Saint-Denis : la LICRA met en demeure la mairie pour son logo, Bagayoko dénonce une intimidation
L'association antiraciste exige le retrait du logo municipal tricolore aux trois visages, jugé trop proche du sien. Le maire LFI conteste une procédure politique.
La mairie de Saint-Denis a reçu une mise en demeure de la LICRA lui demandant de modifier son logo, adopté en 2024. Le maire Bally Bagayoko dénonce une intimidation politique. Le président de la LICRA invoque le droit des marques.
L’essentiel
- Mise en demeure : La LICRA a adressé une mise en demeure à la mairie de Saint-Denis pour faire retirer son logo municipal, jugé trop ressemblant au sien.
- Logo contesté : Ce logo tricolore à trois visages a été adopté à l’automne 2024 pour symboliser la fusion de Saint-Denis avec Pierrefitte-sur-Seine.
- Réaction du maire : Bally Bagayoko (LFI), élu en mars 2026, dénonce une « intimidation politique » et un coût financier élevé en cas de changement de signalétique.
- Position de la LICRA : Mario Stasi, président de l’association, réfute toute motivation politique et invoque une procédure technique liée au droit des marques.
La mairie de Saint-Denis est engagée dans un contentieux avec la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) depuis plusieurs semaines. Selon des informations confirmées par l’AFP, l’association a envoyé une mise en demeure à la commune exigeant le retrait de son logo officiel, au motif d’une ressemblance avec sa propre identité visuelle.
Une mise en demeure pour contrefaçon présumée
Le logo municipal contesté, déposé à l’automne 2024, représente trois visages aux couleurs du drapeau français, disposés en cercle. Il avait été adopté sous la précédente municipalité socialiste de Mathieu Hanotin pour marquer la fusion administrative avec la commune voisine de Pierrefitte-sur-Seine. La LICRA estime que ce visuel présente un « fort risque de confusion » avec son propre logo, exploité depuis vingt ans et protégé par le droit des marques. L’association avait déjà adressé un premier courrier d’avocat deux mois plus tôt, resté sans réponse selon Boursorama.
La mairie dénonce une « intimidation politique »
Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis élu en mars 2026 sous la bannière La France insoumise, a révélé l’existence de cette mise en demeure lors d’une déclaration publique. Il dénonce une procédure qu’il qualifie « d’intimidation politique » visant sa nouvelle mandature. « Changer le logo aujourd’hui coûterait des centaines de milliers d’euros pour remplacer toute la signalétique des bâtiments publics », a-t-il fait valoir, selon des propos rapportés par TV5MONDE. Le maire estime que ce conflit intervient dans un contexte où la ville connaît déjà des tensions politiques et financières. D’autres municipalités confrontées à des contentieux similaires tentent de concilier droit à l’image et finances locales, comme à Fort-de-France où les services municipaux sont en grève.
La LICRA invoque le droit des marques
Mario Stasi, président de la LICRA, a tenu à recadrer le débat. Interrogé par l’AFP, il affirme qu’il s’agit d’une « démarche purement technique, dénuée de toute coloration politique ». « Nous avons protégé notre logo depuis vingt-quatre ans. Dans le respect du droit des marques, nous ne pouvons tolérer un risque de confusion qui nuirait à la reconnaissance de notre action », a-t-il déclaré. L’avocat précise que l’association n’a pas engagé de procédure judiciaire immédiate, laissant une fenêtre de dialogue avec la municipalité. Les réglementations locales en matière d’usage des symboles peuvent parfois être source de conflits, comme en Seine-Maritime où des interdictions ont été imposées sur la voie publique.
Un logo issu de la fusion de 2024
Le logo incriminé a été créé pour accompagner la fusion de Saint-Denis avec Pierrefitte-sur-Seine, effective depuis 2024. Cette fusion, voulue par l’ancien maire Mathieu Hanotin, visait à créer une commune de plus de 110 000 habitants. Le visuel choisi mêle les trois couleurs nationales et des profils humains stylisés. Si la mairie actuelle estime que le dessin est suffisamment distinct de celui de la LICRA, l’association y voit une déclinaison trop fidèle de son propre emblème.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
Ce conflit intervient dans un département de Seine-Saint-Denis marqué par de fortes disparités sociales et des débats récurrents autour des symboles républicains. Saint-Denis, ville du département, est une ville historiquement ouvrière et cosmopolite. La nouvelle majorité LFI, arrivée aux affaires en mars 2026, affiche une volonté de renouveler l’image de la ville. Mais ce contentieux avec la LICRA, association reconnue d’utilité publique, pourrait fragiliser cette ambition en s’ajoutant à d’autres dossiers sensibles (logement, sécurité). Le département connaît par ailleurs un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale et une pression sur les services publics.
La mairie indique qu’elle étudie les voies de recours juridiques possibles tout en appelant au dialogue. La LICRA se dit ouverte à une solution amiable, à condition que le logo soit modifié. En l’absence d’accord dans les semaines à venir, l’affaire pourrait être portée devant le tribunal judiciaire.