Un contrat de défense majeur se dessine entre Paris et Buenos Aires. L'Argentine est en négociations avancées avec la France pour l'acquisition de trois sous-marins Scorpène de Naval Group, dans le cadre d'un accord évalué à 1,8 milliard d'euros. Huit ans après la disparition tragique de l'ARA San Juan qui avait coûté la vie à 44 marins, la marine argentine cherche à restaurer ses capacités stratégiques pour surveiller sa zone économique exclusive de plus d'un million de kilomètres carrés.
L'essentiel
- L'Argentine négocie l'achat de trois sous-marins Scorpène à Naval Group pour 1,8 milliard d'euros, incluant soutien logistique et formation
- Les banques exigent des garanties financières que Buenos Aires peine à fournir malgré la baisse de l'inflation et le premier excédent budgétaire sous Javier Milei
- La marine argentine cherche à reconstituer sa flotte sous-marine perdue depuis la disparition tragique de l'ARA San Juan en novembre 2017 avec 44 marins
- L'offre française l'emporte sur l'allemand TKMS grâce à des conditions de crédit favorables proposées par Paris
- L'enjeu stratégique porte sur la surveillance d'une zone économique exclusive de plus d'un million de kilomètres carrés menacée par la pêche illégale
Les tractations financières s’intensifient entre Paris et Buenos Aires autour d’un contrat stratégique de défense. Selon La Tribune, l’Argentine a choisi le Scorpène de Naval Group pour reconstituer sa flotte sous-marine, écartant l’offre concurrente de l’allemand TKMS. Le montant total du contrat atteindrait 1,8 milliard d’euros, incluant non seulement les trois sous-marins mais également le soutien logistique, les services associés et la formation des équipages.
Un dossier qui bute sur les garanties bancaires
Si le choix technique est arrêté, les négociations achoppent sur les modalités financières. Les établissements bancaires impliqués dans le montage du prêt exigent des garanties souveraines que Buenos Aires peine à fournir, malgré les améliorations économiques enregistrées sous la présidence de Javier Milei. Le pays sud-américain affiche pourtant des indicateurs encourageants : l’inflation est en recul significatif et l’Argentine a dégagé son premier excédent budgétaire depuis des années.
La France a néanmoins proposé des conditions de crédit favorables pour faciliter la transaction, renforçant ainsi les liens bilatéraux en matière de défense. Ces arrangements financiers constituent un atout décisif face à la concurrence allemande. Le gouvernement français voit dans ce contrat une opportunité de consolider sa présence industrielle en Amérique latine, un marché où Naval Group cherche à s’implanter durablement.
Reconstituer une capacité perdue en 2017
L’urgence stratégique pour Buenos Aires est réelle. Depuis la disparition de l’ARA San Juan le 15 novembre 2017 au large des côtes argentines, emportant avec lui 44 marins dans une tragédie nationale, la marine argentine ne dispose plus de capacité sous-marine opérationnelle. Ce drame avait sidéré le pays entier et révélé l’état de vétusté d’une partie de la flotte militaire.
La priorité affichée par l’état-major naval argentin est claire : restaurer au plus vite les moyens de surveillance et de protection de sa zone économique exclusive qui s’étend sur plus d’un million de kilomètres carrés. Cette immense étendue maritime, riche en ressources halieutiques et potentiellement en hydrocarbures, nécessite une présence militaire permanente pour faire face aux intrusions et à la pêche illégale.
« L’offre française bénéficie de conditions de crédit favorables de Paris, renforçant les liens bilatéraux en défense », selon les informations révélées dans le dossier.
Le Scorpène, un sous-marin éprouvé à l’export
Le choix du Scorpène n’est pas anodin. Ce sous-marin d’attaque conventionnel à propulsion diesel-électrique, développé conjointement par Naval Group et l’espagnol Navantia, s’est imposé comme l’un des best-sellers du marché mondial. Long de 66,4 mètres et déplaçant 1.700 tonnes en plongée, il équipe déjà les marines du Brésil, du Chili, de l’Inde et de la Malaisie.
Ses performances techniques séduisent : autonomie de 50 jours, vitesse maximale de 20 nœuds en plongée, capacité d’emport de 18 armes (torpilles et missiles). Naval Group met en avant sa discrétion acoustique exceptionnelle et ses systèmes de combat de dernière génération. Pour l’Argentine, ce choix représente également une garantie de maintien en condition opérationnelle sur le long terme, avec un soutien industriel français reconnu.
Un contexte géopolitique favorable à la coopération
Ce contrat s’inscrit dans un rapprochement diplomatique entre Paris et Buenos Aires. Malgré les relations parfois tendues entre la France et l’Argentine, notamment sur la question des Malouines, la coopération militaire demeure un axe privilégié. Le président Javier Milei, arrivé au pouvoir fin 2023 avec un programme économique libéral radical, cherche à diversifier les partenariats internationaux de son pays.
Pour la France, ce contrat représente un enjeu industriel majeur à l’heure où Naval Group multiplie les succès à l’export. Après les contrats australien puis indien, puis plus récemment avec les Pays-Bas, l’Argentine constituerait une nouvelle référence commerciale en Amérique du Sud. Le groupe français emploie plus de 17.000 personnes et réalise un chiffre d’affaires annuel dépassant les 4 milliards d’euros.
« Les discussions butent sur les détails financiers, les banques exigeant des garanties que Buenos Aires peine à fournir malgré des améliorations économiques », précisent les sources proches du dossier.
Un calendrier encore incertain
Si les négociations aboutissent, la construction des trois sous-marins s’étalerait sur plusieurs années. Naval Group dispose de son site principal à Cherbourg, où sont assemblés les Scorpène destinés à l’export. Les délais de livraison habituels oscillent entre six et huit ans après la signature du contrat, incluant les phases de construction, d’essais en mer et de formation des équipages.
L’Argentine devra également moderniser ses infrastructures portuaires pour accueillir ces nouveaux bâtiments. La base navale de Mar del Plata, principal port militaire du pays sur l’Atlantique, nécessitera probablement des aménagements significatifs. Ces investissements connexes, non inclus dans le montant du contrat français, représentent un défi supplémentaire pour Buenos Aires.
Reste à savoir si les institutions financières internationales accepteront finalement de prendre le risque argentin. La signature définitive du contrat dépendra de leur feu vert et de la capacité du gouvernement Milei à présenter des garanties suffisantes. Dans un contexte économique sud-américain toujours fragile, ce pari industriel et financier pourrait redéfinir les équilibres navals dans l’Atlantique Sud pour les décennies à venir.
Sources
- La Tribune (7 novembre 2025)
- Informations contractuelles Naval Group
- Sources diplomatiques franco-argentines