Bassines sabotées en Deux-Sèvres et Vienne : un collectif revendique les dégradations

Dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, deux réserves d'eau ont été mises hors service par coups de cutter. Enquête ouverte.

Bassines sabotées en Deux-Sèvres et Vienne : un collectif revendique les dégradations
Illustration Agnès Poirier / info.fr

Deux bassines de rétention d'eau ont été sabotées dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, l'une à Lusseray (Deux-Sèvres), l'autre à Rouillé (Vienne). Le collectif 'L'Amicale pour le débâchage permanent du Poitou' a revendiqué les faits le 8 mai. Une enquête gendarmique est en cours.

Deux bassines de rétention d’eau ont été mises hors service dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, l’une à Lusseray (Deux-Sèvres, commune proche de Melle), l’autre à Rouillé (Vienne). Le collectif ‘L’Amicale pour le débâchage permanent du Poitou’ a revendiqué les actes le lendemain, affirmant vouloir frapper l’agro-industrie. Le préfet des Deux-Sèvres a condamné fermement. Une enquête gendarmique est ouverte.

L’essentiel

  • Date : Sabotage commis dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, revendication publiée le 8 mai.
  • Deux sites visés : Lusseray (Deux-Sèvres), bassine appartenant à la Compagnie d’aménagement de l’eau des Deux-Sèvres (financement public) ; Rouillé (Vienne), propriété de Pampr’Oeuf, groupe agro-industriel.
  • Méthode : Coups de cutter sur les bâches, rendant les deux installations inopérantes.
  • Pampr’Oeuf : Entreprise projetant de porter son élevage de poules pondeuses de 200 000 à plus de 325 000 volatiles, selon Le Monde.
  • Réponse officielle : Le préfet Simon Fetet qualifie les actes d’« agissements intolérables » et d’infractions pénales ; la gendarmerie enquête.

Ce qui s’est passé dans la nuit

Les faits sont établis et recoupés par plusieurs médias. Dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, des individus non identifiés à ce stade s’introduisent sur deux sites distincts distants d’une soixantaine de kilomètres. La technique est identique sur les deux bassines : des coups de cutter portés sur les bâches imperméabilisantes. Résultat : les réservoirs sont rendus inopérants.

La bassine de Lusseray, en Deux-Sèvres, est une infrastructure financée par les pouvoirs publics, gérée par la Compagnie d’aménagement de l’eau des Deux-Sèvres. Celle de Rouillé appartient à Pampr’Oeuf, groupe privé spécialisé dans l’élevage de poules pondeuses. Selon Le Monde, l’entreprise prévoit d’étendre sa capacité de 200 000 à plus de 325 000 volailles.

La revendication du collectif

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Le 8 mai 2026, le collectif ‘L’Amicale pour le débâchage permanent du Poitou’ publie un texte assumant pleinement les deux sabotages. Le groupe dénonce ce qu’il appelle l’accaparement de l’eau par l’agro-industrie. Sa formule, reprise par Sud Ouest et La Nouvelle République : « pas de répit tant qu’elles sont en état de marche ».

Le nom du collectif - référence directe au « débâchage » des bassines - signale une stratégie assumée de dégradation matérielle ciblée. Aucun membre n’a été interpellé à la date de publication de cet article.

La réaction des autorités et des politiques

Le préfet des Deux-Sèvres, Simon Fetet, a réagi rapidement. Il qualifie les actes d’« agissements intolérables » et rappelle qu’ils constituent des infractions pénales, selon Le Monde. La gendarmerie est chargée de l’enquête. Aucune date d’audience ni mise en cause officielle n’a été annoncée au 10 mai 2026.

La réaction est également venue du niveau national. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a pris position sur X :

Le terme « écoterrorisme » employé par Bruno Retailleau traduit la ligne politique adoptée par le gouvernement face aux actions directes antibassines depuis plusieurs années. Ce cadrage est contesté par les mouvements écologistes qui refusent cette qualification.

Contexte dans les Deux-Sèvres

Les Deux-Sèvres sont au cœur du conflit sur les réserves de substitution depuis le début des années 2020. Selon Wikipedia, le projet départemental porte sur 33 bassines totalisant 11,9 millions de mètres cubes d’eau, dont 27 dans le seul bassin Sèvre Niortaise-Marais Poitevin (8,94 millions de m³), géré par la coopérative Coop 79.

Ce territoire est aussi le théâtre de mobilisations majeures. En mars 2023, la manifestation de Sainte-Soline a rassemblé des milliers de personnes. Un manifestant y avait été grièvement blessé. Ces événements ont donné une visibilité nationale, voire internationale, au conflit poitevin sur l’eau.

Les sabotages à la bâche ne sont pas inédits dans la région. En février 2022, une bassine à Nouaillé-Maupertuis (Vienne) avait déjà subi le même type de dégradation. Des signalements similaires ont été enregistrés dans les Deux-Sèvres en 2025, ayant donné lieu à des plaintes et enquêtes, selon Wikipedia. Ce type de sabotage ciblé contre des équipements agricoles contestés s’inscrit dans un mode opératoire récurrent à l’échelle nationale.

La commune de Lusseray, proche de Melle, chef-lieu de canton des Deux-Sèvres, illustre la géographie de ce conflit : un territoire rural, à dominante agricole, où la question du partage de l’eau entre irrigation intensive et débits naturels des cours d’eau structure les tensions depuis des années.

Deux profils de bassines très différents

Le choix des deux cibles révèle une stratégie large. La bassine de Lusseray est une infrastructure publique, financée par la collectivité via la Compagnie d’aménagement de l’eau des Deux-Sèvres. Son sabotage vise directement un opérateur public, ce qui complique le tableau politiquement.

Celle de Rouillé cible une entreprise privée, Pampr’Oeuf, dont le projet d’extension d’élevage intensif - de 200 000 à plus de 325 000 poules pondeuses - cristallise les critiques sur l’agriculture industrielle et sa consommation en eau. Le collectif assure viser les deux logiques simultanément : financement public de l’agro-industrie d’un côté, concentration privée de l’autre.

Ce double angle est cohérent avec la rhétorique publiée par le groupe, qui ne distingue pas entre bassine « publique » et bassine « privée » dans sa revendication.

Une enquête sans suspects identifiés

À ce stade, les gendarmes n’ont communiqué ni sur d’éventuels suspects, ni sur les prochaines étapes de l’enquête. La revendication publique du collectif constitue un élément de procédure, mais l’identification des auteurs physiques reste l’enjeu central de l’investigation.

Des actions similaires de sabotage contre des infrastructures agricoles contestées ont rarement abouti à des condamnations rapides, les auteurs opérant de nuit et en groupe restreint. La revendication collective, sans signature individuelle, complique le travail judiciaire.

La gendarmerie des Deux-Sèvres n’avait pas communiqué de date d’audience au 10 mai 2026.

Sources

Agnès Poirier

Agnès Poirier

Agnès est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Deux-Sèvres (79), avec Niort pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale française des mutuelles d'assurance et Marais poitevin. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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