Angoulême : une policière adjointe écrouée pour corruption passive dans des délits routiers

Marie Gallois, du commissariat d'Angoulême, est en détention provisoire depuis le 30 avril après son interpellation par l'IGPN.

Angoulême : une policière adjointe écrouée pour corruption passive dans des délits routiers
Illustration Mathilde Delpech / info.fr

Une policière adjointe du commissariat d'Angoulême a été mise en examen et écrouée fin avril 2026 pour corruption passive et détournement de données. Soupçonnée d'avoir vendu des informations confidentielles et monnayé des services à des délinquants routiers, elle est placée en détention provisoire. L'affaire s'ajoute à une série de scandales qui fragilisent le commissariat charentais.

Marie Gallois, policière adjointe au commissariat d’Angoulême, a été interpellée le 27 avril 2026 par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Trois jours plus tard, le 30 avril, elle était placée en détention provisoire dans une prison de la région Nouvelle-Aquitaine. Le procureur de la République d’Angoulême, Benoît Bernard, a confirmé les charges retenues et l’ouverture d’une information judiciaire.

L’essentiel

  • Interpellation : Marie Gallois, policière adjointe au commissariat d’Angoulême, a été arrêtée par l’IGPN le 27 avril 2026.
  • Mise en examen : Deux chefs retenus - détournement de la finalité d’un traitement de données (système SIV) et corruption passive par acceptation d’avantages par une personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Détention provisoire : Écrouée le 30 avril 2026 dans une prison de la région Nouvelle-Aquitaine.
  • Enquête en cours : Un juge d’instruction mène les investigations ; aucun bénéficiaire n’a été interpellé à ce stade, selon le procureur Benoît Bernard.
  • Contexte : Troisième affaire majeure impliquant des agents du commissariat d’Angoulême depuis octobre 2025.

Des informations confidentielles monnayées dans le milieu nocturne

Selon le Charente Libre et Le Figaro, Marie Gallois est soupçonnée d’avoir vendu des informations sur des procédures judiciaires en cours à des tiers impliqués dans des délits routiers. Elle aurait également proposé des services concrets : des levées d’immobilisation de véhicules, obtenues grâce à son accès aux systèmes internes de la police.

Ces transactions auraient eu lieu dans le milieu nocturne angoulemois, avec des personnes rencontrées dans ce cadre. Les chefs de mise en examen visent précisément l’exploitation du système d’immatriculation des véhicules (SIV), un fichier administratif dont l’usage est strictement encadré.

Le procureur Benoît Bernard a indiqué que les investigations se poursuivent, confiées à un juge d’instruction. À ce stade, aucun des bénéficiaires présumés des informations ou services n’a été interpellé, selon 20 Minutes et le Charente Libre.

L’IGPN au cœur du dispositif

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L’interpellation a été conduite par l’IGPN, la police des polices, après une enquête préliminaire dont la durée n’a pas été précisée par le parquet. Le recours à l’IGPN signale que l’affaire a été identifiée en interne ou signalée par des collègues : les modalités exactes du déclenchement de l’enquête n’ont pas été communiquées à ce stade.

La mise en examen pour corruption passive vise une personne « dépositaire de l’autorité publique », qualification aggravante qui s’applique aux agents de la force publique en exercice. Le délit de détournement de la finalité d’un traitement de données personnelles, lui, concerne l’utilisation du SIV à des fins étrangères à la mission de police.

Un commissariat sous pression depuis l’automne 2025

Cette affaire n’est pas isolée. Le commissariat d’Angoulême traverse une période particulièrement trouble, rapporte le Charente Libre, qui évoque colère et traumatisme parmi les fonctionnaires.

En janvier 2026, un policier de 45 ans en poste à Angoulême a reconnu le viol d’une adolescente de 17 ans commis début 2025, ainsi que cinq tentatives d’enlèvement entre novembre 2025 et janvier 2026, selon Le Monde et 20 Minutes. Un dossier aux implications graves pour l’institution.

En avril 2026, un autre policier du commissariat, âgé de 49 ans, a été poursuivi pour harcèlement sexuel sur des femmes venues déposer plainte. Le procès a été renvoyé, selon le Charente Libre seul à rapporter ce fait.

Plus tôt, en octobre 2025, quatre surveillants de la prison d’Angoulême - un établissement distinct - avaient été mis en examen pour corruption passive et trafic de stupéfiants, introduisant téléphones et drogue contre rémunération, selon France 3 Nouvelle-Aquitaine et Le Figaro.

Contexte dans la Charente

Angoulême est le chef-lieu de la Charente (département 16), avec environ 41 000 habitants en ville et près de 110 000 pour l’agglomération. Le commissariat y est le principal service de police du département.

Sur le plan des délits routiers, l’INSEE relève que la Charente affichait un taux de 16,2 délits routiers pour 1 000 habitants entre 2016 et 2019, un niveau supérieur à la moyenne nationale. Ce contexte donne une indication sur le volume de procédures traitées localement - et donc sur l’exposition potentielle aux risques de corruption dans ce domaine.

La multiplication des affaires disciplinaires et judiciaires au commissariat d’Angoulême intervient dans un département où les questions de confiance dans les institutions judiciaires sont particulièrement sensibles. Le procureur Bernard n’a pas commenté l’impact de cette accumulation sur le moral des effectifs ni sur le fonctionnement du service.

La direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de la Charente n’a pas communiqué publiquement sur le dossier à ce stade.

Charges et qualifications : ce que risque la prévenue

La corruption passive par une personne dépositaire de l’autorité publique est punie de dix ans d’emprisonnement et un million d’euros d’amende, selon le code pénal. La mise en examen n’est pas une condamnation : elle signifie que le juge d’instruction estime qu’il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable la participation de la mise en cause aux faits.

Le détournement de la finalité d’un traitement de données personnelles constitue un délit distinct, prévu par la loi Informatique et Libertés et le code pénal. L’utilisation du SIV - système national d’immatriculation - à des fins personnelles ou lucratives constitue une violation directe du secret professionnel et des règles d’accès aux fichiers policiers.

Aucune date d’audience n’a été annoncée. L’instruction judiciaire est en cours.

Les bénéficiaires restent non identifiés publiquement

Le procureur Benoît Bernard a précisé qu’aucun des tiers ayant bénéficié des informations ou des services monnayés n’a été interpellé à ce jour. L’enquête cherche à établir l’identité et le nombre de ces personnes, leur degré d’implication, et les contreparties versées.

La nature exacte des avantages reçus par Marie Gallois - argent, services, autre - n’a pas été détaillée par le parquet. Le Charente Libre et Sud Ouest indiquent que les faits présumés se situent dans un milieu nocturne local, sans préciser davantage le cadre.

Les investigations du juge d’instruction se poursuivent. Une convocation ou des interpellations supplémentaires restent possibles dans les semaines à venir, sans calendrier précis communiqué par le parquet d’Angoulême.

Sources

Mathilde Delpech

Mathilde Delpech

Mathilde est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Charente (16), avec Angoulême pour chef-lieu. Spécialité du département : Festival BD Angouleme et capitale mondiale du cognac. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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