Val-d’Oise : le projet LETHE résout des cold cases via les épaves immergées
La Brigade fluviale de Conflans-Sainte-Honorine pilote une cartographie nationale des véhicules immergés. Trois corps identifiés en six mois.
Depuis l'été 2025, la gendarmerie nationale déploie LETHE, un projet cartographique inédit visant à recenser les épaves de voitures immergées dans les cours d'eau français. Piloté depuis Conflans-Sainte-Honorine par l'adjudant-chef Yohan Gérard, ce dispositif a déjà permis de retrouver trois corps et d'offrir des réponses à des familles après des décennies d'attente.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le projet LETHE cartographie les véhicules immergés dans les cours d'eau français depuis l'été 2025
- Trois corps ont été retrouvés et identifiés en six mois, 2 500 épaves localisées
- L'initiative est pilotée depuis Conflans-Sainte-Honorine par l'adjudant-chef Yohan Gérard
- Le projet mobilise une centaine de plongeurs dans 19 brigades subaquatiques
- La découverte des ossements de Michel Vandroux, disparu en 1984, a déclenché le projet en octobre 2023
La Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine coordonne depuis l’été 2025 le projet LETHE (Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête), une initiative nationale qui cartographie les milliers de véhicules immergés dans les rivières et canaux français. L’objectif : résoudre des affaires non élucidées et identifier des personnes disparues.
En six mois de déploiement, le bilan est déjà significatif. Selon la gendarmerie, 2 500 épaves ont été localisées et trois corps retrouvés puis identifiés, mettant fin à des années d’incertitude pour les proches.
L’origine du projet : une découverte en 2023
Le projet LETHE est né d’une affaire concrète. En octobre 2023, les plongeurs de la BFG découvrent des ossements humains dans une voiture immergée dans la rivière Seille. L’identification révèle qu’il s’agit de Michel Vandroux, disparu en janvier 1984. Quarante ans d’attente pour sa famille.
Cette découverte interpelle l’adjudant-chef Yohan Gérard, commandant de la Brigade fluviale de Conflans-Sainte-Honorine. Il constate l’absence d’outil centralisé pour recenser ces épaves, pourtant susceptibles de contenir des indices ou des corps. « Combien d’autres véhicules dorment au fond de l’eau sans qu’on le sache ? », s’interroge-t-il selon Gendinfo.
L’idée d’une cartographie systématique germe. Durant l’été 2025, le projet LETHE est officiellement lancé à l’échelle nationale.
Un dispositif national piloté depuis les Yvelines
Le projet mobilise une centaine de plongeurs répartis dans 19 brigades subaquatiques à travers la France, selon Sud Ouest. Ces unités utilisent des technologies avancées : sonars, drones sous-marins, systèmes de positionnement GPS pour localiser et référencer chaque épave.
La coordination est assurée depuis Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où l’adjudant-chef Gérard centralise les données. Chaque épave découverte est enregistrée dans une base nationale, croisée avec les fichiers de personnes disparues et les signalements de véhicules volés.
Le partenariat avec le Pôle des crimes sériels et non élucidés du tribunal de Nanterre et la Division des Affaires Non Élucidées (DIANE) de la gendarmerie permet de relier rapidement les découvertes aux dossiers judiciaires en attente.
Trois corps identifiés en six mois
Le bilan de l’activité fait état de trois corps retrouvés et identifiés entre l’été 2025 et le début de l’année 2026, comme le rapporte INFO.FR. Ces identifications ont permis de clore des dossiers de disparitions anciennes, parfois remontant à plusieurs décennies.
Les détails de ces affaires n’ont pas été communiqués par la gendarmerie, conformément à la protection des familles et au respect des enquêtes en cours. Mais pour les proches, ces identifications marquent la fin d’une longue attente et offrent la possibilité d’obsèques.
Les 2 500 épaves recensées en six mois ne contiennent pas toutes des corps. La majorité sont des véhicules abandonnés, volés puis immergés, ou accidentés. Mais chaque épave est systématiquement inspectée et documentée.
Contexte dans le Val-d’Oise
Le Val-d’Oise est directement concerné par le projet LETHE. La Brigade fluviale de Conflans-Sainte-Honorine, basée dans les Yvelines, étend ses opérations de recherche et d’enquête à l’échelle régionale, incluant le département voisin, selon Le Parisien.
Le Val-d’Oise compte plusieurs cours d’eau navigables - l’Oise, la Seine dans sa partie aval - et des zones industrielles historiques où des véhicules ont pu être immergés au fil des décennies. Le département recense également plusieurs affaires de disparitions non résolues, susceptibles d’être éclairées par les recherches subaquatiques.
La proximité géographique de Conflans-Sainte-Honorine avec le Val-d’Oise fait de la commune un point stratégique pour coordonner les opérations franciliennes. Les plongeurs de la BFG interviennent régulièrement dans les rivières et canaux du 95, en lien avec les unités territoriales de gendarmerie.
Un outil pour les familles de disparus
Au-delà de l’aspect technique, LETHE représente un espoir concret pour les familles de personnes disparues. Selon la gendarmerie, plusieurs milliers de disparitions restent non élucidées en France, certaines remontant à plusieurs décennies.
Le projet offre une méthode systématique pour explorer une piste souvent négligée : les véhicules immergés. Accidents, suicides, disparitions suspectes - les causes peuvent être multiples. Mais l’absence de recensement rendait ces recherches aléatoires.
Avec LETHE, chaque signalement de disparition impliquant un véhicule peut désormais être croisé avec la cartographie nationale des épaves. Les enquêteurs disposent d’un outil de référence pour orienter leurs recherches.
Des technologies au service de l’enquête
Les brigades subaquatiques déploient des moyens importants. Les sonars latéraux permettent de scanner les fonds sur plusieurs dizaines de mètres de large. Les drones sous-marins équipés de caméras haute définition inspectent les épaves sans risque pour les plongeurs.
Une fois une épave localisée, les plongeurs interviennent pour vérifier la présence éventuelle de corps ou d’indices. Chaque véhicule est photographié, ses caractéristiques relevées (marque, modèle, plaque d’immatriculation si visible), et sa position GPS enregistrée.
Les données alimentent la base LETHE, consultable par l’ensemble des services enquêteurs. Cet outil facilite les recoupements et accélère les identifications.
Prochaine étape : étendre la couverture
Le projet LETHE vise à couvrir progressivement l’ensemble du réseau hydrographique français. Les 19 brigades subaquatiques poursuivent leurs missions de recensement, avec un objectif de plusieurs milliers d’épaves cartographiées d’ici la fin de l’année 2026.
La gendarmerie n’a pas communiqué de bilan chiffré sur le nombre de disparitions potentiellement concernées, mais l’ampleur du dispositif témoigne de l’importance accordée à cette mission.
Pour les familles en attente, chaque nouvelle identification représente une réponse. Le projet LETHE s’inscrit dans la durée, avec la volonté de ne laisser aucune piste inexploitée.
