Soumoulou : un atelier clandestin d’armes 3D démantelé, quatre interpellations
Quatre jeunes Béarnais âgés de 17 à 21 ans mis en examen après la saisie d'une trentaine de pistolets semi-automatiques fabriqués par impression 3D et vendus via Telegram.
Un garage loué à Soumoulou, entre Pau et Tarbes, servait d'atelier de fabrication clandestine de pistolets semi-automatiques. Le 9 juin 2026, les polices judiciaires de Toulouse et Pau ont interpellé quatre jeunes Béarnais. Deux sont en détention provisoire.
L’essentiel
- 9 juin 2026 : perquisition d’un garage loué à Soumoulou (64), démantèlement de l’atelier par les PJ de Toulouse et Pau.
- Quatre suspects : âgés de 17 à 21 ans, originaires du Béarn, mis en examen pour infractions à la législation sur les armes.
- Deux en détention provisoire ; un mineur de 17 ans et le loueur du garage sous contrôle judiciaire.
- Une trentaine d’armes de type Glock (calibre 22 Long Rifle) produites, vendues 300 à 600 € pièce via Telegram, livrées en lockers.
- Parquet de Toulouse : enquête préliminaire ouverte depuis plusieurs mois, confirmée par la vice-procureure Lisa Bergereau.
Un garage de village, une imprimante 3D, des pistolets vendus à distance
Soumoulou ne compte que 1 583 habitants selon l’INSEE (recensement 2023). C’est pourtant dans cette commune rurale des Pyrénées-Atlantiques, à mi-chemin entre Pau et Tarbes, qu’une cellule de fabrication artisanale d’armes à feu s’est installée. Un garage loué discrètement. Une imprimante 3D. Des rouleaux de filament commandés en Haute-Garonne. Et, selon La Dépêche du Midi et La République des Pyrénées, une trentaine de pistolets semi-automatiques de type Glock modifiés, calibre 22 Long Rifle, produits et écoulés sur le marché illicite.
Les armes ne sont pas des jouets. Seules certaines pièces métalliques - ressorts, percuteur - n’étaient pas imprimées. Le reste, carcasse comprise, sortait directement de la machine. Opérationnelles et létales, précise Sud Ouest, qui cite les conclusions des enquêteurs.
Les transactions se négociaient sur Telegram, entre 300 et 600 euros l’unité. La livraison s’effectuait par colis déposés dans des lockers, sans contact direct entre vendeur et acheteur. Un circuit pensé pour minimiser les risques d’identification.
Un contrôle routier banal comme point de départ
Tout a commencé en mars 2026, loin de Soumoulou. Un contrôle de routine près de la gare Matabiau, à Toulouse. Un couple intercepté. Des armes saisies. La PJ de Toulouse ouvre une enquête préliminaire. D’autres saisies interviennent dans les semaines suivantes à Pau et à Lons (février-avril 2026), selon La Dépêche du Midi.
Les enquêteurs remontent la filière par recoupements : traces ADN, empreintes digitales, et surtout des traces numériques - achats de consommables 3D, connexions WiFi repérées. Le garage de Soumoulou est identifié. Le 9 juin 2026, les PJ de Toulouse et Pau agissent conjointement. Perquisition. Quatre interpellations dans l’agglomération paloise.
La vice-procureure de la République de Toulouse, Lisa Bergereau, a confirmé publiquement le démantèlement d’un atelier de « fabrication d’armes létales via l’impression 3D », précisant que « les armes ainsi produites étaient destinées à la vente, alimentant un trafic illicite à destination des ressorts des tribunaux judiciaires de Toulouse et de Pau », selon Sud Ouest.
Quatre mis en examen, deux en détention
Les quatre suspects - âgés de 17 à 21 ans, tous originaires du Béarn - ont comparu devant un juge d’instruction dans les jours suivant les interpellations. Ils ont été mis en examen pour diverses infractions à la législation sur les armes, selon ICI Béarn Bigorre (France Bleu).
Deux d’entre eux, majeurs, ont été placés en détention provisoire. Les deux autres ont été laissés sous contrôle judiciaire : le mineur de 17 ans, et la personne ayant loué le garage. Les qualifications retenues n’ont pas été détaillées publiquement au-delà des infractions à la législation sur les armes.
Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres dossiers judiciaires récents impliquant des réseaux de trafic dans le grand Sud-Ouest. À Bordeaux, un réseau de narco-blanchiment avait été démantelé avec 50 kg de cocaïne et 8 millions d’euros saisis - signe que les trafics illicites structurés touchent l’ensemble de la façade atlantique.
Contexte dans les Pyrénées-Atlantiques
Le département des Pyrénées-Atlantiques n’avait pas, jusqu’ici, été directement associé à ce type de trafic d’armes manufacturées localement. L’affaire de Soumoulou constitue un premier cas documenté à cette échelle dans le 64.
Elle s’inscrit dans une tendance nationale. En février 2024, un vaste réseau de trafic d’armes imprimées en 3D avait été démantelé simultanément en France et en Belgique : 14 interpellations, 8 imprimantes saisies, 7 armes complètes et de nombreuses pièces détachées, selon Le Monde, qui citait alors le parquet de Marseille. Le cas béarnais présente des caractéristiques similaires - technologie identique, circuit de vente dématérialisé - mais sur une échelle plus locale.
La particularité ici : la jeunesse des suspects (17-21 ans) et l’ancrage géographique rural, loin des grandes métropoles habituellement associées à ce type de trafic. L’approvisionnement en matières premières s’effectuait en Haute-Garonne, selon La Dépêche du Midi, ce qui souligne la dimension interrégionale du réseau, même restreint.
Pour mémoire, la question de la sécurité publique et des dérives violentes fait régulièrement surface dans l’actualité judiciaire française. À Versailles, un multirécidiviste visé par deux mandats d’arrêt avait récemment été interpellé, illustrant la pression constante pesant sur les services judiciaires.
Les « armes fantômes » : un défi croissant pour les enquêteurs
Les pistolets imprimés en 3D sont souvent désignés sous le terme d’« armes fantômes » : dépourvus de numéro de série, ils sont quasiment intraçables une fois écoulés. Leur coût de production est très bas - quelques dizaines d’euros en matières premières - ce qui explique la marge réalisée à la revente (300-600 €).
Les enquêteurs ont ici bénéficié d’une faille dans la discrétion des fabricants : les achats de consommables en ligne et les connexions WiFi ont permis de les localiser. Ce vecteur d’identification numérique devient un outil central dans ce type d’enquête, comme l’a montré la procédure menée depuis Toulouse.
La distribution via Telegram et lockers réduit l’exposition physique des vendeurs, mais ne les met pas à l’abri d’un recoupement technique. C’est précisément ce travail, mené pendant plusieurs mois par la PJ de Toulouse avec l’appui de la PJ de Pau, qui a conduit au démantèlement de l’atelier.
La suite à Toulouse
L’instruction judiciaire se poursuit désormais sous l’autorité du parquet de Toulouse. Les deux suspects en détention provisoire restent incarcérés dans l’attente de l’avancement du dossier. Le juge d’instruction aura notamment à déterminer l’étendue exacte du réseau de distribution et l’identité des acheteurs finaux, dont certains ont pu être identifiés lors des saisies intervenues à Toulouse et dans l’agglomération paloise entre février et avril 2026.
Sources
- Sud Ouest : Un atelier clandestin de fabrication de pistolets semi-automatiques en impression 3D démantelé à Pau
- La République des Pyrénées : 300 € le pistolet livré en « locker » : une fabrique artisanale d'armes en 3D démantelée à Soumoulou
- ICI Béarn Bigorre / France Bleu : Quatre jeunes Béarnais arrêtés, ils ont fabriqué avec une imprimante 3D des armes à feu et les ont vendues
- La Dépêche du Midi : L'incroyable découverte d'une usine clandestine de fabrication d'armes à feu en 3D vendues pour seulement 300 €

