TotalEnergies : un milliard de gains sur le brut de Dubaï

La division trading de la major française aurait anticipé la crise d'Ormuz en accumulant des cargaisons de brut bien avant le blocage du détroit

Une salle de trading bourdonnante avec des écrans lumineux affichant des courbes de prix en hausse, traders fébriles surveillant les marchés énergétiques mondiaux.
Une salle de trading bourdonnante avec des écrans lumineux affichant des courbes de prix en hausse, traders fébriles surveillant les marchés énergétiques mondiaux. Photomontage par Alexandre Mercier pour INFO.FR

La division trading de TotalEnergies aurait empoché plus d'un milliard de dollars sur des cargaisons de brut de Dubaï achetées avant la crise d'Ormuz. Un gain que le groupe n'a pas confirmé, mais que les chiffres boursiers rendent plausible.

LES ENJEUX
Un gain non confirmé
Le milliard de dollars avancé n'a fait l'objet d'aucun communiqué officiel de TotalEnergies
Ormuz, le verrou sauté
20% de la consommation mondiale de brut et de GNL transitait par ce détroit, désormais à l'arrêt
Surperformance boursière
TotalEnergies affiche +38,4% depuis janvier, devant ExxonMobil (+37,4%) et loin devant Shell (+25,5%)
Trading vs production
Le poids réel de la division trading dans les résultats de TotalEnergies reste opaque
L'essentiel — les faits vérifiés
  • La division trading de TotalEnergies aurait empoché plus d'un milliard de dollars sur des cargaisons de brut de Dubaï achetées avant la crise d'Ormuz, non confirmé officiellement
  • TotalEnergies affiche +38,4% en Bourse depuis le 1er janvier 2026, meilleure performance du CAC 40
  • L'écart de 12,9 points avec Shell suggère un avantage lié aux capacités de trading du groupe
  • Près de 20% de la consommation mondiale de brut et de GNL transitait par le détroit d'Ormuz selon Morgan Stanley
  • Un milliard de gains trading représenterait environ 23% du résultat net ajusté trimestriel 2024 de TotalEnergies

Il y a trois mois, le baril de Brent naviguait sous les 80 dollars et le détroit d’Ormuz restait ce qu’il avait toujours été depuis quarante ans : un risque théorique que personne ne prenait vraiment au sérieux. Patrick Pouyanné, lui, avait visiblement une autre lecture de la carte. Sa division trading accumulait des cargaisons de brut de Dubaï dans tout le Moyen-Orient, à rebours du consensus de marché. Quand le détroit s’est fermé, le piège s’est refermé sur tous les autres.

Le chiffre qui circule, plus d’un milliard de dollars de gains sur ces positions, n’a fait l’objet d’aucune confirmation officielle. BFM Business a consacré ce matin un segment intitulé « TotalEnergies : le coup du siècle », reprenant l’information selon laquelle la division trading aurait gagné plus d’un milliard de dollars après avoir acheté de nombreuses cargaisons de brut de Dubaï, une prise de position « anticipée bien en amont ». Le communiqué ne le dit pas. Les comptes trimestriels non plus, puisqu’ils ne sont pas encore publiés. Pour autant, les indices convergent, et les données financières du groupe (résultat net 2024 de 15,76 milliards de dollars, soit environ 15,14 milliards d’euros, selon BFM Bourse) confirment l’échelle à laquelle TotalEnergies opère.

Quand le marché dormait, TotalEnergies chargeait

Le calcul est simple. Au quatrième trimestre 2024, TotalEnergies dégageait un résultat net ajusté de 4,4 milliards de dollars, dont une part significative provenait déjà du GNL intégré et de ses activités de négoce. Un milliard de gains de trading sur un seul trimestre représenterait environ 23% de ce résultat trimestriel. Dit autrement, un quart du bénéfice habituel généré par une seule prise de position directionnelle sur le brut de Dubaï. Ce n’est plus de l’optimisation de flux. C’est du trading de conviction.

+1 Md$
gain estimé de la division trading sur le brut de Dubaï (non confirmé officiellement)
Source : BFM Business

Or, TotalEnergies ne publie pas le détail de sa contribution trading de manière isolée. En 2024, Patrick Pouyanné évoquait « la bonne performance de ses secteurs integrated LNG et integrated Power », sans jamais ventiler la part du négoce pur et celle de la production. L’opacité est structurelle. Retraité des activités de production, le poids du trading dans le résultat global de TotalEnergies reste une boîte noire (et c’est probablement voulu).

+38,4% en Bourse, et ce n’est pas que le baril

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La performance boursière raconte une histoire que les communiqués ne racontent pas. Depuis le 1er janvier 2026, TotalEnergies affiche +38,4%, la plus forte hausse du CAC 40. ExxonMobil suit à +37,4%, Chevron à +36%, BP à +29%, Shell à +25,5%.

Rapporté à ces pairs, l’écart avec Shell (12,9 points de pourcentage) est le plus révélateur. Les deux groupes sont exposés aux mêmes prix du baril, aux mêmes disruptions logistiques, au même Brent au-dessus de 100 dollars. Ce qui les sépare, c’est précisément la capacité de trading. Shell avait d’ailleurs vu sa propre division de gaz intégré bondir au T3 2025 grâce à une « performance de trading et d’optimisation nettement supérieure », avec un bénéfice ajusté de 5,43 milliards de dollars au troisième trimestre, porté notamment par les volumes de production. Si Shell a dégagé de tels montants sur un bon trimestre de trading gazier, un milliard pour TotalEnergies sur une position directionnelle anticipée en brut n’a rien d’invraisemblable. Les ordres de grandeur tiennent.

Infographie : Performance boursière 2026 des majors pétrolières
Performance boursière 2026 des majors pétrolières · INFO.FR

En 2024, TotalEnergies avait dégagé 15,76 milliards de dollars de bénéfice net, en baisse de 26% sur un an, dans un environnement que Pouyanné qualifiait lui-même de « prix moins favorable ». Le résultat net ajusté s’établissait à 18,26 milliards, en recul de 21%. Si le premier trimestre 2026 intègre effectivement un milliard de gains de trading en plus des effets mécaniques de la hausse du baril sur la production, le rebond des résultats sera spectaculaire. À l’aune de ces chiffres, le consensus analystes pour 2026 est probablement déjà obsolète.

Le trading comme arme, pas comme annexe

Le site officiel de TotalEnergies Trading présente l’activité comme une optimisation des « flux mondiaux de pétrole, gaz, GNL et électricité pour sécuriser les approvisionnements ». Le vocabulaire est celui du service logistique, pas celui du hedge fund. Les chiffres, eux, racontent autre chose. Quand tout le marché découvrait le risque Ormuz, TotalEnergies avait déjà ses cargaisons. Le trading n’est plus une activité d’optimisation chez TotalEnergies. C’est une arme stratégique. Et Patrick Pouyanné n’aura pas besoin de le confirmer : les résultats du premier trimestre, attendus dans les prochaines semaines, parleront d’eux-mêmes.

Ce que ça change pour les investisseurs
Si le gain d'un milliard se confirme dans les résultats T1 2026, la contribution du trading au résultat de TotalEnergies dépasserait 20% du bénéfice trimestriel, changeant la nature même du profil de risque du titre : moins une pétrolière, davantage un conglomérat énergétique avec un bras de trading offensif.
💡 Résultats T1 2026 de TotalEnergies attendus courant avril-mai

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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