Affaire Lyhanna : le procureur de Nice récuse toute « faillite globale » de la justice
Damien Martinelli détaille les chiffres des atteintes graves aux mineurs et annonce une réorganisation du parquet de Nice.
Le procureur de Nice, Damien Martinelli, est sorti du silence après le meurtre de Lyhanna. Il réfute l'idée d'une « faillite globale » de la justice et révèle que le parquet traite 28 000 appels par an et environ 500 procédures pour viols et agressions sexuelles sur mineurs chaque année. Une réorganisation est en cours.
L’essentiel
- Fait 1 : Le procureur Damien Martinelli réfute toute « faillite globale » de la justice après le meurtre de Lyhanna.
- Fait 2 : Le parquet de Nice traite 28 000 appels par an et enregistre environ 500 procédures annuelles pour viols et agressions sexuelles sur mineurs entre 2023 et 2025.
- Fait 3 : Une réorganisation du parquet est annoncée pour optimiser le traitement des atteintes graves aux mineurs.
- Fait 4 : En octobre 2024, le procureur avait alerté sur une hausse de 23 % des jugements et 76 % des détentions provisoires pour les mineurs.
- Fait 5 : Près de 50 000 nouvelles affaires pénales sont arrivées au tribunal judiciaire de Nice en 2023.
Le procureur sort du silence
Près d’un mois après le meurtre de Lyhanna, jeune fille de 14 ans tuée dans des circonstances qui ont ému l’opinion, le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a pris la parole. Invité de l’émission « L’Interview à la une », il a fermement récusé l’idée d’une « faillite globale de l’institution judiciaire ». « Nous ne sommes pas en faillite », a-t-il insisté, tout en reconnaissant la douleur de la famille et l’émoi suscité par ce drame. Une sortie très attendue alors que des voix s’étaient élevées pour dénoncer un dysfonctionnement de la justice des mineurs. Selon le procureur, chaque affaire est prise avec le plus grand sérieux, mais le volume des dossiers impose des choix difficiles.
Des chiffres qui parlent
Pour étayer son propos, Damien Martinelli a dévoilé des données chiffrées sur l’activité du parquet. « Nous traitons 28 000 appels par an », a-t-il déclaré, confirmant une information rapportée par le journaliste Nicolas Galup sur X. Ce flux téléphonique permanent concerne aussi bien les signalements de particuliers que les demandes des services enquêteurs.
Plus frappant encore : entre 2023 et 2025, le parquet de Nice a enregistré environ 500 procédures par an pour viols et agressions sexuelles sur mineurs, selon Nice-Matin. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur des atteintes graves subies par les enfants dans l’arrondissement judiciaire. Le procureur a rappelé que ces dossiers sont traités par des magistrats spécialisés, mais que la charge de travail reste « très lourde ».
Une réorganisation du parquet
Face à ces constats, Damien Martinelli a annoncé une réorganisation du parquet de Nice. L’objectif : optimiser le traitement des atteintes graves aux mineurs. « Nous allons renforcer les effectifs dédiés et améliorer la coordination avec les services sociaux et les associations », a-t-il expliqué, sans donner de calendrier précis. Cette réorganisation vise à accélérer les procédures et à éviter les délais qui peuvent être préjudiciables aux victimes. Le procureur a insisté sur la nécessité de « réponses rapides et fermes », un cap qu’il avait déjà fixé lors de son arrivée en septembre 2023.
Dans le même entretien, il a également évoqué la présence de mineurs sur les points de deal niçois, un phénomène qu’il juge inquiétant. « Certains de ces jeunes dealent sous la contrainte des trafiquants », a-t-il précisé, appelant à une mobilisation de tous les acteurs. Un sujet qui fera l’objet d’une attention particulière dans le cadre de la réorganisation.
Un contexte de hausse de la délinquance des mineurs
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte de hausse préoccupante de la délinquance des mineurs dans les Alpes-Maritimes. Dès octobre 2024, Damien Martinelli avait alerté sur une explosion de ce phénomène, selon Le Figaro. Il pointait alors une augmentation de 23 % des jugements prononcés et de 76 % des placements en détention provisoire pour les mineurs par rapport à l’année précédente. « Les réponses pénales sont plus fermes, mais cela ne suffit pas à endiguer le flot », commentait-il à l’époque.
Le tribunal judiciaire de Nice avait reçu près de 50 000 nouvelles affaires pénales en 2023, un record selon Nice-Matin. Le procureur, nommé en septembre 2023 après avoir été en poste à Grasse, avait déjà fixé le cap lors de son audience de rentrée : lutter contre les violences intrafamiliales, la radicalisation et le trafic de drogue. Aujourd’hui, il ajoute un volet spécifique pour les atteintes aux mineurs, avec la réorganisation annoncée.
Contexte dans les Alpes-Maritimes
Le département des Alpes-Maritimes, qui compte plus d’un million d’habitants, est confronté à une pression délinquante élevée, notamment dans l’agglomération niçoise. La population jeune y est nombreuse, et les inégalités sociales se creusent dans certains quartiers. Le meurtre de Lyhanna a cristallisé les inquiétudes sur la capacité de la justice à protéger les mineurs. Dans le même temps, d’autres faits divers marquent la région, comme l’accident grave sur la DN7 à Vidauban (Var) ou l’incendie dans le massif de Justin dans la Drôme, mobilisant les secours. Si ces événements sont distincts, ils témoignent d’une actualité dense dans le Sud-Est.
Le parquet de Nice, qui couvre l’ensemble de l’arrondissement judiciaire, doit jongler entre les affaires pénales, les contentieux civils et la protection des mineurs. Damien Martinelli a souligné que les magistrats sont « pleinement mobilisés », mais que les moyens humains et matériels ne sont pas toujours à la hauteur des enjeux. La réorganisation en cours espère apporter des solutions durables.
Prochaine étape : la mise en œuvre concrète de cette réorganisation, dont les détails seront précisés dans les semaines à venir. Le procureur a promis une communication régulière sur l’avancement des travaux. En attendant, l’émotion suscitée par l’affaire Lyhanna reste vive, et les regards se tournent vers la justice pour qu’elle prouve sa capacité à protéger les plus vulnérables.