Tunisie : coupures d’électricité face à une canicule historique

La STEG impose des délestages tournants alors que la demande bondit de 30% et que les températures dépassent 48°C dans plusieurs régions du pays

Tunisie : coupures d'électricité face à une canicule historique
Illustration Sami Gharbi / info.fr
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La Tunisie traverse une crise énergétique majeure depuis mi-juillet 2026. Une canicule exceptionnelle a fait exploser la consommation électrique, dépassant les capacités de production nationale. Pour éviter un black-out total, la société nationale STEG a instauré des coupures tournantes qui touchent tout le pays.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • La demande en électricité a bondi de 30% pour atteindre 5000 MW, dépassant la capacité de production de la STEG fixée à 4630 MW
  • Des températures record de 48°C dans l'intérieur et jusqu'à 49°C à Tozeur et Jendouba ont provoqué un usage massif de la climatisation
  • Une panne généralisée a touché des millions de foyers dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026, aggravée par un incident sur le réseau algérien
  • Les pertes économiques pourraient atteindre 50 millions de dinars selon l'économiste Hazem Krichen si les délestages se prolongent
  • Un prêt de 430 millions de dollars a été approuvé par le parlement pour renforcer les infrastructures de la STEG
5 faits vérifiés 4 sources mis à jour le 18 juillet à 08:10

Depuis dimanche 7 juillet, la Tunisie subit des coupures d’électricité tournantes qui affectent l’ensemble du territoire national. La Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) a mis en place ce dispositif de délestage pour éviter un effondrement complet du réseau électrique, sous tension face à une demande record provoquée par une vague de chaleur historique.

Les températures ont atteint des niveaux exceptionnels pour la saison, avec des pics à 48°C dans l’intérieur du pays et jusqu’à 49°C localement à Tozeur, selon les relevés météorologiques. Cette canicule a entraîné un recours massif à la climatisation dans les foyers et les entreprises tunisiennes.

Une demande qui dépasse les capacités de production

La consommation électrique a bondi de plus de 33% durant les heures de pointe, atteignant 5000 mégawatts (MW), selon les données rapportées par plusieurs médias tunisiens. Or, la capacité maximale de production de la STEG est estimée à 4630 MW, créant un déficit d’environ 400 MW que l’opérateur peine à combler.

Fayçal Trifa, président-directeur général de la STEG, a expliqué mercredi 17 juillet sur Radio Mosaïque que la demande excède les capacités depuis le week-end précédent. « Nous avons dû instaurer des coupures tournantes pour préserver la stabilité du réseau national et éviter un black-out généralisé », a-t-il déclaré.

La situation s’est aggravée dans la nuit du 14 au 15 juillet, lorsqu’une panne électrique majeure a plongé une grande partie du pays dans le noir. Des millions de foyers ont été touchés, notamment dans le Grand-Tunis, à Tataouine, Nabeul et Monastir. Selon Trifa, cette panne a été exacerbée par un incident technique survenu sur le réseau algérien interconnecté, qui limite désormais l’approvisionnement via les lignes transfrontalières.

Des coupures programmées à travers tout le pays

La STEG a annoncé des coupures d’électricité pour le 17 juillet entre 11h00 et 15h00, ainsi que d’autres plages horaires variables selon les régions. Ces délestages touchent de nombreux gouvernorats et toutes les catégories de clients, résidentiels comme industriels, à travers le territoire.

L’opérateur énergétique a toutefois indiqué prioriser les hôpitaux et les institutions vitales lors de ces délestages. Dans les quartiers résidentiels, les coupures sont conçues pour être courtes et alternées afin de répartir l’effort sur l’ensemble du réseau.

La coopération énergétique avec les pays voisins, notamment l’Algérie et la Libye, reste limitée en raison de leur propre forte demande durant cette période de chaleur extrême qui touche tout le Maghreb.

Un impact économique chiffré en dizaines de millions

Les conséquences économiques de cette crise énergétique sont considérables. L’économiste Hazem Krichen estime que les pertes pourraient atteindre 50 millions de dinars si les délestages se prolongent, chaque kilowattheure non distribué représentant une perte de 4 à 5 dinars pour l’économie nationale.

La Fédération Tunisienne du Textile et de l’Habillement (FTTH) a signalé un ralentissement de l’activité du secteur, l’un des piliers de l’industrie tunisienne orientée vers l’exportation. Les perturbations électriques pourraient se poursuivre jusqu’au 22 juillet, selon les prévisions de la STEG, compromettant la production de nombreuses entreprises.

Les commerces, restaurants et services dépendants d’une alimentation électrique stable subissent également les contrecoups de ces coupures répétées, particulièrement pénalisantes en pleine saison touristique estivale.

Appel à la sobriété énergétique

Face à cette situation critique, la STEG exhorte les citoyens tunisiens à rationaliser leur consommation d’électricité, en particulier durant les heures de pointe entre 13h et 17h. L’opérateur demande aux ménages de limiter l’usage de la climatisation, d’éteindre les appareils non essentiels et de décaler certaines consommations aux heures creuses.

Ces mesures de sobriété volontaire visent à réduire la pression sur un réseau déjà au bord de la saturation et à limiter la fréquence des délestages programmés.

Des faiblesses structurelles mises à nu

Cette crise révèle les vulnérabilités du système électrique tunisien face à des épisodes climatiques extrêmes. Le réseau national, dimensionné pour une demande moyenne inférieure, peine à absorber les pics de consommation estivaux qui tendent à s’intensifier avec le réchauffement climatique.

Le parlement tunisien a récemment approuvé un prêt de 430 millions de dollars destiné à renforcer les capacités de la STEG et moderniser les infrastructures énergétiques du pays. Ces investissements visent à augmenter la capacité de production et à améliorer la résilience du réseau face aux chocs climatiques.

Toutefois, ces projets de renforcement ne produiront leurs effets qu’à moyen terme, laissant le pays vulnérable aux crises énergétiques immédiates lors des vagues de chaleur estivales.

Contexte en Tunisie

La Tunisie, pays de 12 millions d’habitants situé au Maghreb, dispose d’un secteur énergétique dominé par la STEG, entreprise publique créée en 1962 qui détient le monopole de la production, du transport et de la distribution d’électricité et de gaz sur le territoire national.

Le pays importe une partie de son électricité via des interconnexions avec l’Algérie et la Libye, complétant sa production nationale essentiellement basée sur des centrales thermiques alimentées au gaz naturel. Les énergies renouvelables restent marginales dans le mix énergétique tunisien, malgré un potentiel solaire et éolien important.

La Tunisie connaît régulièrement des tensions sur son réseau électrique durant l’été, mais la canicule de juillet 2026 représente un stress test sans précédent pour le système, révélant la nécessité d’accélérer la transition énergétique et de diversifier les sources de production.

Une situation sous surveillance

Les autorités tunisiennes surveillent étroitement l’évolution de la situation météorologique. La STEG a indiqué que les délestages pourraient se poursuivre tant que persisteront les températures extrêmes et la forte demande en climatisation.

Le gouvernement tunisien n’a pas encore annoncé de mesures d’urgence supplémentaires au-delà de l’appel à la sobriété énergétique. La capacité du pays à traverser cette crise sans black-out généralisé dépendra de l’évolution du mercure dans les jours à venir et de la discipline collective des citoyens et entreprises tunisiennes face aux consignes de réduction de consommation.

Sami
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Sources

Sami Gharbi

Sami Gharbi

Sami Gharbi est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Tunis. basé sur place, Il couvre l'actualité de la Tunisie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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