Tchernobyl 40 ans après : radioactivité persistante dans les Vosges, selon l’ASNR

Une étude de l'Agence de sûreté nucléaire révèle des niveaux de césium 137 huit fois supérieurs à la moyenne nationale dans les sols des Vosges.

Tchernobyl 40 ans après : radioactivité persistante dans les Vosges, selon l'ASNR
Illustration Marc Humbert / info.fr

Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, les sols et certaines denrées des Vosges affichent des taux de radioactivité bien plus élevés qu'ailleurs en France. L'ASNR confirme une persistance du césium 137, sans risque sanitaire majeur pour la population.

Des niveaux huit fois supérieurs à la moyenne

Les Vosges figurent parmi les zones de rémanence élevée (ZRE) où les retombées radioactives de Tchernobyl restent mesurables. Selon une étude préliminaire de l’Agence de sûreté nucléaire et radiologique (ASNR) publiée le 22 avril 2026, les sols des Vosges contiennent en moyenne 51 becquerels par kilogramme (Bq/kg) de césium 137, soit huit fois plus que la moyenne nationale (6,5 Bq/kg). Des pics à 100 000 Bq/m² ont été relevés sur de petites surfaces, notamment dans les massifs forestiers autour d’Épinal.

Le lait produit dans ces zones affiche des concentrations de 0,63 Bq/L, contre 0,03 Bq/L dans le reste du pays. Les champignons, particulièrement sensibles à la contamination, restent un marqueur : en 2021, 81 % des échantillons analysés en France contenaient du césium 137, avec des maxima de 1 320 Bq/kg en Alsace pour les bolets, dépassant les limites européennes pour les aliments (600 Bq/kg).

Une décroissance lente, mais pas une disparition

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Les relevés de l’ASNR confirment une diminution progressive des concentrations de césium 137 et de strontium 90 depuis les années 1990. Une étude de l’IRSN en 2016 montrait déjà des niveaux élevés dans les Vosges, avec une décroissance régulière mais lente. La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), qui surveille l’Alsace depuis 1986, a documenté cette persistance. « Les pluies du 1er au 5 mai 1986 ont lessivé les masses d’air contaminées, déposant des radionucléides dans les sols des Vosges et de l’Alsace », rappelle l’ASNR dans son rapport.

Les retombées ont touché principalement les zones montagneuses, où les précipitations ont été plus intenses. Les sols acides et les forêts des Vosges, comme celles des Hautes-Vosges, retiennent davantage le césium, limitant sa migration vers les nappes phréatiques.

Un risque sanitaire minime, mais une surveillance maintenue

L’exposition annuelle des habitants des Vosges est estimée entre 10 et 40 microsieverts (µSv), bien en dessous de la limite réglementaire de 1 000 µSv/an. « Le risque sanitaire reste minime », souligne l’ASNR, qui exclut tout impact significatif sur la santé publique. Les denrées locales, comme le lait ou les champignons, font toutefois l’objet d’un suivi renforcé, notamment pour les populations les plus exposées (éleveurs, cueilleurs).

La CRIIRAD recommande d’éviter la consommation excessive de gibier et de champignons sauvages dans les zones les plus contaminées. « Les niveaux actuels ne justifient pas d’interdiction, mais une vigilance accrue », précise l’association dans un communiqué.

Prochaine étape : un suivi renforcé

L’ASNR prévoit de publier un rapport complet d’ici fin 2026, avec des cartes détaillées des zones les plus touchées. Une campagne de mesures supplémentaires sera lancée cet automne, période où les champignons et les baies sauvages concentrent davantage de radionucléides. Les résultats permettront d’ajuster les recommandations sanitaires pour les habitants des Vosges et de l’Alsace.

Sources

Marc Humbert

Marc Humbert

Correspondant à Épinal, suit la filière bois, les tensions sur les forêts, l'imagerie et les débats sur les services publics. Diplômé de l'IFP Paris 2, il a travaillé en PQR vosgienne. Conviction : interroger les forestiers, les industriels du bois, les élus, vérifier les rapports de l'ONF avant de conclure.

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