Ukraine : Paris accorde des licences d’armement et promet des Rafale
Emmanuel Macron a annoncé le 13 juillet 2026 l'octroi de licences de production de missiles à Kiev et la livraison de chasseurs Rafale pour 2028-2029, provoquant la colère de Moscou.
Le président français a dévoilé un transfert de technologie militaire sans précédent lors du sommet de la Coalition des volontaires réunie à Paris. L'Ukraine pourra produire localement des missiles Aster-30, des bombes guidées AASM Hammer et des missiles de croisière SCALP. Dmitri Peskov a dénoncé une « coalition de va-t-en-guerre ».
L’essentiel
- 13 juillet 2026 : Emmanuel Macron annonce l’octroi de licences de production à l’Ukraine pour des missiles Aster-30, AASM Hammer et SCALP
- 2028-2029 : période de livraison programmée des avions de chasse Dassault Rafale à l’Ukraine
- 37 pays : nombre de participants à la Coalition des volontaires réunie à Paris le 13 juillet 2026
- 36 milliards d’euros : budget militaire français supplémentaire annoncé pour la période 2026-2030
Un transfert de technologie militaire majeur
Le 13 juillet 2026, Emmanuel Macron a franchi un cap dans le soutien militaire à l’Ukraine. Lors du sommet de la Coalition des volontaires réunissant 37 pays à Paris, le président français a annoncé l’attribution à Kiev de licences industrielles permettant la production locale de missiles de défense antiaérienne Aster-30 destinés aux systèmes sol-air SAMP/T, de bombes guidées AASM Hammer et de missiles de croisière SCALP, selon l’Élysée.
Ces licences représentent un tournant stratégique : l’Ukraine ne sera plus uniquement destinataire d’armements français mais pourra les fabriquer sur son territoire. La production locale réduit les délais d’approvisionnement et les vulnérabilités logistiques liées aux livraisons depuis l’étranger.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a participé en personne au sommet d’Ankara, selon l’OTAN. Sa présence souligne la dimension transatlantique de cette coalition face à l’agression russe débutée en février 2022.
Des Rafale pour 2028-2029
Au-delà des licences de production, Emmanuel Macron a confirmé la livraison d’avions de chasse Dassault Rafale à l’Ukraine sur la période 2028-2029, selon le média ukrainien Hromadske. L’annonce ne précise ni le nombre d’appareils ni les modalités de formation des pilotes ukrainiens, un processus qui nécessite généralement plusieurs mois.
Le Rafale, avion multirôle de 4ᵉ génération, équipe actuellement l’armée de l’Air et de l’Espace française ainsi que plusieurs forces aériennes étrangères (Égypte, Inde, Qatar, Grèce, Croatie, Émirats arabes unis, Indonésie). Son transfert à Kiev marquerait une première pour un pays en conflit actif avec une puissance disposant de moyens antiaériens avancés.
Le délai de deux à trois ans laisse le temps nécessaire à la formation des équipages et à l’adaptation de la logistique ukrainienne. Les SCALP, missiles de croisière air-sol à longue portée, pourront être emportés par ces appareils une fois livrés.
La réaction du Kremlin
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réagi avec véhémence selon l’AFP. Il a qualifié la Coalition des volontaires de « coalition de va-t-en-guerre » et accusé Paris de vouloir « infliger une défaite stratégique à la Russie ». Moscou considère tout renforcement militaire de l’Ukraine comme une escalade et une menace directe à ses intérêts.
Le ton employé par le porte-parole présidentiel russe traduit l’inquiétude du Kremlin face à la montée en puissance de l’arsenal ukrainien. Les missiles SCALP, déjà livrés en nombre limité depuis 2023, ont démontré leur efficacité contre des infrastructures militaires russes situées en profondeur, notamment en Crimée occupée.
La production locale de ces armements sur le sol ukrainien complique la stratégie russe visant à détruire les capacités industrielles de défense de Kiev par des frappes de missiles et de drones. Les usines ukrainiennes, dispersées et fortifiées, deviennent des cibles moins accessibles que les convois d’approvisionnement terrestres.
Un budget militaire français en hausse de 36 milliards
Le même jour, lors du traditionnel discours aux armées prononcé à l’hôtel de Brienne à Paris, Emmanuel Macron a dévoilé un effort budgétaire supplémentaire de 36 milliards d’euros pour la défense française sur la période 2026-2030, selon le ministère des Armées. Ce montant s’ajoute à la loi de programmation militaire en cours.
Ce budget servira en priorité à reconstituer les stocks de munitions français, entamés par les livraisons à l’Ukraine, et à renforcer la dissuasion nucléaire française. Le président a déclaré que la France et l’Europe défendraient la liberté « au prix du sang s’il le faut », selon le ministère des Armées.
La formule marque une rupture de ton. Depuis février 2022, Emmanuel Macron avait privilégié une posture d’équilibre entre fermeté envers Moscou et maintien d’un canal de dialogue. Le discours du 13 juillet 2026 assume une ligne plus tranchée, alignée sur celle des pays d’Europe centrale et orientale.
Contexte en Russie
Vu de Moscou, ces annonces françaises interviennent dans un contexte de guerre d’usure en Ukraine. Après plus de quatre ans de conflit, l’armée russe contrôle environ 18 % du territoire ukrainien, incluant la Crimée annexée en 2014 et des portions des oblasts de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson.
Le Kremlin mise sur la lassitude occidentale et la capacité de l’économie russe à tenir malgré les sanctions. L’annonce de transferts technologiques français contrecarre cette stratégie en pérennisant les capacités militaires ukrainiennes au-delà des seules livraisons d’armes finies.
Les médias russes contrôlés par l’État ont relayé les déclarations de Dmitri Peskov en insistant sur le caractère « belliciste » de la France. Aucune annonce de représailles spécifiques n’a été formulée à ce stade, mais le ton des commentaires officiels laisse présager un durcissement diplomatique.
Les enjeux industriels du transfert de licences
L’octroi de licences de production à un pays tiers est rare dans l’industrie de défense française, traditionnellement jalouse de ses savoir-faire. Les missiles Aster-30, conçus par MBDA (co-entreprise européenne Airbus, BAE Systems et Leonardo), équipent les systèmes sol-air moyenne portée SAMP/T déployés par la France et l’Italie.
Le transfert suppose l’installation en Ukraine de chaînes d’assemblage, la formation de techniciens et l’approvisionnement en composants critiques. Certains éléments, comme les systèmes de guidage ou les charges militaires, pourraient rester fabriqués en France puis exportés, tandis que d’autres étapes seraient localisées.
Les bombes AASM Hammer, produites par Safran, transforment des bombes non guidées en munitions de précision. Leur fabrication locale permettrait à l’Ukraine de maintenir un rythme de frappes élevé sans dépendre des stocks français.
Pour la France, ce transfert de technologie ouvre un précédent. Il pourrait faciliter de futurs accords similaires avec d’autres pays européens souhaitant renforcer leur autonomie stratégique face à la Russie.
Prochaines étapes
Les détails techniques et financiers de l’accord de licences n’ont pas été rendus publics. Les délais de mise en production dépendront de l’état des infrastructures industrielles ukrainiennes et de la capacité des autorités de Kiev à sécuriser les sites de fabrication contre les frappes russes.
La livraison des Rafale en 2028-2029 laisse deux à trois ans pour structurer la formation des pilotes, probablement en France ou dans un pays allié disposant d’infrastructures adaptées. L’intégration de ces appareils dans la doctrine aérienne ukrainienne, actuellement basée sur des avions soviétiques et quelques F-16 livrés par les Pays-Bas et le Danemark, représente un défi logistique et opérationnel majeur.
- 13 juillet 2026 : « Les bombes AASM Hammer, également produites par MBDA, transforment des » corrigé en « Les bombes AASM Hammer, produites par Safran, transforment des bombes », à la suite du signalement d'un lecteur.
Sources
- Compte officiel Emmanuel Macron : Annonce du président Emmanuel Macron sur les licences de production et les Rafale
- Présidence de la République française : Sommet de la Coalition des volontaires pour l'Ukraine
- Hromadske : Livraison programmée de Rafale à l'Ukraine
- Ministère des Armées : Discours du président aux armées et budget militaire 2026-2030