Sommet OTAN à Ankara : Merz en première ligne, 70 Mds€ pour Kyiv
À Ankara, le chancelier allemand porte l'aide financière à l'Ukraine et scelle un rapprochement stratégique avec le Canada.
Le 36e sommet de l'OTAN se tient les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara. Friedrich Merz y a annoncé 70 milliards d'euros d'aide européenne à l'Ukraine et lancé, avec le Canada, les négociations d'un partenariat stratégique bilatéral.
L’essentiel
- Le sommet : le 36e sommet de l’OTAN se tient les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, en Turquie.
- L’annonce ukrainienne : Friedrich Merz a annoncé 70 milliards d’euros d’aide supplémentaire des Européens à l’Ukraine pour 2026 et 2027.
- Le rapprochement canadien : Berlin et Ottawa ont lancé le 7 juillet des négociations pour un accord de partenariat stratégique, avec une signature visée avant fin 2026.
- Le contrat industriel : le Canada a choisi l’allemand TKMS pour ses futurs sous-marins militaires.
- La sécurité : plus de 200 personnes ont été arrêtées avant le sommet, selon Human Rights Watch.
Merz accueilli à Ankara, l’Allemagne en position centrale
Friedrich Merz est arrivé le 7 juillet 2026 à Ankara pour le 36e sommet de l’OTAN, qui se tient au sein du complexe présidentiel turc jusqu’au 8 juillet. Le chancelier allemand a été accueilli par la ministre turque de la Famille et des Services sociaux, Mahinur Özdemir Göktaş, selon l’agence de presse turque Anadolu. Ce déplacement place d’emblée Berlin parmi les capitales les plus actives de ce sommet, aux côtés de Washington et de Kyiv, dont le président Volodymyr Zelensky a lui-même profité de l’occasion pour presser Donald Trump sur les missiles Patriot.
Pour un lecteur français, ce sommet marque un changement de ton. L’Allemagne, longtemps prudente sur les questions de défense depuis la Seconde Guerre mondiale, s’affiche désormais comme l’un des acteurs les plus visibles des discussions sur la sécurité européenne, à Ankara plutôt qu’à Bruxelles. Ce n’est pas un simple déplacement protocolaire : Merz y porte plusieurs dossiers financiers et industriels lourds, dont il assume la paternité politique.
70 milliards d’euros pour Kyiv : le chiffre qui marque le sommet
C’est l’annonce la plus commentée du sommet côté allemand. Friedrich Merz a indiqué que les alliés européens de l’OTAN allaient débloquer 70 milliards d’euros d’aide supplémentaire pour l’Ukraine, répartis sur 2026 et 2027, selon l’agence ukrainienne Ukrinform. Le détail de la répartition de cette enveloppe entre pays contributeurs n’a pas été précisé à ce stade, ni le calendrier exact des versements.
Le montant s’inscrit dans un contexte où Kyiv reste sous forte pression militaire : la capitale ukrainienne a encore été visée récemment par des tirs de missiles russes qui ont fait au moins 22 morts, dans un climat de pénurie d’intercepteurs pour la défense antiaérienne. Le signal politique porté par Merz est clair : l’Allemagne veut apparaître comme le principal moteur européen du soutien financier à l’Ukraine, à un moment où Washington reste en position d’arbitre sur les livraisons d’armements et notamment sur les systèmes Patriot réclamés par Kyiv.
Canada-Allemagne : un rapprochement industriel et stratégique
En marge des discussions sur l’Ukraine, Ankara a aussi été le théâtre d’un rapprochement bilatéral entre Berlin et Ottawa. Le Premier ministre canadien Mark Carney et Friedrich Merz ont lancé le 7 juillet des négociations pour un accord de partenariat stratégique entre les deux pays, selon un communiqué du cabinet du Premier ministre canadien. Ce futur accord doit couvrir la sécurité, la défense, la technologie, l’énergie et les chaînes d’approvisionnement, avec une signature visée avant la fin de l’année 2026.
Ce rapprochement politique fait suite à un choix industriel déjà tranché : le Canada a retenu l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) pour la fourniture de ses futurs sous-marins militaires, selon Al Jazeera, écartant notamment la concurrence sud-coréenne sur ce dossier. Un contrat qui illustre le poids croissant de l’industrie de défense allemande sur la scène internationale, alors qu’Ottawa avait aussi évoqué la mise en place d’une banque de défense réunissant huit pays de l’Alliance. Pour la France, ce type de contrat rappelle la compétition permanente que se livrent les industries de défense européennes sur les marchés export, un secteur où Paris et Berlin sont parfois concurrents plus que partenaires.
Une OTAN « plus européenne », le mot d’ordre de Merz
Au-delà des annonces chiffrées, Friedrich Merz a défendu à Ankara l’idée d’une OTAN « plus européenne », selon Anadolu, un plaidoyer pour une plus grande autonomie militaire du continent face aux Etats-Unis. Le chancelier allemand porte ainsi une ligne déjà affichée depuis son arrivée au pouvoir : celle d’une Allemagne qui assume un rôle de premier plan dans la défense européenne, après des décennies de retenue héritées de l’histoire du pays. Cette posture rejoint, sur le papier, le discours français d’autonomie stratégique européenne porté depuis plusieurs années, même si les deux pays n’avancent pas toujours au même rythme ni avec les mêmes priorités budgétaires.
Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a par ailleurs évoqué un rôle possible de la Bundeswehr pour des opérations de déminage dans le détroit d’Ormuz cet été, sans donner à ce stade davantage de précisions sur le calendrier ou les moyens qui seraient engagés. Cette piste illustre l’élargissement progressif du champ d’action militaire allemand, historiquement circonscrit au territoire européen.
Contexte : l’Allemagne, pilier de la défense européenne
Cette séquence diplomatique confirme un basculement engagé depuis plusieurs années à Berlin. Longtemps en retrait sur les questions militaires, l’Allemagne s’est repositionnée comme l’un des principaux financeurs européens du soutien à l’Ukraine et comme un partenaire industriel recherché, comme le montre le contrat remporté par TKMS face à la concurrence sud-coréenne. Pour Berlin, ce sommet d’Ankara s’ajoute à une série de dossiers où le pays cherche à peser davantage sur la scène internationale, du financement de la défense européenne aux partenariats industriels transatlantiques et nord-américains.
Vu de France, cette montée en puissance allemande interroge sur la répartition future des efforts budgétaires entre partenaires européens de l’OTAN, à un moment où plusieurs capitales, dont Paris, débattent elles-mêmes de leurs propres marges de manœuvre financières en matière de défense. L’annonce des 70 milliards d’euros par Merz, en particulier, place de facto l’Allemagne en position de référence sur le financement européen de l’effort de guerre ukrainien.
Un sommet sous haute sécurité
Le choix d’Ankara pour ce sommet s’est accompagné de mesures de sécurité strictes. Le gouvernorat d’Ankara a interdit toute manifestation et toute distribution de tracts du 28 juin au 10 juillet 2026, selon Wikipedia. Des rassemblements d’opposition au sommet ont malgré tout eu lieu en Turquie, entraînant l’arrestation de plus de 200 personnes, selon Human Rights Watch.
Ce climat sécuritaire contraste avec l’agenda diplomatique dense affiché par les délégations présentes, dont celle de Berlin, concentrée sur les annonces financières et industrielles plutôt que sur les tensions locales entourant l’événement.
Prochaine étape : les négociations entre le Canada et l’Allemagne doivent aboutir à la signature d’un accord de partenariat stratégique avant la fin de l’année 2026.