Vierzon : l’opposition organise une cérémonie alternative après l’annulation RN du 10 mai

La municipalité d'extrême droite a supprimé la commémoration officielle, invoquant 1 500 euros d'économies. Environ 130 personnes ont répondu à l'appel de l'opposition.

Vierzon : l'opposition organise une cérémonie alternative après l'annulation RN du 10 mai
Illustration Emma Girard / info.fr

Pour la première fois depuis près de dix ans, la mairie de Vierzon n'a pas organisé de cérémonie officielle le 10 mai 2026. La nouvelle équipe municipale, soutenue par le RN, a annulé l'événement au nom des économies budgétaires. L'opposition, emmenée par le député PCF Nicolas Sansu, a tenu une contre-commémoration place Aimé Césaire.

Pour la première fois depuis près de dix ans, la mairie de Vierzon n’a pas organisé de cérémonie officielle le 10 mai 2026. La nouvelle équipe municipale, soutenue par le RN, a annulé l’événement au nom des économies budgétaires. L’opposition, emmenée par le député PCF Nicolas Sansu, a tenu une contre-commémoration place Aimé Césaire.

L’essentiel

  • Annulation inédite : première suppression de la commémoration du 10 mai à Vierzon depuis près de dix ans, décidée par la municipalité élue en mars 2026 sur une liste RN-UDR (47,87 % au second tour).
  • Justification budgétaire : économie estimée à 1 500 euros, dans une ville qui affiche une dette de 32 millions d’euros et 2,5 millions de factures impayées.
  • Contre-commémoration : environ 130 personnes rassemblées place Aimé Césaire à 11h, à l’initiative de Nicolas Sansu, ancien maire de 2001 à 2026.
  • Présence symbolique : Christelle Césaire, arrière-petite-nièce de l’écrivain martiniquais Aimé Césaire et résidente de Vierzon, a lu des poèmes lors de la cérémonie alternative.
  • Cadre légal : la journée du 10 mai a été instituée par décret en 2006 pour commémorer la loi du 21 mai 2001 reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Une décision assumée par la mairie

Yves Husté, maire-adjoint LR délégué à la mémoire et aux anciens combattants, a défendu la décision devant plusieurs médias. Selon BFMTV, il a affirmé que le 10 mai ne figure pas parmi les 12 commémorations nationales obligatoires et que l’événement attirait jusqu’ici très peu de participants. Il a ajouté que cette date constitue selon lui « un fait historique qui n’a aucun lien avec le présent ».

Husté a néanmoins déclaré comprendre l’attachement de certains à cette commémoration, et précisé ne pas avoir cherché à empêcher l’initiative de l’opposition. La mairie invoque également le contexte financier : une dette municipale de 32 millions d’euros et 2,5 millions de factures non réglées, selon franceinfo et La 1ère.

130 personnes place Aimé Césaire

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Face à cette décision, Nicolas Sansu a pris l’initiative d’une cérémonie alternative. L’ancien maire de Vierzon - il a exercé ce mandat de 2001 à 2026 - a rassemblé l’opposition municipale et des habitants place Aimé Césaire à 11h. Au programme : dépôt de gerbe, allocutions et lectures de poèmes.

La présence de Christelle Césaire a marqué la cérémonie. Arrière-petite-nièce de l’écrivain martiniquais Aimé Césaire et résidente de Vierzon, elle a lu des textes de son aïeul. Selon Le Berry Républicain, environ 130 personnes ont participé - une mobilisation que le journal a qualifiée de « grande », en contraste avec les éditions précédentes décrites comme peu fréquentées par la municipalité sortante elle-même.

Le rassemblement se tenait à quelques jours d’autres cérémonies du 10 mai organisées ailleurs en France, notamment dans les Yvelines. À Bourges, le préfet du Cher a commémoré la journée et appelé à combattre l’esclavage moderne - sans commenter publiquement la situation à Vierzon.

Sansu dénonce une « faute » politique

Nicolas Sansu n’a pas ménagé ses termes. Selon le Huffington Post et La 1ère, il a qualifié l’annulation de « faute » de l’extrême droite, visant à « flatter les franges les plus racistes de l’électorat ». Il a insisté sur l’utilité du recueillement pour rappeler « qu’il n’y a pas de races », face à ce qu’il décrit comme une montée de la haine.

Sur X, les réactions officielles ont été vives. Matthias Tavel, député LFI, a écrit que « le RN est toujours le parti du négationnisme des crimes contre l’humanité ». Marie-Luce Brasier-Clain a condamné l’annulation en estimant que « la mémoire de l’esclavage et de son abolition mérite respect ».

La polémique a également trouvé un écho national : à Épinay-sur-Seine, Éric Coquerel a explicitement mentionné Vierzon lors de la commémoration locale. À Saint-Brieuc, un hommage aux victimes de l’esclavage s’est tenu place des Droits de l’Homme.

Contexte dans le Cher

Vierzon, environ 25 000 habitants, est la deuxième ville du département du Cher après Bourges. Elle a longtemps été un bastion de gauche, gouvernée par Nicolas Sansu (PCF) pendant plus de deux décennies. Le basculement de mars 2026 - Yannick Le Roux l’a emporté avec 47,87 % des voix au second tour sur une liste d’union RN-UDR - représente un tournant politique majeur pour la commune.

La place Aimé Césaire, lieu de la contre-commémoration, porte le nom de l’écrivain et homme politique martiniquais, auteur du Discours sur le colonialisme et figure de référence de la négritude. La présence de Christelle Césaire, sa descendante résidant à Vierzon, a donné à la cérémonie alternative une dimension particulièrement symbolique.

La journée nationale du 10 mai a été instituée par décret en 2006 sous Jacques Chirac. Elle commémore l’adoption, le 21 mai 2001, de la loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, selon Légifrance. Elle ne figure pas parmi les 12 cérémonies nationales pour lesquelles la participation des maires est obligatoire - point sur lequel la mairie de Vierzon s’est appuyée pour justifier sa décision.

Un précédent suivi nationalement

L’annulation par une commune administrée par l’extrême droite d’une commémoration mémorielle non obligatoire n’est pas sans précédent dans le débat politique français. Mais la médiatisation du cas vierzonnais - repris par franceinfo, BFMTV, Le Parisien, Ouest-France, Le Huffington Post et Le Berry Républicain - lui confère une portée nationale inhabituelle pour un événement local.

Le cas Vierzon s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion de la mémoire par les nouvelles équipes d’extrême droite élues lors des municipales de 2026. Quelques jours plus tôt, à Carpentras, la diffusion de « Maréchal, nous voilà » lors du 8-Mai avait déclenché une enquête du parquet.

La prochaine réunion du conseil municipal de Vierzon devrait permettre à l’opposition de porter formellement la question en séance. Aucune date n’avait été communiquée au moment de la publication de cet article.

Sources

Emma Girard

Emma Girard

Emma est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Cher (18), avec Bourges pour chef-lieu. Spécialité du département : Printemps de Bourges et industrie defense MBDA. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Centre-Val de Loire.

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