Ukraine-Russie : frappes croisées meurtrières sur les arrières
Des attaques de drones ukrainiens visent Saint-Pétersbourg et la Crimée, tandis que les bombardements russes font des victimes civiles en Ukraine
Les 23 et 24 juillet 2026, l'Ukraine et la Russie ont intensifié leurs frappes sur les zones stratégiques de l'adversaire. Kiev a ciblé des entrepôts logistiques à Saint-Pétersbourg, Tver et en Crimée, provoquant incendies et perturbations aériennes. Côté russe, les bombardements continuent de tuer des civils ukrainiens, dont une fillette de deux ans.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Des drones ukrainiens ont frappé dans la nuit du 23 au 24 juillet 2026 des entrepôts Wildberries à Saint-Pétersbourg, Tver et en Crimée, provoquant des incendies majeurs et le retard d'une cinquantaine de vols à l'aéroport de Poulkovo.
- Le 23 juillet 2026, des frappes ukrainiennes sur Voronej et la Crimée ont tué quatre personnes, dont un enfant de trois ans, selon Al Jazeera.
- Les bombardements russes du 24 juillet 2026 ont fait cinq morts et 47 blessés en Ukraine, dont une fillette de deux ans tuée à Pavlohrad le 23 juillet, rapporte le Kyiv Independent.
- La Russie affirme avoir abattu 59 drones ukrainiens au-dessus de la région de Leningrad, après en avoir intercepté 223 la veille, selon The Moscow Times.
- Selon les chiffres ukrainiens, la Russie aurait perdu 1 434 690 soldats depuis le début de l'invasion, un bilan cité par le Kyiv Independent.
Dans la nuit du 23 au 24 juillet 2026, des essaims de drones ukrainiens ont frappé simultanément trois sites russes distants de centaines de kilomètres : Saint-Pétersbourg, Tver et la Crimée occupée. Cibles communes : des entrepôts du géant russe de l’e-commerce Wildberries, utilisés selon Kiev pour des opérations logistiques militaires. Les images diffusées par les médias russes montrent des flammes dévorant des hangars, tandis que l’aéroport de Poulkovo, près de Saint-Pétersbourg, a suspendu ses vols.
Ces attaques marquent une escalade dans la stratégie ukrainienne de frappe en profondeur sur le territoire russe. Selon le Kyiv Independent, Kiev vise désormais délibérément les infrastructures logistiques pour affaiblir l’effort de guerre adverse. La veille, le 23 juillet, des frappes russes sur l’Ukraine avaient déjà tué quatre personnes, dont un enfant, rapporte Al Jazeera.
Saint-Pétersbourg touché, la Russie mobilise sa défense antiaérienne
L’attaque contre Saint-Pétersbourg, deuxième ville de Russie et symbole historique, représente une audace tactique rare. La Russie affirme avoir abattu 59 drones au-dessus de la région de Leningrad dans la nuit, après en avoir intercepté 571 sur l’ensemble du territoire russe selon le ministère russe de la Défense. Mais plusieurs engins ont atteint leurs objectifs, déclenchant des incendies massifs dans les entrepôts de Tver et de Saint-Pétersbourg.
Les autorités russes n’ont pas confirmé l’usage militaire de ces sites Wildberries, mais des analystes occidentaux relèvent depuis des mois des flux logistiques suspects entre ces plateformes et des bases arrière de l’armée russe. L’entreprise, leader du e-commerce en Russie, dispose d’un réseau d’entrepôts couvrant tout le pays, certains situés près de nœuds ferroviaires stratégiques.
Représailles russes : cinq morts en Ukraine le 24 juillet
En réponse, les forces russes ont intensifié leurs bombardements sur le territoire ukrainien. Le 24 juillet, cinq personnes ont été tuées et 47 blessées à travers l’Ukraine, selon le Kyiv Independent le 23 juillet. La ville de Pavlohrad, dans l’oblast de Dnipropetrovsk, a notamment été frappée le 23 juillet : trois civils sont morts, dont une fillette de deux ans, rapporte The Kyiv Independent.
Ces frappes russes visent principalement des zones résidentielles et des infrastructures civiles, loin des lignes de front. Kiev dénonce une stratégie de terreur visant à briser le moral de la population. Depuis le début de l’invasion russe, les bilans civils ukrainiens ne cessent de s’alourdir, tandis que le front terrestre reste largement figé dans l’est et le sud du pays.
Une guerre d’usure par les infrastructures
L’offensive ukrainienne sur les arrières russes s’inscrit dans une logique d’attrition : paralyser l’économie et la logistique adverses pour compenser l’infériorité numérique de Kiev sur le terrain. Les drones de longue portée, produits localement ou fournis par les alliés occidentaux, permettent à l’Ukraine de frapper loin sans mobiliser son aviation de chasse, trop vulnérable à la défense antiaérienne russe.
Côté russe, les pertes humaines continuent de grimper. Selon les chiffres ukrainiens, la Russie aurait perdu 1 436 100 soldats depuis le début de l’invasion, un bilan non vérifiable indépendamment mais régulièrement cité par le Kyiv Independent. Moscou ne publie plus de bilans officiels depuis 2022.
Le rôle stratégique de la Crimée
La péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014, reste un objectif prioritaire pour Kiev. Les entrepôts visés par les drones ukrainiens le 24 juillet servaient probablement de bases arrière pour ravitailler les troupes russes déployées dans le sud de l’Ukraine. La Crimée abrite également la flotte russe de la mer Noire, régulièrement prise pour cible par des missiles et des drones maritimes ukrainiens.
En frappant simultanément la Crimée, Tver et Saint-Pétersbourg, Kiev démontre une capacité de coordination opérationnelle sophistiquée. Cette dispersion géographique des cibles oblige la Russie à étirer ses défenses antiaériennes, réduisant l’efficacité globale de son système de protection.
Contexte international : une guerre qui s’éternise
Depuis le déclenchement de l’invasion russe en février 2022, le conflit est entré dans une phase d’enlisement. Les offensives ukrainiennes de 2023 et 2024 n’ont pas permis de reconquête territoriale majeure, tandis que les assauts russes dans le Donbass progressent lentement au prix de pertes humaines massives.
Les frappes de drones deviennent ainsi le principal levier dont dispose Kiev pour maintenir la pression sur Moscou. Mais cette stratégie comporte des risques : chaque attaque sur le sol russe peut servir de prétexte au Kremlin pour justifier une escalade supplémentaire, notamment l’usage d’armements plus destructeurs ou l’élargissement des objectifs militaires.
Pour la France et ses alliés européens, ces développements confirment la nécessité d’un soutien militaire continu à l’Ukraine, tout en cherchant une issue diplomatique. Paris continue de livrer des équipements de défense antiaérienne et des munitions, essentiels pour protéger les civils ukrainiens des bombardements russes.
Prochaines étapes : surveillance des représailles
Les jours à venir diront si Moscou ripostera par une nouvelle vague de frappes massives sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, un scénario déjà observé lors des hivers précédents. De son côté, Kiev pourrait poursuivre sa campagne de drones contre les bases logistiques russes, en espérant affaiblir la capacité de projection de l’armée russe avant l’automne.
Les civils, comme toujours, restent les premières victimes de cette escalade, des deux côtés de la frontière.
Sources
- Al Jazeera : Ukrainian strikes kill four, including child, in Russia, Crimea
- The Kyiv Independent : Major fires break out in St. Petersburg, Tver, Crimea after Ukrainian drone strikes
- The Straits Times : Russian strikes kill 5, injure 47 in Ukraine: Officials
- The Moscow Times : Russia says it downed 223 Ukrainian drones overnight