Saint-Denis : menaces contre les journalistes de Frontières après l’enquête sur le narcotrafic

Des individus cités dans l'enquête de Frontières Media ont proféré des menaces contre des journalistes à Saint-Denis le 1er mai 2026.

Saint-Denis : menaces contre les journalistes de Frontières après l'enquête sur le narcotrafic
Illustration Fatima Benali / info.fr

Deux jours après la publication d'une enquête de 160 pages sur les liens entre l'entourage du maire Bally Bagayoko et le narcotrafic, des individus cités dans le document ont menacé l'équipe de Frontières Media dans les rues de Saint-Denis. Le maire n'a pas répondu aux sollicitations des journalistes.

Deux jours après la publication d’une enquête de 160 pages sur les liens entre l’entourage du maire Bally Bagayoko et le narcotrafic, des individus cités dans le document ont menacé l’équipe de Frontières Media dans les rues de Saint-Denis. Le maire n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes.

L’essentiel

  • Enquête publiée le 29 avril 2026 : Frontières Media révèle dans un document de 160 pages des liens entre l’entourage du maire Bally Bagayoko et des réseaux de narcotrafiquants à Saint-Denis.
  • Menaces le 1er mai 2026 : Des individus cités dans l’enquête ont interpellé violemment les journalistes de Frontières à Saint-Denis, selon le journaliste Jules Laurans.
  • Adjoint mis en cause : L’enquête cite des liens familiaux de l’adjoint Bakary Soukouna avec des trafiquants interpellés en 2022 pour 50 kg de cannabis, selon le JDD.
  • 17 136 infractions stupéfiants en 2025 : La Seine-Saint-Denis a enregistré ce chiffre l’an dernier, avec 5,07 tonnes de drogue saisies dont 4,8 tonnes de cannabis, selon la préfecture.
  • Bally Bagayoko : élu maire le 15 mars 2026 avec 50,77 % des voix, puis président de Plaine Commune le 21 avril 2026.

Des menaces dans les rues de Saint-Denis

Le 1er mai 2026, le journaliste Jules Laurans de Frontières Media a signalé sur X des intimidations directes contre son équipe à Saint-Denis. Des individus nommément cités dans l’enquête auraient lancé : « Hé ! Frontières ! J’espère pour vous que vous n’allez même pas à Pleyel, Frontières ! »

Pleyel est un quartier de Saint-Denis connu pour ses points de deal actifs. La formulation constitue une menace implicite sur la sécurité physique des journalistes, selon le récit de Laurans. Frontières Media n’a pas précisé si une plainte avait été déposée à ce stade.

L’enquête de Frontières : ce qu’elle dit

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Publiée le 29 avril 2026, l’enquête de Frontières Media documente, sur 160 pages, des connexions entre l’entourage du maire et des figures du narcotrafic local. Elle cite notamment la présence d’un individu nommé Sidi Badara lors de la soirée électorale du 15 mars 2026, jour de l’élection de Bally Bagayoko.

L’enquête pointe également des liens familiaux entre l’adjoint Bakary Soukouna et des trafiquants interpellés en 2022 pour 50 kilogrammes de cannabis, selon le Journal du Dimanche qui a corroboré les conclusions de Frontières.

Bally Bagayoko n’a pas répondu aux sollicitations de Frontières Media, selon le média lui-même. Aucune réaction officielle de la mairie de Saint-Denis n’avait été publiée au moment de la rédaction de cet article.

Un contexte électoral chargé

Bally Bagayoko, né le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret, a remporté les municipales de Saint-Denis dès le premier tour le 15 mars 2026 avec 50,77 % des voix, loin devant le socialiste sortant Mathieu Hanotin (32,70 %), selon France Info. Il a été installé le 21 mars lors d’un conseil municipal marqué par des huées contre l’opposition socialiste, rapportait Le Monde.

Le 21 avril, il a également été élu président de l’établissement public territorial Plaine Commune avec 46 voix contre 32 pour le socialiste Karim Bouamrane, selon Le Figaro.

Avant l’élection, l’ancien maire Mathieu Hanotin avait publiquement mis en garde contre un possible vote des narcotrafiquants en faveur de Bagayoko, évoquant des dealers menaçant des policiers municipaux, selon Le JDD et Le Figaro. Ces déclarations avaient suscité des controverses à l’époque.

La gauche crie au racisme, les faits restent contestés

Face à l’enquête, une partie de la gauche a contre-attaqué sur le terrain politique. Selon Boulevard Voltaire, qui cite des réactions sur les réseaux sociaux, des proches de Bagayoko dont Matthieu Pigasse qualifient les accusations de « venin raciste », estimant que les critiques visent la diversité représentée par le nouveau maire.

Cette ligne de défense est à ce stade une position politique, non une réfutation des faits documentés. Les connexions citées dans l’enquête - présence à une soirée électorale, liens familiaux d’un adjoint - constituent des éléments indirects. Aucune mise en examen de Bally Bagayoko ni d’un membre de son équipe n’a été annoncée. Les faits allégués restent à ce stade des allégations non confirmées par la justice.

Sur la question de la liberté de la presse, la fracture au sein de la gauche autour de LFI se retrouve ici sous une autre forme : entre ceux qui dénoncent l’enquête et ceux qui réclament des réponses claires du maire.

Contexte dans la Seine-Saint-Denis

Saint-Denis figure parmi les trois communes françaises les plus touchées par le narcotrafic en 2022, selon un classement du Figaro repris par Le JDD. Le phénomène dépasse largement les frontières de la ville.

En 2025, la Seine-Saint-Denis a enregistré 17 136 infractions à la législation sur les stupéfiants, en recul de 1,1 % par rapport à 2024, avec 5,07 tonnes de drogue saisies dont 4,8 tonnes de cannabis, selon la préfecture du département. Ces chiffres traduisent un ancrage structurel du trafic dans le territoire, malgré une mobilisation policière soutenue.

Dans ce cadre, la question de l’indépendance des élus locaux vis-à-vis des réseaux criminels n’est pas nouvelle. La question du lien entre élus et sécurité du quotidien traverse de nombreuses communes d’Île-de-France. À Saint-Denis, elle prend une dimension particulièrement aiguë depuis la publication de l’enquête de Frontières.

La pression sur les journalistes d’investigation dans le département est également documentée. Des sources locales, sans être nommées dans les articles consultés, évoquent une omerta persistante dans certains quartiers, selon Frontières Media.

Précédents et historique local

En 2022, des interpellations avaient conduit à la saisie de 50 kg de cannabis dans l’entourage familial de l’adjoint Bakary Soukouna, selon les données croisées de Frontières et du JDD. Ces faits n’avaient pas, à l’époque, déclenché de réaction politique notable.

Lors de la campagne de 2026, Hanotin avait été le seul élu à mentionner publiquement le risque d’un « vote des dealers ». Cette prise de position, qualifiée de provocatrice par certains, s’inscrit aujourd’hui dans un contexte documentaire plus large depuis la publication du 29 avril.

Les menaces contre des journalistes rappellent d’autres épisodes récents en Seine-Saint-Denis. Aucun précédent judiciaire direct impliquant Frontières Media dans ce département n’a été retrouvé dans les sources disponibles.

Prochaine étape

Frontières Media n’a pas indiqué si de nouvelles révélations étaient prévues. La mairie de Saint-Denis n’a pas non plus annoncé de conférence de presse ni de réponse formelle à ce stade. La question d’éventuelles suites judiciaires - pour les menaces proférées contre les journalistes ou pour les faits documentés dans l’enquête - reste ouverte.

Sources

Fatima Benali

Fatima Benali

Fatima est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Seine-Saint-Denis (93), avec Bobigny pour chef-lieu. Spécialité du département : Stade de France et basilique cathédrale Saint-Denis. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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