Suicide à Fresnes : la famille de Dennis attaque l’État pour négligences
Un recours déposé le 13 mai 2026 devant le tribunal administratif de Melun réclame 360 000 euros à l'État pour manquements dans la prise en charge d'un détenu schizophrène.
Dennis G., schizophrène placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Fresnes, s'est suicidé par pendaison dans sa cellule le 23 janvier 2023. Trois ans après, sa famille a saisi le tribunal administratif de Melun pour engager la responsabilité de l'État.
Dennis G., schizophrène placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes depuis mars 2021, s’est suicidé par pendaison dans sa cellule le 23 janvier 2023. Sa famille, après l’échec d’une procédure pénale, a franchi une nouvelle étape judiciaire : le 13 mai 2026, elle a déposé un recours devant le tribunal administratif de Melun pour engager la responsabilité de l’État. Elle réclame 360 000 euros.
L’essentiel
- 23 janvier 2023 : Dennis G., détenu schizophrène aux antécédents suicidaires connus, retrouvé pendu dans sa cellule à Fresnes.
- Mai 2025 : non-lieu rendu dans l’information judiciaire pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger, depuis frappé d’appel.
- 13 mai 2026 : recours déposé devant le tribunal administratif de Melun, réclamant 360 000 euros à l’État.
- 157 suicides enregistrés dans les prisons françaises en 2023, soit +12,9 % par rapport à 2022 (taux : 17,5 pour 10 000 détenus).
- Au moins 7 suicides à Fresnes en 2024, selon France Inter et Le Monde.
Trois ans de procédure pour une famille sans réponse
Dennis G. avait été mis en examen pour viol et agression sexuelle et placé en détention provisoire en mars 2021 à la maison d’arrêt de Fresnes, en Val-de-Marne. Diagnostiqué schizophrène et connu pour ses tendances suicidaires, il est mort dans sa cellule le 23 janvier 2023, selon les informations recoupées par Citoyens.com et France 3 Île-de-France.
La famille a d’abord déposé une plainte pénale. Une information judiciaire pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger a été ouverte. Elle s’est conclue par un non-lieu en mai 2025. La famille a fait appel de cette décision, selon Citoyens.com. En parallèle, elle a engagé la voie administrative.
Un recours à 360 000 euros pour manquements dans la surveillance
Le 13 mai 2026, les avocats de la famille ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Melun, juridiction compétente pour les établissements pénitentiaires de la région. La demande porte sur 360 000 euros, selon 20 Minutes et France 3. Les griefs portent sur deux axes : les manquements dans la surveillance d’un détenu au profil de risque connu, et les défaillances dans la prise en charge psychiatrique.
De son côté, l’administration pénitentiaire affirme, selon Citoyens.com, que Dennis G. bénéficiait d’un suivi psychiatrique régulier jusqu’à quelques jours avant son décès. Elle nie toute faute à ce stade.
Le SMPR de Fresnes face à une surcharge structurelle
À Fresnes, la prise en charge psychiatrique repose sur le Service Médico-Psychologique Régional (SMPR), qui dispose d’une unité d’hospitalisation de jour de 32 places, selon le site de l’AP-HP et un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) publié en 2024. Le CGLPL pointait des difficultés d’accès aux soins et une surpopulation structurelle dans l’établissement.
La maison d’arrêt de Fresnes, l’une des plus grandes de France, a enregistré au moins sept suicides en 2024, dans un contexte de surpopulation et de conditions de détention dégradées, selon France Inter et Le Monde. Le cas de Dennis G. s’inscrit dans ce tableau plus large.
Contexte dans le Val-de-Marne
La maison d’arrêt de Fresnes est l’un des établissements les plus emblématiques du département. Implantée sur la commune de Fresnes (94260), elle héberge un centre pénitentiaire comprenant trois maisons d’arrêt, une maison centrale et plusieurs services spécialisés. Sa population carcérale est régulièrement supérieure à sa capacité théorique.
Le Val-de-Marne concentre plusieurs structures de soins psychiatriques en milieu pénitentiaire, dont le SMPR de Fresnes, qui rayonne au-delà du seul département. Pourtant, les rapports successifs du CGLPL signalent des tensions persistantes entre les besoins de santé mentale des détenus et les moyens disponibles. Le cas de Dennis G. rappelle un drame humain aux responsabilités difficilement attribuables, que les familles doivent trancher dans des prétoires.
Des précédents juridiques qui confortent la famille
La démarche de la famille de Dennis G. s’appuie sur une jurisprudence établie. En décembre 2023, le Conseil d’État a jugé que la responsabilité de l’État peut être engagée pour faute si l’administration n’a pas pris les mesures raisonnables pour prévenir le suicide d’un détenu, dès lors qu’elle disposait d’informations sur ses antécédents. La juridiction administrative suprême précise que ces mesures doivent être proportionnées aux risques connus.
Plus tôt, en 2016, la Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la France pour violation du droit à la vie dans une affaire similaire : les autorités connaissaient le risque suicidaire d’un détenu, mais n’avaient pas pris de mesures adéquates. Ces deux décisions constituent un socle sur lequel les avocats de la famille peuvent argumenter.
Un phénomène national qui dépasse le cas de Fresnes
En France, 157 détenus se sont suicidés en 2023, soit une hausse de 12,9 % par rapport à 2022, avec un taux de 17,5 pour 10 000 détenus, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). Ce taux est six à sept fois supérieur à celui de la population générale, selon le ministère de la Justice et l’Observatoire international des prisons (OIP). Un suicide survient en prison environ tous les deux à trois jours en France.
Le profil de Dennis G. - pathologie psychiatrique lourde, antécédents suicidaires documentés, détention provisoire longue - correspond à des facteurs de risque identifiés de longue date par les autorités sanitaires. La question posée au tribunal administratif de Melun est de savoir si l’administration pénitentiaire a agi en conséquence.
L’audience devant le tribunal administratif de Melun n’a pas encore été fixée. La procédure pénale, suspendue au résultat de l’appel du non-lieu de mai 2025, suit son propre calendrier.
Sources
- Citoyens.com : Suicide d'un détenu schizophrène à la prison de Fresnes : la famille attaque au plan administratif
- France 3 Île-de-France : Suicide d'un détenu à Fresnes : pourquoi la famille veut-elle engager la responsabilité de l'Etat ?
- 20 Minutes : À la prison de Fresnes, la famille d'un détenu suicidé veut engager la responsabilité de l'État
- Conseil d'État : Suicide d'un détenu : la responsabilité de l'administration engagée si elle disposait d'informations sur le risque