Serre-Ponçon : les arboriculteurs en guerre contre le gel tardif

Dans les Hautes-Alpes, aspersion et feux de paille sont mobilisés pour sauver ce qu'il reste des vergers fruitiers.

Serre-Ponçon : les arboriculteurs en guerre contre le gel tardif
Illustration Antoine Blanc / info.fr

Depuis début avril, les arboriculteurs de Serre-Ponçon font face à des nuits critiques. Un hiver 2025-2026 particulièrement doux a mis la végétation en avance de quinze jours, la rendant vulnérable au moindre coup de froid. Les techniques de protection tournent à plein régime.

Les thermomètres plongent sous zéro et les vergers fruitiers du secteur de Serre-Ponçon sont en première ligne. En avril 2026, les arboriculteurs des Hautes-Alpes multiplient les nuits de surveillance. L’enjeu : limiter les dégâts sur des arbres dont les bourgeons, boostés par un hiver doux, sont sortis bien trop tôt.

Des techniques rodées face à un risque récurrent

Aspersion, tours à vent, bougies antigel, feux de paille : l’arsenal est connu. Selon la Chambre d’agriculture PACA, le gel du 25 avril 2024 avait déjà forcé l’utilisation intensive de ces moyens, avec une végétation en avance de quinze jours - exactement la situation de ce printemps. Cette année, l’histoire se répète. Comme le rapporte RAM05, les arboriculteurs de Serre-Ponçon mobilisent à nouveau l’aspersion et les tours à vent pour tenter de sauver une partie de la récolte.

L’aspersion consiste à enrober les bourgeons d’une fine pellicule de glace qui, paradoxalement, les isole du froid extrême. Efficace, mais gourmande en eau. Les feux de paille, eux, créent une couche d’air chaud au ras du sol. Toutes ces méthodes demandent une présence humaine la nuit, dès que les températures descendent sous le seuil critique.

Le changement climatique aggrave le piège

Publicité

Le paradoxe du gel tardif est bien documenté : plus les hivers sont doux, plus la végétation démarre tôt, plus elle est exposée aux gelées de printemps. Selon le GREC-SUD, les températures dans les Alpes du Sud ont augmenté de 0,3°C par décennie depuis 1959. Météoconsult souligne que ce mécanisme rend le risque agricole « de plus en plus redoutable » à l’échelle nationale.

Depuis 2017, les Hautes-Alpes subissent ces épisodes de façon régulière. Selon des archives de l’INA consacrées aux Hautes-Alpes, ces gels tardifs ont détruit plus de la moitié des bourgeons fruitiers certaines années. L’agrométéorologue Serge Zaka, suivi par les professionnels du secteur, alertait encore récemment sur les risques persistants dans les zones peu ventilées.

Le mollard, une résistance locale

Dans ce contexte, le cépage endémique des Hautes-Alpes tire son épingle du jeu. Le mollard, grâce à son débourrement naturellement plus tardif, résiste mieux aux gelées printanières que d’autres variétés, selon la Chambre d’agriculture PACA. Un atout local qui ne dispense pas pour autant les viticulteurs et arboriculteurs de surveiller leurs parcelles nuit après nuit.

Prochaine étape : des risques de gel étaient signalés jusqu’à fin mars sur les zones déventées du département, selon Pleinchamp. La vigilance reste de mise pour les semaines à venir, tant que les nuits restent fraîches.

Sources

Antoine Blanc

Antoine Blanc

Installé à Gap depuis dix ans, couvre les stations de ski, les chantiers de liaisons ferroviaires et les mobilisations contre les coupures de services publics en montagne. Formé à l'ESJ Lille, il a travaillé en radio locale avant de passer au web. Conviction forte : le journalisme local exige de connaître les élus, les syndicalistes, les entrepreneurs, pas seulement leurs dossiers de presse.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie