Trump publie un message privé de Macron : 42 % des Français voient les USA en ennemi

Le président américain divulgue un échange confidentiel avec Emmanuel Macron sur la Syrie, l'Iran et le Groenland, dans un contexte de défiance record

Trump publie un message privé de Macron : 42 % des Français voient les USA en ennemi
Emmanuel Macron et Donald Trump lors d'une rencontre diplomatique officielle Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

Donald Trump a publié ce lundi 20 janvier 2026 ce qu'il présente comme un message privé d'Emmanuel Macron, révélant des divergences sur le dossier du Groenland malgré un alignement affiché sur la Syrie et l'Iran. Cette divulgation intervient alors qu'un sondage Ifop publié le même jour révèle que 42 % des Français considèrent désormais les États-Unis comme un pays ennemi, contre 30 % seulement en avril 2025. Une dégradation historique des relations transatlantiques qui reflète les tensions croissantes autour des ambitions territoriales trumpiennes sur le Groenland.

L'essentiel - les faits vérifiés
  • Donald Trump a publié le 20 janvier 2026 un message privé attribué à Emmanuel Macron évoquant un alignement sur la Syrie et l'Iran, mais une incompréhension sur le Groenland
  • 42 % des Français considèrent désormais les États-Unis comme un pays ennemi, contre 30 % en avril 2025, selon un sondage Ifop des 15-16 janvier 2026
  • 51 % des Français estiment que les États-Unis de Trump seront une menace militaire pour la France dans les années à venir, plaçant Washington en 5e position des menaces
  • La France a refusé le 19 janvier 2026 de rejoindre le "Conseil de paix" américain sur Gaza, réaffirmant son attachement à la Charte des Nations unies
  • 64 % des Français souhaitent une défense européenne totalement indépendante des États-Unis, tandis que 70 % s'opposent à une annexion américaine du Groenland

Le message était bref, mais son impact considérable. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a publié lundi 20 janvier ce qu’il affirme être un échange privé avec Emmanuel Macron. Trois phrases attribuées au président français : « Mon ami. Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses sur l’Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais sur le Groenland. » Une divulgation qui intervient dans un climat de défiance sans précédent entre Paris et Washington, confirmé par les chiffres d’un sondage Ifop publié ce même jour.

Une défiance historique envers Washington

Les chiffres sont éloquents. Selon l’enquête Ifop réalisée les 15 et 16 janvier 2026 pour le site Partir à New York, 42 % des Français classent désormais les États-Unis comme un pays « ennemi », une progression spectaculaire de 12 points depuis avril 2025 où ils n’étaient que 30 % à partager cette opinion. Dans le même temps, ceux qui considèrent Washington comme un « allié » ne représentent plus que 24 % de la population, contre 31 % au printemps dernier.

Cette dégradation place les États-Unis en cinquième position des nations perçues comme une menace militaire pour la France, derrière la Russie (80 %), la Corée du Nord (68 %), l’Iran (67 %) et la Chine (58 %), mais devant de nombreux autres pays. Plus inquiétant encore : 51 % des Français estiment que les États-Unis de Donald Trump seront, dans les années à venir, une menace militaire pour la France, un pourcentage qui grimpe à 60 % chez les moins de 35 ans et à 61 % chez les électeurs du Nouveau Front populaire.

Le Groenland, pomme de discorde transatlantique

Publicité

Le différend évoqué par Macron dans le message divulgué par Trump trouve son origine dans les ambitions territoriales affichées par le président américain sur le Groenland. Depuis son retour au pouvoir il y a un an, Trump multiplie les déclarations sur cette immense île arctique rattachée au Danemark, affirmant qu’il s’en emparerait « d’une manière ou d’une autre ». Le 17 janvier 2026, il a franchi un nouveau cap en annonçant des droits de douane de 10 % à partir du 1er février pour huit pays européens, dont la France, portés à 25 % le 1er juin « jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland ».

La réponse française ne s’est pas fait attendre. Emmanuel Macron a qualifié samedi ces menaces d' »inacceptables », promettant une réponse « unie » des Européens. La France a même envoyé des soldats au Groenland pour afficher son soutien au territoire danois, un geste symbolique fort qui explique sans doute l’incompréhension exprimée dans le message divulgué par Trump. Selon le sondage Ifop, 70 % des Français estiment que la France devrait s’opposer à Washington si l’administration Trump décidait d’annexer le Groenland.

Des clivages politiques révélateurs

L’analyse des résultats du sondage révèle des fractures politiques profondes au sein de l’opinion française. Les électeurs d’extrême gauche sont les plus hostiles aux États-Unis, 63 % d’entre eux voyant l’Amérique comme une puissance ennemie. Mais les sympathisants de centre gauche et de centre droit ne sont pas très loin, à 61 % et 57 % respectivement. En revanche, les électeurs d’extrême droite se distinguent nettement : seuls 33 % d’entre eux considèrent les États-Unis comme un pays ennemi.

« La faiblesse à l’égard des appétits expansionnistes trumpiens est clairement un marqueur d’extrême droite », relève François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualités de l’Ifop, cité par Le Point.

Cette fracture se retrouve sur la question d’une éventuelle intervention militaire pour défendre le Groenland. Si 43 % des Français approuveraient un engagement « au besoin par la force » pour empêcher les États-Unis de prendre l’île, ce score tombe à 33 % chez les électeurs du Rassemblement National, mais monte à 70 % chez les sympathisants écologistes. Un positionnement paradoxal pour un parti traditionnellement pacifiste, qui illustre le bouleversement des repères politiques provoqué par la politique trumpienne.

Paris refuse le « Conseil de paix » américain

Les tensions franco-américaines se manifestent également sur d’autres dossiers. Lundi 19 janvier, l’entourage d’Emmanuel Macron a annoncé que la France « n’entend pas donner suite favorable » à l’invitation américaine de rejoindre le « Board of Peace », le Conseil de paix lancé par Trump dans le cadre du plan américain pour Gaza.

« Nous réitérons également notre attachement à la Charte des Nations unies. Celle-ci demeure la clé de voûte d’un multilatéralisme efficace, où le droit international, l’égalité souveraine des États et le règlement pacifique des différends priment sur l’arbitraire, les rapports de force et la guerre », a déclaré le ministère des Affaires étrangères, selon France Info.

Cette position tranche avec celle d’autres pays. Le roi du Maroc, Mohammed VI, a accepté l’invitation en tant que « membre fondateur », tout comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban et le chef du Parti communiste vietnamien To Lam. La France, qui détient un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, craint que cette initiative ne remette en cause les principes et la structure des Nations unies.

Vers une autonomie stratégique européenne ?

Face à cette dégradation des relations transatlantiques, l’opinion française semble se tourner vers une solution européenne. Selon le sondage Ifop, 64 % des Français estiment qu’il faut une défense européenne « totalement indépendante » de celle des États-Unis, un chiffre quasi stable par rapport à 2025 (63 %) mais en forte hausse par rapport à 2007.

La perspective d’une rupture avec l’Otan divise davantage : seuls 31 % des Français soutiennent une sortie de l’Alliance atlantique, même dans le scénario d’une annexion du Groenland. Cette hésitation révèle sans doute la difficulté pour l’opinion de se projeter dans un monde où les membres les plus importants de l’Otan se battraient entre eux. Toutefois, 40 % des Français souhaitent que la France prenne davantage de distance avec les États-Unis, contre 26 % seulement en 2007.

En cas d’annexion du Groenland par Washington, les Français se disent massivement favorables à des mesures de rétorsion économique : 65 % soutiendraient un boycott des produits américains, 64 % une suspension des achats de matériel militaire américain et 62 % l’imposition de droits de douane importants. Des chiffres qui témoignent d’une volonté de riposte ferme face à ce qui est perçu comme une dérive impérialiste de l’administration Trump.

La divulgation par Donald Trump de ce message privé d’Emmanuel Macron, au-delà de son caractère diplomatiquement inhabituel, cristallise une interrogation majeure : comment les démocraties occidentales peuvent-elles préserver leur alliance face à un président américain dont les ambitions territoriales et les méthodes transactionnelles bousculent sept décennies de coopération atlantique ? La réponse à cette question déterminera l’architecture sécuritaire européenne pour les années à venir.

Sources

  • BFM TV (20 janvier 2026)
  • Le Point (20 janvier 2026)
  • France Info (19 janvier 2026)
  • Le Monde (19 janvier 2026)
  • France Bleu (17 janvier 2026)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Marie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans l'environnement et les sciences. Elle ne sépare jamais la donnée scientifique de l'enjeu politique qu'elle révèle. Sourçage scientifique primaire, distinction observation/projection, refus de l'alarmisme et du déni.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie