Affaire Lyhanna : le gouvernement pointe la procureure d’Auch sur une circulaire non appliquée
Une source gouvernementale accuse le parquet d'Auch de ne pas avoir appliqué la circulaire de janvier 2026 priorisant les violences sur mineurs, déclenchant une réunion de crise à Matignon.
Depuis la découverte d'un corps dans un silo du Gers le 4 juin 2026, le gouvernement cible ouvertement la procureure d'Auch Clémence Meyer. Une source officielle affirme que la circulaire pénale de Gérald Darmanin sur les violences faites aux enfants n'a pas été respectée dans les dossiers visant le suspect principal.
L’essentiel
- Disparition : Lyhanna, 11 ans, a disparu le 29 mai 2026 à Fleurance (Gers) ; un corps d’enfant a été retrouvé le 4 juin dans un silo agricole à Puycasquier.
- Suspect : Jérôme B., 41 ans, mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans, placé en détention provisoire ; il faisait l’objet de plaintes depuis 2017.
- Enquête administrative : Le 3 juin 2026, les ministres Nuñez et Darmanin ont ordonné une enquête conjointe IGJ/IGGN pour examiner le traitement des signalements antérieurs.
- Circulaire non appliquée : Selon une source gouvernementale (5 juin 2026), la circulaire pénale de janvier 2026 priorisant les violences sur enfants n’a pas été mise en œuvre par le parquet d’Auch.
- Réunion de crise : Le 5 juin, Sébastien Lecornu, Darmanin et Nuñez se sont réunis à Matignon ; les premières conclusions de l’enquête sont attendues sous 15 jours.
Un corps retrouvé, une enquête criminelle ouverte
Lyhanna, collégienne de 11 ans, disparaît le 29 mai 2026 à Fleurance, dans le Gers. Selon les informations publiées par Centre Presse Aveyron, elle est montée dans le véhicule d’un homme. Pendant six jours, les recherches mobilisent gendarmes et équipes de secours dans le département. Le 4 juin, un corps d’enfant portant des vêtements similaires à ceux de la fillette est découvert dans un silo agricole à Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance. L’identification et l’autopsie sont en cours au moment où les premières mises en cause institutionnelles éclatent.
Le suspect principal, Jérôme B., 41 ans, est mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans. Il est placé en détention provisoire. Le parquet d’Agen conduit l’enquête criminelle.
Un casier judiciaire de signalements ignorés depuis 2017
C’est la trajectoire judiciaire du suspect qui concentre désormais les critiques. Selon la procureure d’Auch Clémence Meyer, qui s’est exprimée lors d’une conférence de presse le 3 juin 2026, Jérôme B. a fait l’objet de plusieurs plaintes et signalements pour faits impliquant des mineurs depuis 2017. Une plainte pour viols sur mineure avait notamment été déposée en août 2025 par la mère d’une enfant née en 2014 ; elle avait été transmise au parquet d’Auch et était toujours en cours d’instruction au moment de la disparition de Lyhanna. Une autre procédure avait été classée sans suite.
La procureure a détaillé ces éléments publiquement, mais sans lever les interrogations sur les délais et la priorisation accordée à ces dossiers. C’est sur ce point précis que le gouvernement a ensuite durci le ton.
L’affaire fait écho à d’autres drames impliquant des enfants en France, comme la découverte d’une fillette de 4 ans prostrée près du corps de sa mère à Montagnac (Hérault), où la question de la détection précoce des situations à risque a également été posée.
La circulaire de janvier 2026 : au cœur du reproche gouvernemental
Le 5 juin 2026, une source gouvernementale relayée par l’AFP, Le Parisien, BFMTV et La Dépêche, entre autres, formule un grief précis : la circulaire pénale signée par Gérald Darmanin en janvier 2026 n’aurait pas été appliquée par la procureure d’Auch.
Ce texte impose aux parquets de prioriser le traitement des violences physiques ou sexuelles sur enfants. Dans les dossiers visant Jérôme B., cette instruction n’aurait pas été suivie d’effet, selon cette source officielle. La procureure Meyer n’a pas encore répondu publiquement à cette mise en cause directe à la date de publication de cet article.
Enquête administrative et réunion de crise à Matignon
Dès le 3 juin, les ministres Laurent Nuñez (Intérieur) et Gérald Darmanin (Justice) avaient annoncé l’ouverture d’une enquête administrative conjointe, confiée à l’Inspection générale de la justice (IGJ) et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Son objet : identifier d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement des plaintes antérieures visant le suspect.
Le 5 juin, une réunion de crise s’est tenue à Matignon. Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est dit « choqué » et a fixé un délai de 15 jours pour les premières conclusions. Gérald Darmanin a qualifié les faits de « dysfonctionnement global de la chaîne de l’État » et a annoncé que le rapport sera rendu public, accompagné d’éventuelles sanctions. Emmanuel Macron a reconnu, selon Le Progrès, un « dysfonctionnement » de la justice dans cette affaire.
Pour les observateurs de la vie judiciaire, le débat politique s’est rapidement emparé du dossier, Florian Philippot notamment dénonçant publiquement les priorités de la justice dans le Gers.
Contexte dans l’Aveyron et le grand Sud-Ouest
L’affaire se déroule dans le Gers, département voisin de l’Aveyron, tous deux relevant de la cour d’appel d’Agen. Le parquet d’Auch, mis en cause, couvre l’ensemble du département du Gers (environ 192 000 habitants, préfecture Auch). Centre Presse Aveyron, média de référence du département de l’Aveyron, suit l’affaire depuis ses premiers développements en raison de la proximité géographique et judiciaire de la zone.
La question du sous-dimensionnement des parquets ruraux face au volume de signalements pour violences sur mineurs n’est pas nouvelle dans cette région. Le parquet d’Auch n’avait pas rendu public le nombre de dossiers en attente au moment où la plainte d’août 2025 a été déposée. Les raisons du délai de traitement de cette procédure n’ont pas été officiellement communiquées à ce stade par la procureure.
Le recteur de l’académie de Toulouse s’est rendu au collège fréquenté par Lyhanna, tandis que les résultats de l’autopsie du corps découvert à Puycasquier étaient attendus dans la journée du 5 juin.
Prochaine étape
Les premières conclusions de l’enquête conjointe IGJ/IGGN sont attendues d’ici au 20 juin 2026, selon Matignon. L’identification formelle du corps retrouvé à Puycasquier et les résultats de l’autopsie conditionneront la suite des mises en examen.
Sources
- Centre Presse Aveyron : Disparition de Lyhanna : un corps retrouvé près du lieu de sa disparition dans le Gers
- Centre Presse Aveyron : La procureure d'Auch s'est exprimée ce mercredi : ce qu'il faut retenir
- Le Parisien : Affaire Lyhanna : la circulaire pénale n'a pas été appliquée par la procureure d'Auch
- Le Monde : Affaire Lyhanna : Macron reconnaît un dysfonctionnement, réunion de crise à Matignon