La Russie prolonge l’interdiction d’exporter son essence jusqu’à fin 2026
Face à une crise du carburant aggravée par les frappes ukrainiennes sur ses raffineries, Moscou priorise son marché intérieur. Près de 90 % des régions russes touchées par des pénuries.
Le vice-Premier ministre Alexandre Novak a annoncé la prolongation de l'interdiction d'exportation d'essence jusqu'au 31 décembre 2026. Cette mesure drastique répond à une crise du carburant sans précédent, alimentée par les frappes ukrainiennes systématiques sur les infrastructures pétrolières russes depuis le début de l'année.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La Russie prolonge l'interdiction d'exporter de l'essence jusqu'au 31 décembre 2026, selon le vice-Premier ministre Alexandre Novak.
- Le taux d'utilisation des raffineries russes est tombé à 64-65 % en juin 2026, contre 82-84 % habituellement.
- Près de 90 % des régions russes ont connu des pénuries ou un rationnement de carburant depuis juin 2026.
- Environ 50 millions de Russes, soit 35 % de la population, sont directement touchés par les restrictions d'approvisionnement.
- Moscou envisage d'importer du carburant depuis le Kazakhstan pour approvisionner les régions sibériennes.
La Russie étend son embargo sur les exportations d’essence jusqu’à la fin de l’année 2026, a confirmé Alexandre Novak, vice-Premier ministre chargé de l’énergie, lors d’une déclaration le 25 juillet. Cette interdiction, déjà en vigueur depuis plusieurs mois, s’applique désormais à tous les acteurs du secteur, producteurs comme non-producteurs.
Une production en chute libre depuis le printemps
Les capacités de raffinage russes ont plongé à des niveaux historiquement bas. Selon les données économiques relayées par Bloomberg et Stratfor, le taux d’utilisation des raffineries est tombé à environ 64-65 % en juin 2026, contre 82-84 % en temps normal. Cette dégradation brutale résulte des frappes ukrainiennes répétées sur les sites pétroliers russes depuis janvier, qui ont endommagé ou détruit plusieurs installations majeures.
La production d’essence russe ne parvient plus à couvrir la demande saisonnière estivale. Selon l’Institute for the Study of War, le déficit structurel s’est installé dès le printemps, obligeant le gouvernement à rationner l’approvisionnement dans de nombreuses régions.
Près de 90 % des régions en situation de pénurie
L’impact de cette crise dépasse largement Moscou et Saint-Pétersbourg. D’après l’AFP, près de 90 % des régions russes ont connu des pénuries ou un rationnement de carburant depuis juin 2026. Environ 35 % de la population russe, soit quelque 50 millions de personnes, est directement touchée par les restrictions d’approvisionnement, selon les estimations disponibles.
Dans certaines zones rurales et en Sibérie, les stations-service limitent les quantités vendues par véhicule ou ferment plusieurs jours par semaine. Les files d’attente se multiplient, et les prix à la pompe ont grimpé de manière significative dans les régions les plus touchées.
Le diesel, prochaine étape de la levée d’interdiction
Alexandre Novak a précisé que le gouvernement envisage de lever progressivement l’interdiction d’exportation de diesel, dès que le marché intérieur sera stabilisé. Contrairement à l’essence, le diesel bénéficie d’un excédent de production relatif, ce qui pourrait permettre un assouplissement plus rapide des restrictions.
Toutefois, aucun calendrier précis n’a été communiqué. Le Kremlin conditionne cette levée à une amélioration durable de la situation sur le front énergétique, ce qui dépend en grande partie de la capacité des raffineries à reprendre une activité normale.
Importations depuis le Kazakhstan envisagées
Pour pallier le déficit, Moscou explore des solutions alternatives. Alexandre Novak a évoqué la possibilité d’importer du carburant depuis le Kazakhstan, particulièrement pour approvisionner les régions sibériennes situées à proximité de la frontière. Cette option, encore au stade de discussion, illustre l’ampleur de la crise et la difficulté du gouvernement à résoudre le problème par ses propres moyens.
Le Kazakhstan, partenaire historique de la Russie au sein de l’Union économique eurasienne, dispose de capacités de raffinage excédentaires qui pourraient compenser une partie du manque russe. Mais cette solution reste limitée et ne résoudrait pas la crise à l’échelle nationale.
Contexte international : une économie russe sous pression
Cette crise du carburant s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation de l’économie russe. Les sanctions internationales imposées depuis 2022, combinées aux coûts de la guerre en Ukraine, pèsent lourdement sur les infrastructures énergétiques du pays. Les frappes ukrainiennes, intensifiées depuis le début de l’année 2026, visent spécifiquement à perturber la production et l’exportation de pétrole, principale source de devises pour Moscou.
Pour la France et l’Union européenne, cette situation illustre l’efficacité des stratégies de pression économique et militaire sur l’appareil productif russe. Si le Kremlin minimise publiquement l’impact, qualifiant la situation de « non critique », les chiffres et les mesures prises contredisent cette communication officielle.
Un impact durable sur l’économie russe
L’interdiction d’exportation jusqu’à fin 2026 prive la Russie de revenus substantiels. Le secteur pétrolier, pilier de l’économie russe, dépend traditionnellement des exportations pour alimenter le budget de l’État. En coupant ces flux, le gouvernement sacrifie des recettes fiscales au profit de la stabilité intérieure, signe d’une situation critique.
Les experts cités par l’Institute for the Study of War estiment que la capacité de raffinage russe ne reviendra pas à la normale avant plusieurs mois, voire 2027, compte tenu des dégâts infligés aux infrastructures et des difficultés à importer les équipements nécessaires aux réparations, en raison des sanctions occidentales.
Moscou devra arbitrer entre priorités domestiques et impératifs économiques, dans un contexte où la population russe subit de plein fouet les conséquences d’une guerre qui s’étire et fragilise durablement le pays.