Tunisie : Elyes Chaouachi condamné à 95 ans de prison, la France s’alarme
Le CRLDHT dénonce une répression des familles d'opposants. Le militant, réfugié en France, est poursuivi pour avoir défendu son père détenu depuis 2023.
Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie a dénoncé le 9 juillet la condamnation d'Elyes Chaouachi à une peine cumulée de 95 ans et 8 mois de prison. Ce militant tunisien réfugié en France est poursuivi pour ses publications et la défense de son père, Ghazi Chaouachi, opposant détenu depuis février 2023.
L’essentiel
- 95 ans et 8 mois : peine cumulée prononcée contre Elyes Chaouachi, dont 15 ans ajoutés le 3 juillet 2026
- Février 2023 : date de l’arrestation de Ghazi Chaouachi, père d’Elyes, dans l’affaire du « complot contre la sûreté de l’État »
- Juillet 2021 : début des pouvoirs extraordinaires du président Kais Saied en Tunisie
- 8 juillet 2026 : clôture de la 62e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sans résolution sur la Tunisie
Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), une ONG basée en France, a vivement condamné le 9 juillet la sentence de 95 ans et 8 mois de prison contre Elyes Chaouachi. Cette peine, qualifiée de « près d’un siècle » par l’organisation, fait suite à une nouvelle condamnation de 15 ans prononcée le 3 juillet par la justice tunisienne.
Un militant poursuivi pour ses publications
Elyes Chaouachi, qui réside en France, est poursuivi pour ses prises de position, ses publications sur les réseaux sociaux et son engagement politique, selon le communiqué du CRLDHT publié le 7 juillet. Le dossier principal concerne sa défense des prisonniers politiques, notamment son père Ghazi Chaouachi, opposant de premier plan arrêté en février 2023 dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État ».
Le CRLDHT souligne qu’aucun acte de violence ou de terrorisme n’est reproché à Elyes Chaouachi. L’organisation dénonce l’instrumentalisation de la législation antiterroriste contre un militant pacifique et considère cette condamnation comme une répression des familles d’opposants. En mai 2026, il avait déjà été condamné à 5 ans de prison pour « outrage au président de la République », selon Business News.
La Ligue tunisienne des droits de l’Homme monte au créneau
La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a également dénoncé ces peines le 4 juillet, exprimant des inquiétudes sur les garanties de procès équitable et l’instrumentalisation de la justice. L’organisation pointe du doigt un usage détourné des tribunaux pour museler les voix critiques.
Le cas d’Elyes Chaouachi n’est pas isolé. D’autres familles de prisonniers politiques, comme Ramla Dahmani et Dalila Msaddek, font face à des poursuites similaires, selon le CRLDHT. Le 26 juin dernier, Sihem Bensedrine, ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité, a été condamnée à 25 ans de prison.
Une répression documentée par l’ONU et les ONG
Cette série de condamnations s’inscrit dans un contexte de détérioration de la situation des droits humains en Tunisie, cinq ans après que le président Kais Saied a assumé des pouvoirs extraordinaires en juillet 2021. Des experts de l’ONU et Human Rights Watch ont alerté les 8 et 9 juillet sur la répression croissante, selon Channel Africa et Africanews.
La 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies s’est achevée le 8 juillet sans résolution spécifique sur la Tunisie, malgré ces alertes répétées. L’absence de mesure concrète de la communauté internationale suscite l’inquiétude des défenseurs des droits humains.
Contexte en Tunisie
La Tunisie, berceau des printemps arabes en 2011, a connu un tournant autoritaire depuis juillet 2021. Le président Kais Saied a suspendu le Parlement, limogé le Premier ministre et concentré les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Depuis, les arrestations d’opposants politiques, de journalistes et de militants se sont multipliées.
L’affaire du « complot contre la sûreté de l’État », dans laquelle Ghazi Chaouachi est détenu depuis février 2023, vise plusieurs figures de l’opposition. Les autorités tunisiennes invoquent la défense de la sécurité nationale, tandis que les ONG y voient un prétexte pour réduire au silence toute contestation.
Le CRLDHT, basé en France, continuera de suivre le dossier d’Elyes Chaouachi et des autres prisonniers politiques tunisiens. L’organisation appelle la communauté internationale à réagir face à ce qu’elle qualifie de dérive autoritaire.