Saint-Paul : des habitants descendent dans la rue pour l’eau potable

Le 8 avril 2026, des résidents des quartiers ruraux ont manifesté contre les coupures récurrentes et les restrictions d'usage imposées depuis février.

Saint-Paul : des habitants descendent dans la rue pour l'eau potable
Illustration Viviane Payet / info.fr

À Saint-Paul, dans l'ouest de La Réunion, une centaine d'habitants ont manifesté le 8 avril 2026 pour dénoncer les difficultés d'accès à l'eau potable en zone rurale. Sécheresse précoce, infrastructures vieillissantes, nappes dégradées : le diagnostic est lourd.

Depuis le 25 février 2026, les communes de Saint-Paul, Le Port et La Possession sont soumises à des restrictions d’usage de l’eau. Arrosage des pelouses et lavage de voitures à domicile sont interdits, selon le Territoire de l’Ouest (TCO), qui gère la distribution via la Créole. Ces mesures, motivées par une sécheresse précoce, ont cristallisé la colère de riverains des hauts et des écarts ruraux de Saint-Paul.

La manifestation du 8 avril 2026, rapportée par Le Quotidien de La Réunion, a mis en lumière un sentiment d’abandon dans ces zones enclavées. Les participants réclament une alimentation en eau fiable, et non plus soumise aux aléas climatiques ou aux défaillances du réseau.

Un réseau sous pression

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les Chroniques de l’Eau publiées par l’Office de l’Eau Réunion en août 2025, le rendement net moyen des réseaux de distribution d’eau potable sur l’île est de 61%. À Saint-Paul, les pertes en zone urbaine dépassent 5 m³/km/jour. Le linéaire de réseau a pourtant progressé de 1,1% entre 2022 et 2023, atteignant 1 114 km, mais le nombre d’abonnés a reculé sur la même période - signe que des zones restent mal desservies.

La sécheresse de 2026 aggrave une situation déjà fragile. La préfecture de La Réunion a alerté dans un communiqué que les excédents pluviométriques enregistrés en 2025 ont été rapidement effacés, fragilisant davantage les nappes phréatiques de l’ouest.

Des investissements engagés, des résultats attendus

Publicité

La situation n’est pas nouvelle. La régie des eaux de Saint-Paul avait programmé 42,8 millions d’euros d’investissements entre 2018 et 2023 pour moderniser les infrastructures, selon la Banque des Territoires. En août 2025, de nouveaux réservoirs ont été inaugurés à Sans-Souci, quartier rural de Saint-Paul, rapporte La 1ère, pour réduire les coupures dans ce secteur.

Mais les problèmes de qualité s’ajoutent aux problèmes de quantité. Le diagnostic 2025 de l’Office de l’Eau, relayé par Zinfos974, révèle une dégradation générale de l’état des eaux depuis 2019, avec une hausse des nitrates et des pesticides dans les nappes souterraines de l’ouest, dont celles alimentant Saint-Paul.

Le SDAGE 2022-2027 prévient : d’ici 2033, plusieurs masses d’eau de l’île risquent de ne pas atteindre le bon état écologique. La manifestation du 8 avril s’inscrit dans ce contexte de long terme, entre urgence quotidienne et défis structurels non résolus.

Sources

Viviane Payet

Viviane Payet

Installée à Saint-Denis, elle couvre les tensions sur le logement, les débats sur l'immigration clandestine, le tourisme et les projets de la Nouvelle Route du Littoral. Diplômée de l'IJBA Bordeaux, elle a grandi à La Réunion. Méthode : interroger les élus, les associations, les riverains, vérifier les budgets du chantier avant de conclure.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie