Telegram menacé de blocage total en Russie : 89 millions d’utilisateurs concernés

Après avoir restreint les appels vocaux en août 2025, Roskomnadzor envisage désormais une interdiction complète de l'application de messagerie

Telegram menacé de blocage total en Russie : 89 millions d’utilisateurs concernés
Bâtiment de Roskomnadzor avec logo Telegram sur écran géant en plein jour Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

La Russie s'apprête à franchir un nouveau cap dans sa stratégie de contrôle numérique. Selon trois sources citées par le média économique russe RBC, l'agence de régulation Roskomnadzor préparerait un blocage total de Telegram sur le territoire, après avoir déjà rendu inaccessibles les appels vocaux sur la plateforme depuis août 2025. Cette mesure toucherait 89 millions d'utilisateurs mensuels russes et s'inscrit dans une offensive plus large contre les messageries occidentales chiffrées.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Telegram menacé d'un blocage total en Russie après la restriction des appels vocaux en août 2025, selon trois sources citées par RBC
  • 89 millions d'utilisateurs russes de Telegram concernés, contre 96 millions pour WhatsApp déjà partiellement bloqué
  • Roskomnadzor justifie ces mesures par la lutte contre la fraude et les activités terroristes, reprochant aux plateformes leur refus de coopérer
  • L'application nationale MAX, développée par VK avec 2 millions d'utilisateurs, s'impose progressivement comme alternative sous contrôle étatique
  • Roskomnadzor investit 2,3 milliards de roubles dans l'intelligence artificielle pour renforcer la censure, avec 260 VPN et 1,2 million de sites déjà bloqués en 2025

En août 2025, les autorités russes franchissaient une première étape en bloquant les appels vocaux sur Telegram et WhatsApp. Moins de six mois plus tard, selon RBC, l’application de messagerie de Pavel Durov pourrait disparaître complètement des écrans russes. Cette escalade intervient dans un contexte de durcissement généralisé du contrôle d’Internet en Russie, où Roskomnadzor multiplie les restrictions contre les plateformes étrangères refusant de se plier aux exigences du Kremlin.

Une offensive justifiée par la lutte contre la criminalité

Lorsque Roskomnadzor avait annoncé en août 2025 la restriction des appels sur Telegram et WhatsApp, l’agence avait invoqué des motifs sécuritaires. Selon KultureGeek, l’organisme de régulation avait alors déclaré que ces plateformes

« sont devenus les principaux services vocaux utilisés pour frauder, extorquer de l’argent et impliquer les citoyens russes dans des activités de sabotage et terroristes »

L’agence reprochait aux deux applications d’avoir ignoré les demandes répétées de prendre des mesures contre ces abus. À l’époque, seuls les appels audio avaient été bloqués, les messages textuels demeurant accessibles. Le ministère du Développement numérique et des Communications avait précisé que l’accès pourrait être rétabli si les plateformes acceptaient de

« se conforment à la législation russe »

, une formulation volontairement vague reflétant la volonté de Moscou de centraliser le contrôle des communications.

Un marché de 89 millions d’utilisateurs dans la balance

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Les enjeux sont considérables pour Telegram en Russie. D’après les données rapportées par KultureGeek, l’application comptait 89 millions d’utilisateurs mensuels dans le pays en juillet 2025, juste derrière WhatsApp et ses 96 millions d’utilisateurs. Cette popularité massive fait des deux messageries des cibles prioritaires pour les autorités russes, déterminées à réduire l’influence des plateformes occidentales sur leur territoire.

Un porte-parole de WhatsApp avait réagi avec fermeté à l’Associated Press lors des premières restrictions, affirmant que l’application chiffrée

« résiste aux tentatives des gouvernements de violer le droit des individus à une communication sécurisée, ce qui explique pourquoi la Russie cherche à la bloquer pour plus de 100 millions d’utilisateurs russes »

. Cette position de principe illustre le bras de fer entre les géants technologiques américains et le Kremlin sur la question du chiffrement et de la surveillance.

MAX, l’alternative nationale en embuscade

Le blocage potentiel de Telegram s’inscrit dans une stratégie plus vaste de substitution des services étrangers par des alternatives russes. En juillet 2025, le député Anton Gorelkin avait prévenu que WhatsApp

« devrait se préparer à quitter le marché russe »

, annonçant simultanément le lancement de MAX, une application de messagerie nationale développée par VK, le géant russe du numérique.

Selon KultureGeek, MAX comptait 2 millions d’utilisateurs en phase de test bêta. L’application intègre messagerie, services publics en ligne et paiements, mais partage les données des utilisateurs avec les autorités sur simple demande. Une nouvelle loi impose désormais sa préinstallation sur tous les smartphones vendus en Russie, tandis que les institutions publiques sont encouragées à l’adopter massivement.

L’intelligence artificielle au service de la censure

Le blocage annoncé de Telegram s’accompagne d’un renforcement technologique des capacités de censure russes. Selon Cryptopolitan, Roskomnadzor a prévu d’allouer près de 2,3 milliards de roubles, soit plus de 29 millions de dollars, au développement d’outils d’intelligence artificielle destinés à analyser et restreindre le trafic vers les sites interdits.

Cette offensive technologique porte déjà ses fruits : rien qu’en 2025, l’agence a bloqué près de 260 services VPN dès octobre, soit une augmentation marquée par rapport à l’année précédente, ainsi que 1,2 million de sites web, soit 50% de plus qu’en 2024. Les experts du secteur redoutent que cette intensification ne rende bientôt impossible le contournement des restrictions, même via des réseaux privés virtuels.

Un précédent qui fait jurisprudence

Le blocage de Telegram ne serait pas une première pour Roskomnadzor. En décembre 2025, l’agence avait déjà interdit totalement Roblox, la plateforme de jeux vidéo en ligne, invoquant la présence de contenus qualifiés de « propagande LGBT » et de messages extrémistes. Selon Next-Stage, cette décision s’inscrivait dans une politique plus large de contrôle des contenus numériques destinés aux jeunes utilisateurs.

Cette escalade dans la censure numérique intervient alors que la Russie multiplie les tensions avec l’Occident sur tous les fronts. La Banque centrale de Russie a récemment annoncé qu’elle réclamerait des compensations aux banques européennes pour le blocage de ses actifs, estimant ses pertes à 200,1 milliards d’euros selon L’Indépendant. Dans ce contexte de confrontation généralisée, le contrôle de l’information et des communications apparaît comme un enjeu stratégique majeur pour le Kremlin.

Reste à savoir si Telegram parviendra à négocier un compromis avec les autorités russes ou si l’application rejoindra la longue liste des services occidentaux bannis du territoire. Pour les 89 millions d’utilisateurs russes, la question est désormais de savoir combien de temps ils pourront encore échanger librement sur une plateforme chiffrée, avant d’être contraints de migrer vers des alternatives nationales sous surveillance étatique.

Sources

  • RBC (février 2026)
  • KultureGeek (15 août 2025)
  • Cryptopolitan (20 janvier 2026)
  • Next-Stage (7 décembre 2025)
  • L'Indépendant (18 décembre 2025)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.

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