Affaire Lyhanna : Philippot dénonce les priorités de la justice dans le Gers
Le député relaye un témoignage d'agriculteur gersois 30 convocations pour des manifestations, zéro audition pour un suspect multi-signalé pour viols sur mineures.
Florian Philippot a publié le 5 juin 2026 un tweet ciblant les priorités judiciaires dans le Gers. Il relaie le témoignage d'un agriculteur local 30 agriculteurs auditionnés depuis février pour des manifestations, pendant que Jérôme Barella, mis en examen dans la disparition de Lyhanna, n'avait jamais été entendu sur les plaintes pour viols antérieures.
L’essentiel
- Disparition : Lyhanna, 11 ans, a disparu le 29 mai 2026 vers 15h à Fleurance (Gers), vue pour la dernière fois dans la voiture de Jérôme Barella, 41 ans.
- Corps retrouvé : Un corps portant des vêtements similaires à ceux de l’enfant a été découvert le 4 juin 2026 dans une exploitation agricole à environ 15 km de Fleurance, entre Mirepoix et Puycasquier ; autopsie en cours.
- Antécédents : Barella était visé par au moins trois procédures ou signalements pour violences sexuelles sur mineures, dont une plainte déposée le 22 août 2025 ; il n’avait jamais été auditionné sur ces faits au moment de la disparition de Lyhanna.
- Enquête administrative : Les ministres de l’Intérieur Laurent Nuñez et de la Justice ont annoncé le 3 juin 2026 une enquête conjointe IGJ + IGGN sur d’éventuels dysfonctionnements.
- Prise de position Philippot : Le 5 juin, Florian Philippot dénonce sur X : 30 agriculteurs convoqués pour des manifestations depuis février, 200 gendarmes mobilisés contre le Mercosur, « zéro pour ce violeur d’enfants ».
Le tweet de Philippot et le témoignage gersois
Le 5 juin 2026, Florian Philippot, député, publie sur X un message accompagné d’un témoignage vidéo d’un agriculteur du Gers. Le constat est arithmétique : depuis février 2026, trente agriculteurs du département auraient été auditionnés dans le cadre d’enquêtes liées aux manifestations agricoles. Un même agriculteur aurait été convoqué à quatre reprises. Dans le même temps, Jérôme Barella, principal suspect dans la disparition de Lyhanna, n’avait jamais été entendu sur les plaintes pour viols sur mineures qui le visaient depuis des années.
Philippot ajoute une comparaison sur les moyens : selon lui, 200 gendarmes auraient été déployés sur les routes pour contenir les manifestations liées au traité Mercosur, là où le dossier Barella n’aurait mobilisé aucune ressource équivalente avant la disparition de Lyhanna. Ces chiffres sont repris par Philippot depuis le témoignage de l’agriculteur ; ils n’ont pas été confirmés de manière indépendante à ce stade.
Ce qui s’est passé à Fleurance le 29 mai
Lyhanna, collégienne de 11 ans, disparaît le 29 mai 2026 vers 15 heures à Fleurance. Elle est vue pour la dernière fois à bord du véhicule de Jérôme Barella, 41 ans, domicilié à Montestruc-sur-Gers, père d’une de ses amies. Selon nos précédentes informations sur l’affaire, Barella est rapidement interpellé et placé en détention provisoire, mis en examen pour enlèvement et séquestration.
Le 4 juin, un corps d’enfant portant des vêtements décrits comme similaires à ceux que portait Lyhanna le jour de sa disparition est découvert dans une exploitation agricole située entre Mirepoix et Puycasquier, à environ quinze kilomètres de Fleurance. Une autopsie est en cours pour identification formelle, selon Le Monde et Ouest-France.
Un suspect aux antécédents connus des services
Le profil de Jérôme Barella est au cœur de la polémique. Selon Le Parisien et France 3, il était visé par au moins trois procédures ou signalements pour violences sexuelles sur mineures. Le premier remonte à 2017, sous forme d’un renseignement judiciaire, confirmé par la procureure d’Auch lors de sa conférence de presse du 3 juin 2026.
La procédure la plus récente avant la disparition de Lyhanna date du 22 août 2025 : une mère a déposé une plainte pour viols sur sa fille mineure. Ce dossier, transmis depuis Toulouse au parquet d’Auch en novembre 2025, puis à la gendarmerie en janvier 2026, était toujours en cours d’enquête. L’audition de Barella était prévue comme « dernier acte d’enquête », selon la procureure Clémence Meyer. Elle n’avait pas eu lieu au moment de la disparition de Lyhanna. Une quatrième plainte pour viol sur mineur a été reçue par le parquet d’Auch le 3 juin même, jour de la conférence de presse.
Ces délais - huit mois entre la plainte d’août 2025 et l’audition jamais réalisée - sont au centre des critiques. Le procureur adjoint de Meaux, Aurélien Martini, s’est dit « en colère » face à cette situation, selon nos informations.
La réaction du maire de Fleurance et l’enquête administrative
Grégory Bobbato, maire de Fleurance, n’a pas ménagé ses mots. Il a dénoncé publiquement un « dysfonctionnement profond de l’État, de la France » dans le traitement des plaintes antérieures visant le suspect, selon BFMTV. Sa commune de 6 200 habitants environ (données INSEE 2022-2023) se retrouve au centre d’une affaire à résonance nationale.
Les ministres de l’Intérieur Laurent Nuñez et de la Justice ont réagi le 3 juin 2026 en annonçant l’ouverture d’une enquête administrative conjointe, confiée à l’Inspection générale de la justice (IGJ) et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). L’objectif : établir s’il y a eu des dysfonctionnements dans le traitement des plaintes antérieures contre Barella, selon Brut et Le Parisien.
Contexte dans le Gers
Le Gers (32) est un département rural d’environ 195 000 habitants, à dominante agricole, où la gendarmerie nationale assure l’essentiel de la sécurité publique hors des principales villes. Fleurance, préfecture de l’arrondissement d’Auch, est une commune de taille modeste - environ 6 200 habitants selon l’INSEE - où ce type d’affaire est inédit à cette échelle.
Le département a été traversé, comme le reste de la France rurale, par les mobilisations agricoles de l’hiver 2025-2026, notamment autour des négociations du traité Mercosur. C’est précisément ce contexte que mobilise Philippot dans sa comparaison : les ressources judiciaires et les forces de l’ordre auraient été sollicitées en priorité pour les manifestations agricoles, au détriment du suivi des procédures pour violences sexuelles sur mineures. Cette grille de lecture est celle du député et de l’agriculteur qu’il relaie ; la gendarmerie et le parquet d’Auch n’ont pas commenté directement ces comparaisons à ce stade.
La procureure Clémence Meyer a expliqué le 3 juin, lors de sa conférence de presse retransmise par France 3, que les délais de transmission entre Toulouse et Auch, puis entre le parquet et les services de gendarmerie, avaient ralenti l’avancement du dossier. Elle n’a pas évoqué de lien avec d’autres enquêtes en cours dans le département.
Une instrumentalisation politique contestée dans son contexte
La prise de position de Philippot s’inscrit dans un registre récurrent chez l’élu : dénoncer ce qu’il présente comme des priorités inversées de l’État. Le témoignage de l’agriculteur gersois qu’il relaie est présenté comme local et spontané. Mais les chiffres avancés - 30 agriculteurs, 4 auditions pour un même individu, 200 gendarmes Mercosur - sont issus de ce seul témoignage et n’ont pas été vérifiés de manière indépendante.
Sur le fond, la réalité des délais judiciaires dans le dossier Barella est, elle, documentée et confirmée par la procureure elle-même. La découverte du corps à Puycasquier a durci le ton dans l’opinion locale et nationale, rendant la question des antécédents non traités encore plus prégnante.
La colère, elle, est réelle et plurielle : elle dépasse les clivages politiques habituels. Le maire de Fleurance, la procureure contrainte à une conférence de presse de justification, les ministres forcés d’ouvrir une enquête administrative en urgence - tous témoignent d’une situation qui a débordé le cadre strictement judiciaire pour devenir un fait politique départemental et national.
Des faits similaires de défaillances dans le suivi de signalements pour violences sur mineurs ont été documentés dans d’autres affaires en France, comme à Laval où une femme a été tuée par un ex-conjoint dont le profil était connu, alimentant le débat sur le suivi des personnes signalées.
Prochaine étape
L’identification formelle du corps retrouvé entre Mirepoix et Puycasquier reste suspendue aux résultats de l’autopsie, dont les conclusions n’avaient pas encore été rendues publiques au 5 juin 2026. L’enquête administrative IGJ/IGGN devra établir, dans un délai non précisé, si des manquements ont bien eu lieu dans la chaîne judiciaire entre le dépôt de la plainte d’août 2025 et la disparition de Lyhanna fin mai 2026.
Sources
- X / Florian Philippot : Tweet de Florian Philippot sur les priorités judiciaires dans le Gers
- France 3 Occitanie : Conférence de presse de la procureure d'Auch Clémence Meyer
- Le Parisien : Affaire Lyhanna : le profil du suspect déjà visé par une plainte pour viol
- Brut : Affaire Lyhanna : enquête administrative ouverte sur les dysfonctionnements
- Le Monde : Disparition de Lyhanna : un corps découvert dans une exploitation agricole du Gers
- BFMTV : Le maire de Fleurance dénonce un dysfonctionnement de l'État