteignent 41°C. Un expert cité par Science et Vie révèle que des températures corporelles allant jusqu’à 41,5°C ont été observées chez certains cyclistes. La limite physiologique du corps humain.
Les mesures de l’UCI, insuffisantes
L’Union Cycliste Internationale a assoupli son protocole. Normalement, des mesures sont prévues dès 28°C au thermomètre-globe mouillé. Ici, l’UCI autorise l’utilisation de musettes dans des zones réservées aux bidons. Les délais pour terminer les étapes sont prolongés de 2%. Chaque jour, 450 kg de glace sont distribués aux équipes.
Dix minutes d’avance au départ. Deux pourcents de délai supplémentaire. Ces ajustements restent marginaux face aux 13°C de dépassement du seuil d’alerte. La réponse institutionnelle ne suit pas l’urgence sanitaire mesurée par les capteurs GPS et les températures corporelles des coureurs.
La 9e étape, un précédent inédit
La veille, la 9e étape reliant Malemort à Ussel avait été raccourcie de 30 km. De 185,5 km à 155,5 km. Une décision inédite dans l’histoire du Tour pour ce motif. Le département était placé en vigilance rouge canicule. Le peloton n’a pas protesté.
► Lire aussi: Tour de France 2026: 35°C attendus sur l'étape 10 du Lioran
Grégoire propose des départs matinaux, l’ASO refuse
Romain Grégoire demande des départs à 9h00 ou 9h30. Arrivées vers 13h00 ou 13h30 - avant les heures les plus chaudes. « Les coureurs se font plus de mal qu’autre chose », dit-il. Tadej Pogačar abonde dans ce sens. Le syndicat des coureurs, CPA - réclame des départs matinaux dès 9h00 pour 2027.
L’organisation refuse. Les contraintes télévisuelles imposent des fenêtres de diffusion en milieu de journée, lorsque l’audience est maximale. Un départ à 9h00 déplacerait les arrivées en début d’après-midi, hors des créneaux horaires négociés avec les diffuseurs. Les contrats de droits TV, colonne vertébrale économique du Tour, verrouillent le calendrier. L’ASO invoque également des contraintes logistiques: fermetures de routes, sécurité des spectateurs, coordination des caravanes publicitaires. Mais aucune explication détaillée n’est fournie publiquement.
Le précédent de 2022, ignoré
En 2022 - le Tour avait déjà connu des températures record. Ce précédent aurait dû servir de leçon. Il aurait dû déclencher une révision du protocole chaleur de l’UCI, un abaissement du seuil d’alerte, ou au minimum une réflexion sur les horaires de départ. Quatre ans plus tard, rien de cela n’a eu lieu. Le seuil reste fixé à 28°C. Les mesures d’urgence restent les mêmes: quelques minutes d’avance, quelques pourcents de délai, de la glace.
Le Tour de France 2026 franchit les 41°C et l’organisation avance le départ de dix minutes. Dix minutes pour 13°C de dépassement. Le calcul ne tient pas. La climatologie a changé. Le protocole, non.
Ce que personne ne dit
Grégoire ne demande pas l’arrêt des courses. Il demande de partir avant que le soleil ne tape. C’est la moindre des choses. Mais l’ASO reste muette sur les raisons profondes de son refus. Les diffuseurs ne s’expriment pas. L’UCI valide les ajustements marginaux sans remettre en question le calendrier. Entre la santé des coureurs et les impératifs économiques, l’arbitrage reste implicite. Personne ne le dit, mais tout le monde le comprend.
Sources
- Le Parisien - Ce n'est pas bon pour la santé : Romain Grégoire appelle à des mesures
- Sud Ouest - Canicule sur le Tour de France : comment le peloton se prépare
- Sports.fr - Tour de France : coup de théâtre officialisé
- UCI - Tour de France et chaleurs extrêmes : l'UCI prend des mesures
- Cyclismactu - Quand la canicule a fait plier le géant du Tour
- Direct Vélo - La canicule fait parler le peloton
- Science et Vie - Canicule et Tour de France : les cyclistes pourraient atteindre l'épuisement