Bonbonnes de protoxyde d’azote : 15 M€ de dégâts dans les incinérateurs, le Syctom réclame l’interdiction

En 2025, un million de bonbonnes ont causé plus de 25 000 explosions en Île-de-France, dont à Ivry-sur-Seine.

Bonbonnes de protoxyde d'azote : 15 M€ de dégâts dans les incinérateurs, le Syctom réclame l'interdiction
Illustration Alexandre Martin / info.fr

Le Syctom, établissement public chargé du traitement des déchets de 81 communes franciliennes, tire la sonnette d'alarme. En 2025, les bonbonnes de protoxyde d'azote ont explosé plus de 25 000 fois dans ses incinérateurs, pour un coût total de 15 millions d'euros. L'organisme réclame désormais l'interdiction de leur vente aux particuliers.

Une explosion toutes les deux heures, tout au long de l’année 2025. C’est le bilan que dresse le Syctom dans un communiqué officiel publié le 20 avril 2026. L’établissement public, qui gère les déchets ménagers de 81 communes d’Île-de-France, a traité un million de bonbonnes de protoxyde d’azote dans ses incinérateurs l’an dernier. Résultat : plus de 25 000 explosions, des équipements endommagés et des agents mis en danger.

15 millions d’euros de pertes en un an

La facture est lourde. Selon le Syctom, les explosions ont coûté 15 millions d’euros en 2025 : 3 millions en réparations directes, 12 millions en pertes d’exploitation. Trois sites sont particulièrement touchés : l’unité d’incinération d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), celle de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et celle d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), selon Le Parisien. Sur ce dernier site seul, 13 000 explosions ont été recensées en 2025, d’après le compte @brutofficiel sur X.

Le budget primitif 2026 du Syctom intègre déjà une hausse des coûts liée à cette problématique. L’organisme avait d’ailleurs mentionné les explosions dans son rapport d’activité 2024, signe que le phénomène s’amplifie d’année en année. À titre de comparaison, les dégâts s’accumulent sur des infrastructures coûteuses, comme le montrent d’autres chantiers publics en Île-de-France - à l’image des perturbations récurrentes sur l’A86 qui illustrent la pression exercée sur les équipements franciliens.

Une campagne et un appel à la réglementation nationale

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Le 20 avril 2026, le Syctom a lancé une campagne de communication pour alerter sur les risques sanitaires, humains, industriels et économiques liés aux bonbonnes de protoxyde d’azote. L’établissement demande clairement l’interdiction de leur vente aux particuliers, en réservant l’accès aux seuls professionnels de l’alimentation et du secteur médical, sur justificatif.

La démarche trouve un écho au Parlement. Le 14 avril 2026, une question au gouvernement a été posée à l’Assemblée nationale sur ce sujet. Dès le 24 février 2026, une question écrite (n°12561) avait été publiée au Journal Officiel, citant les annonces du Syctom de janvier 2026. Aucune réponse réglementaire précise n’a été annoncée à ce stade.

Un fléau qui dépasse les frontières du Val-de-Marne

Le protoxyde d’azote, aussi connu sous le nom de « gaz hilarant », est consommé comme substance psychoactive. Les bonbonnes, jetées après usage, se retrouvent dans les bacs à déchets ménagers puis dans les fours des incinérateurs - où elles explosent sous l’effet de la chaleur. Le problème n’est pas propre à l’Île-de-France : d’autres collectivités en France signalent des difficultés similaires, selon Le Parisien. Les enjeux de gestion de l’espace public et des équipements collectifs se posent de manière comparable dans d’autres territoires, comme à Belfort où 68 millions d’euros sont mobilisés pour transformer un quartier entier d’ici 2036.

Pour le Syctom, l’enjeu est clair : sans mesure réglementaire nationale, le coût humain et financier continuera de grimper. L’organisme attend une réponse du gouvernement, sans calendrier précis à ce jour.

Sources

Alexandre Martin

Alexandre Martin

Correspondant à Créteil, suit les tensions sur le logement, les projets de Grand Paris, l'université et les débats sur les transports. Diplômé du CFJ, il a travaillé en agence avant de s'ancrer dans le Val-de-Marne. Posture éditoriale : interroger les élus, les bailleurs, les étudiants, vérifier les budgets du département avant de conclure.

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