Tunisie : l’état d’urgence prolongé jusqu’à fin 2026, répression dénoncée

Le régime d'exception, en place depuis 2015, est maintenu sur l'ensemble du territoire. Human Rights Watch alerte sur une intensification de la répression contre opposants et militants.

Tunisie : l'état d'urgence prolongé jusqu'à fin 2026, répression dénoncée
Illustration Sami Gharbi / info.fr
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La Tunisie a officiellement prolongé l'état d'urgence national jusqu'au 31 décembre 2026, pérennisant un dispositif sécuritaire en vigueur quasi sans interruption depuis novembre 2015. Cette décision intervient dans un contexte de forte dégradation des libertés civiles, dénoncée en juillet par Human Rights Watch.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Le décret n°15 du 30 janvier 2026 prolonge l'état d'urgence tunisien jusqu'au 31 décembre 2026.
  • Ce régime d'exception est en vigueur quasi sans interruption depuis l'attentat du 24 novembre 2015.
  • Le 8 juillet 2026, 21 personnes dont des dirigeants d'Ennahda ont été condamnées à 12 à 35 ans de prison.
  • Sihem Bensedrine a été condamnée le 26 juin à 25 ans de prison, Saadia Mosbah à huit ans en juin.
  • Human Rights Watch critique le 16 juillet l'accord migratoire UE-Tunisie pour son silence sur les droits humains.
5 faits vérifiés 3 sources mis à jour le 25 juillet à 14:10

Le décret n°15 du 30 janvier 2026, publié au Journal officiel de la République tunisienne, acte la prolongation de l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire jusqu’au 31 décembre 2026. Ce régime d’exception, instauré au lendemain de l’attentat contre la garde présidentielle le 24 novembre 2015, se perpétue depuis plus de dix ans, renouvelé à intervalles réguliers par les autorités tunisiennes.

Un dispositif sécuritaire devenu permanent

L’état d’urgence confère aux forces de sécurité des prérogatives élargies : couvre-feux localisés, perquisitions sans mandat judiciaire, restrictions sur les rassemblements publics. Selon Africanews, ce cadre juridique exceptionnel n’a été levé que brièvement depuis son instauration, devenant de facto un outil de gouvernance ordinaire.

La mesure initiale visait à répondre aux menaces terroristes après une série d’attentats meurtriers entre 2015 et 2016. Mais son maintien ininterrompu soulève aujourd’hui des interrogations sur sa proportionnalité et son utilisation comme instrument de contrôle politique, dans un pays où le président Kaïs Saïed a concentré les pouvoirs depuis juillet 2021.

Condamnations lourdes contre des figures de la société civile

En juillet 2026, Human Rights Watch a publié un rapport accablant sur la situation des droits humains en Tunisie. L’organisation documente une intensification de la répression visant opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits. Le 8 juillet, un tribunal de Tunis a condamné 21 personnes, dont plusieurs dirigeants du parti Ennahda, à des peines allant de 12 à 35 ans de prison.

Sihem Bensedrine, ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité chargée d’examiner les crimes de l’ère Ben Ali, a été condamnée le 26 juin à 25 ans de prison. Saadia Mosbah, présidente de l’association Mnemty qui défend les victimes de violations des droits humains, a écopé en juin de huit ans de prison. Ces condamnations, prononcées dans un contexte de procès expéditifs et de restrictions d’accès aux avocats selon Human Rights Watch, illustrent le rétrécissement de l’espace civique tunisien.

L’Union européenne pointée du doigt

Le 16 juillet 2026, Human Rights Watch a directement critiqué l’accord migratoire conclu entre l’Union européenne et la Tunisie. L’organisation reproche à Bruxelles de fermer les yeux sur l’érosion de l’État de droit en Tunisie, au nom de la coopération sur le contrôle des flux migratoires en Méditerranée. Cet accord, qui prévoit un soutien financier et logistique aux autorités tunisiennes pour intercepter les départs de migrants, est dénoncé par plusieurs ONG comme un blanc-seing donné à un régime de plus en plus autoritaire.

Pour Paris et les capitales européennes, la Tunisie reste un partenaire stratégique sur les questions migratoires et sécuritaires. Mais cette relation est de plus en plus contestée par les défenseurs des droits humains, qui alertent sur le harcèlement systématique des opposants politiques et la multiplication des procès à caractère politique. Les questions migratoires et sécuritaires continuent de structurer les relations entre l’UE et ses voisins méditerranéens, parfois au détriment d’autres considérations.

Contexte tunisien : dix ans après le printemps arabe

La Tunisie, berceau des révoltes arabes de 2011, était longtemps considérée comme le seul succès démocratique de la région. Mais depuis la suspension du Parlement et la concentration des pouvoirs par le président Saïed en juillet 2021, le pays a basculé vers un régime présidentiel autoritaire. La nouvelle Constitution adoptée en 2022 a affaibli les contre-pouvoirs, réduisant le Parlement à un rôle consultatif.

L’économie tunisienne reste fragile, marquée par un taux de chômage élevé, des pénuries récurrentes de produits de base et une dette publique supérieure à 80 % du PIB. Le FMI conditionne son aide à des réformes structurelles contestées par une partie de la population. Dans ce contexte, le maintien de l’état d’urgence apparaît comme un outil permettant de contenir toute contestation sociale.

Réactions internationales mesurées

Si Human Rights Watch et Amnesty International multiplient les rapports critiques, les réactions diplomatiques officielles restent prudentes. Les états d’urgence sont des dispositifs juridiques encadrés par le droit international, mais leur usage prolongé sans justification proportionnée peut constituer une violation des engagements internationaux d’un État.

La France, qui compte une importante diaspora tunisienne, maintient un dialogue politique avec Tunis tout en exprimant occasionnellement des préoccupations sur les droits humains. Mais l’impératif de stabilité régionale et de coopération sécuritaire tempère les prises de position publiques. Aucune sanction ou mesure contraignante n’a été envisagée par l’UE à ce stade.

Prochaine étape : reconduction attendue en 2027

Sauf revirement politique majeur, une nouvelle prolongation de l’état d’urgence est attendue au début de l’année 2027. Le dispositif, initialement conçu comme temporaire, s’est installé dans la durée sans calendrier de sortie annoncé par les autorités tunisiennes. Les organisations de défense des droits humains appellent à une levée immédiate et au retour à un cadre juridique ordinaire garantissant les libertés fondamentales.

Sami
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Sources

Sami Gharbi

Sami Gharbi

Sami Gharbi est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Tunis. basé sur place, Il couvre l'actualité de la Tunisie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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