Tueurs du Brabant : trois corps exhumés à Charleville-Mézières pour des analyses ADN
Le cimetière du Grand-Rulut a accueilli le 27 mai une opération judiciaire franco-belge visant à relancer la piste Sliman, quarante ans après les faits.
Trois corps ont été exhumés le 27 mai 2026 au cimetière du Grand-Rulut à Charleville-Mézières, à la demande de la justice belge. Les prélèvements ADN effectués sur place doivent être comparés aux traces laissées par les tueurs du Brabant, responsables de 28 morts entre 1982 et 1985.
L’essentiel
- 27 mai 2026 : exhumation de trois corps (Xavier Sliman et ses deux parents) au cimetière du Grand-Rulut à Charleville-Mézières.
- 28 morts : bilan des tueries du Brabant, commises entre 1982 et 1985 lors de braquages de supermarchés en Belgique.
- Quinzaine de jours : délai annoncé pour la transmission des résultats ADN au parquet fédéral belge.
- Décembre 2025 : ordonnance de la cour d’appel de Mons autorisant les exhumations et relançant la « piste française ».
- Juin 2024 : date à laquelle l’enquête belge avait été close avant d’être rouverte.
Une opération sous haute surveillance au Grand-Rulut
Le cimetière du Grand-Rulut, à Charleville-Mézières, a été fermé au public pendant plusieurs heures le 27 mai 2026. Un arrêté municipal en interdisait l’accès jusqu’à 20h. À l’intérieur, une équipe composée d’agents de la police judiciaire de Reims, d’un anthropologue judiciaire et de représentants des pompes funèbres a procédé à l’ouverture de trois tombes situées dans différentes allées du cimetière, selon L’Ardennais.
Les corps exhumés sont ceux de Xavier Sliman, décédé en 2019, et de ses deux parents. Des prélèvements ADN ont été réalisés directement sur place : les dépouilles n’ont pas été transportées. Les réinhumations ont eu lieu dans l’après-midi du même jour.
L’opération était supervisée par le procureur de la République de Reims et un juge d’instruction français, agissant à la demande de la justice belge - plus précisément du parquet fédéral et de la chambre des mises en accusation de Mons.
La piste française : les frères Sliman dans le viseur belge
Xavier et son frère Thierry Sliman, tous deux originaires de Charleville-Mézières, sont au cœur de la « piste française » explorée par la justice belge depuis plusieurs années. Ces deux figures du grand banditisme ardennais ont été rapprochés des tueries du Brabant notamment en raison de ressemblances avec des portraits-robots et d’éléments du dossier, selon France 3 Grand Est et la RTBF.
L’ancien gendarme belge retraité Jean-Pierre Adam travaille sur cette hypothèse depuis plus de vingt ans. Son travail parallèle a contribué à maintenir la piste ardennaise dans le champ des investigations belges.
Thierry Sliman, décédé en 2011, a été incinéré : aucun prélèvement n’était donc possible sur sa dépouille. Seul Xavier, mort en 2019, et leurs parents pouvaient être exhumés. Des repérages avaient déjà été effectués au cimetière du Grand-Rulut dès mars 2026, selon le site bendevannijvel.com, spécialisé dans le suivi de l’affaire.
Quarante ans d’enquête : rappel des faits
Les tueries du Brabant ont ensanglanté la Belgique entre 1982 et 1985. En deux vagues de violence - 1982-1983, puis l’automne 1985 - des commandos armés ont attaqué des supermarchés, des armureries et d’autres commerces, faisant 28 morts et plusieurs dizaines de blessés. Les auteurs n’ont jamais été formellement identifiés ni jugés.
L’enquête belge, l’une des plus longues de l’histoire judiciaire du pays, avait été officiellement close en juin 2024. Elle a été rouverte à la suite d’une ordonnance de la cour d’appel de Mons en décembre 2025, qui autorisait des devoirs d’enquête supplémentaires, dont ces exhumations.
Pour les familles des victimes belges, l’opération de Charleville-Mézières représente une étape judiciaire attendue depuis des décennies. Le Parisien cite l’expression « aboutissement d’un très long combat » pour qualifier ce moment.
Contexte dans les Ardennes
Charleville-Mézières, préfecture des Ardennes (08), est directement impliquée dans cette procédure transnationale en tant que lieu d’inhumation des suspects visés par la piste française. Le département des Ardennes, frontalier de la Belgique, entretient des liens historiques et géographiques étroits avec le territoire concerné par les tueries.
La coopération judiciaire franco-belge mobilisée ici - avec l’intervention du parquet de Reims répondant à une demande de Mons - illustre les mécanismes d’entraide internationale en matière pénale. Le préfet des Ardennes n’a pas fait de déclaration publique sur cette opération judiciaire, qui relève de l’autorité judiciaire et non préfectorale.
Dans le département, ce type d’affaire de grand banditisme transfrontalier reste rare. La coopération entre polices judiciaires de part et d’autre de la frontière est en revanche un outil régulièrement activé pour des dossiers criminels complexes.
Résultats attendus dans les prochaines semaines
Les échantillons prélevés le 27 mai doivent être transmis au parquet fédéral belge dans un délai d’une quinzaine de jours, selon RTL.be et la RTBF. Ils seront ensuite comparés aux traces biologiques conservées dans le dossier des tueries du Brabant.
Si une correspondance ADN est établie, cela constituerait la première identification formelle de membres du commando après plus de quarante ans d’enquête. Dans le cas contraire, la piste Sliman serait définitivement écartée.
La chambre des mises en accusation de Mons, qui a ordonné ces devoirs supplémentaires, décidera de la suite à donner au dossier à la lumière des résultats.
Sources
- L'Ardennais : Tueurs du Brabant : sous haute surveillance, trois tombes ouvertes à Charleville-Mézières
- France 3 Grand Est : Tueries du Brabant : trois corps exhumés à Charleville-Mézières, le dernier espoir pour clore une enquête de plus de 40 ans
- RTBF : Tueurs du Brabant – Trois corps exhumés à Charleville-Mézières pour des prélèvements
- RTL.be : Enquête sur les tueurs du Brabant : trois corps exhumés à Charleville-Mézières, qu'espère-t-on trouver ?