Le Sénégal rouvre l’importation de sucre, la CSS crie à la pénurie fictive
Le gouvernement autorise à nouveau les importations de sucre à partir du 15 juillet pour éviter les ruptures avant le Magal et le Gamou, malgré l'opposition du producteur national
Le ministère de l'Industrie et du Commerce lève la suspension des importations de sucre instaurée en décembre dernier. Objectif garantir l'approvisionnement avant les grandes fêtes religieuses. Mais la Compagnie sucrière sénégalaise conteste toute menace de pénurie et dénonce une décision qui risque d'inonder le marché.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le Sénégal rouvre l'importation de sucre le 15 juillet 2026 après sept mois de suspension
- La CSS affirme détenir 50 000 tonnes en stock, le gouvernement conteste et évoque des réserves en baisse au 13 juillet
- La consommation nationale s'établit à 25 000 tonnes par mois, la CSS produit 140 000 tonnes par an
- La mesure vise à sécuriser l'approvisionnement avant le Magal et le Gamou
- La CSS dénonce un risque de mévente face à un afflux de sucre importé
Le Sénégal a rouvert son marché à l’importation de sucre le mercredi 15 juillet 2026. La mesure met fin à sept mois de suspension des autorisations d’importation (DIPA) en vigueur depuis le 15 décembre 2025. L’annonce a été faite par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, qui justifie la décision par la nécessité de prévenir les ruptures d’approvisionnement et de stabiliser les prix à l’approche du Magal et du Gamou, deux fêtes religieuses majeures qui mobilisent des centaines de milliers de pèlerins.
Un conflit sur l’état des stocks
La réouverture provoque une vive réaction de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), seul producteur national. Louis Lamotte, représentant de l’entreprise, conteste formellement la version du gouvernement. Selon lui, la CSS dispose encore de 50 000 tonnes de sucre en stock, soit deux mois de consommation nationale. « Il n’y a aucun risque de pénurie », affirme-t-il dans Le Quotidien.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce campe sur sa position. Selon ses données, les réserves de la CSS avaient fortement baissé au 13 juillet, deux jours avant la réouverture. L’État dit vouloir éviter tout risque de rupture dans les circuits de distribution, particulièrement sensible en période de forte consommation.
Consommation et capacité de production
La consommation nationale de sucre au Sénégal s’établit autour de 25 000 tonnes par mois, selon l’Agence de presse sénégalaise. La CSS produit environ 140 000 tonnes par an, ce qui couvre théoriquement les besoins annuels. Toutefois, la production reste saisonnière et les stocks fluctuent selon les campagnes de récolte de la canne à sucre.
Les fêtes du Magal de Touba et du Gamou de Tivaouane, prévues dans les prochaines semaines, entraînent traditionnellement une hausse marquée de la demande. Le gouvernement invoque ce calendrier pour légitimer sa décision d’ouvrir temporairement les vannes de l’importation.
Contexte au Sénégal
Le Sénégal mène depuis plusieurs années une politique d’import-substitution visant à favoriser la production locale et réduire la dépendance aux importations. La CSS, installée à Richard-Toll dans le nord du pays, constitue un pilier de cette stratégie. L’entreprise emploie plusieurs milliers de personnes et structure une partie de l’économie agricole de la vallée du fleuve Sénégal.
La suspension des autorisations d’importation instaurée en décembre dernier s’inscrivait dans cette logique de protection du producteur national. La réouverture annoncée le 15 juillet marque un revirement temporaire qui interroge sur l’équilibre entre soutien à l’industrie locale et régulation du marché intérieur.
La CSS dénonce un risque de mévente
Louis Lamotte redoute une prolifération excessive des autorisations d’importation. Dans SenePlus, il met en garde contre un afflux de sucre étranger qui pourrait saturer le marché et provoquer une mévente massive de la production locale. La CSS craint de se retrouver avec des stocks invendus alors qu’elle vient de finaliser sa campagne de récolte.
Le gouvernement, via AllAfrica, a assuré qu’il resterait « inflexible face aux pressions perturbant le marché » tout en réaffirmant son soutien à la politique d’import-substitution. Le ministère entend donc maintenir un cadre protecteur pour la CSS tout en assurant la fluidité de l’approvisionnement.
Prochaines étapes
Aucune date de fin pour cette réouverture n’a été communiquée. Le gouvernement devra arbitrer entre la pression des importateurs, qui voient une opportunité commerciale, et celle du producteur national, qui réclame une fermeture rapide du robinet. La régulation du marché sucrier reste un exercice d’équilibre délicat pour Dakar, pris entre impératifs économiques et calendrier religieux.